« Si, dans le passé, le mois sacré, qui tombait en haute saison, était à l’origine d’une baisse sensible du nombre d’arrivées étrangères, les professionnels de la ville ocre ont progressivement su adapter leur offre à cette période qui rimait autrefois avec un chiffre d’affaires en berne », nous déclarent plusieurs opérateurs pour qui le mois sacré fait désormais moins fuir les clients étrangers.
Cibler les touristes en quête d’immersion culturelle
Selon le président d’une fédération professionnelle de la Confédération nationale du tourisme (CNT), le ramadan n’est en effet plus une période repoussoir pour certains étrangers grâce à l’adaptation des services touristiques, à une offre culturelle différente du reste de l’année et enfin à une ambiance particulière qui séduit un nombre croissant de visiteurs en quête d’authenticité marocaine.
« Si pendant longtemps, le ramadan était mal perçu par les touristes étrangers de séjour (TES) en raison des changements d’habitudes et d’horaires des services, ce n’est désormais plus le cas avec de nombreux lieux de restauration ouverts toute la journée et des nouvelles animations propres à cette période », explique notre interlocuteur en précisant que le mois sacré est devenu une opportunité immersive pour découvrir Marrakech sous un angle différent mêlant convivialité et spiritualité.
Un véritable business qui fait que la programmation aérienne de Marrakech ne connaîtra aucune baisse de son trafic au mois de mars avec le maintien des 600 rotations hebdomadaires habituelles.
Coutumes religieuses et rituels ramadanesques
En phase avec cette lecture, le président d’une grande chaîne hôtelière confirme que le mois sacré est l’occasion de découvrir les coutumes religieuses et les rituels de rupture du jeûne des Marocains.
Pour cela, un nombre croissant d’opérateurs proposent des menus spéciaux et des activités dédiées à cette période, sans compter les animations tardives dans toute la ville et dans les souks qui créent une atmosphère unique très attractive.
Et de citer les campagnes de marketing mettant l’accent sur la nécessité de vivre ce mois particulier de l’année comme une expérience enrichissante pour ceux qui souhaitent voir le Maroc sous un autre angle.
En d’autres termes, les professionnels qui arrivent à attirer les TES hésitants en leur proposant des attractions spéciales et des expériences liées à cette période vont pouvoir fidéliser ce néo-marché très lucratif.
Le vrai démarrage de l’activité sera perturbé et décalé jusqu’à avril
Se voulant plus prudent en n’excluant pas une possible baisse des arrivées étrangères et des taux d’occupation moins élevés qu’en mars 2024, le porte-parole du Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech-Safi estime que la période pré-ramadan est marquée par un manque de visibilité en termes de réservations.
« Après la basse saison de janvier, tous nos retours actuels laissent penser que les hôteliers vont réaliser un bon mois de février en termes d’arrivées, mais faute de réservations pour la période du ramadan qui aura lieu entre le 1ᵉʳ et le 30 mars, il faudra attendre les vacances d’avril pour retrouver un vrai trend haussier qui court d’habitude de février à août », avance Abdellatif Abouricha pour qui le vrai décollage de l’année 2025 qui doit démarrer en février sera coupé dans son élan en mars et, par conséquent, décalé d’un mois.
Le last minute déterminera le niveau d’activité du mois de mars
Tout en se félicitant du niveau actuel des réservations étrangères pour la période du 15 février au 5 mars, qui permettra aux hôteliers de commencer l’année avec un taux d’occupation compris entre 60 et 80%, le chargé de communication table sur un mois de mars plus laborieux qui pourrait toutefois réaliser des chiffres convenables grâce aux réservations de dernière minute.
« Malgré certaines réticences passées des marchés européens, l’exception marocaine en termes de tolérance qui nous distingue des autres destinations arabo-musulmanes a en effet convaincu de nombreux clients de séjourner à Marrakech durant la période du ramadan », estime Abdellatif Abouricha en citant la poursuite, post-pandémie, de la forte envie de voyager qui a transformé les habitudes de consommation des touristes étrangers en quête de nouvelles découvertes culturelles.
Et de conclure que, depuis la réouverture des frontières du Maroc en février 2022, les mois sacrés du ramadan de 2022, 2023 et 2024 ont permis, grâce à l’adaptation de l’offre et au last minute, de réaliser des performances très honorables par rapport aux éditions précédentes qui impactaient très négativement les arrivées étrangères.
Soulignons cependant que si Marrakech a su s’adapter aux attentes des touristes étrangers en maintenant ouverts ses restaurants et en proposant des animations dédiées à cette période, ce n’est pas toujours le cas des autres grandes destinations marocaines qui ressemblent parfois à de véritables villes mortes en termes d’offres…