Lors d’un webinaire organisé le jeudi 30 janvier par l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE), dans un contexte de recrudescence alarmante de la rougeole et de déploiement de la campagne nationale de riposte menée par le ministère de la Santé et de la protection sociale, le Dr Mohamed Lyoubi, directeur de l’Épidémiologie et de la lutte contre les maladies (DELM), a présenté les derniers chiffres de la situation épidémiologique au Maroc. Il est également revenu sur l’historique des pics enregistrés dans le Royaume.
La dernière grande épidémie de rougeole au Maroc remontait à 1987, avec un nombre de cas quasi similaire à la situation actuelle, a rappelé le Dr Lyoubi. Depuis, des avancées majeures avaient permis de limiter la maladie à travers l’introduction progressive de la deuxième dose du vaccin en milieu scolaire, entre 2002 et 2008, et des campagnes de vaccination massives entraînant une diminution importante des cas.
Le Maroc avait alors été classé parmi les pays en phase de pré-élimination de la rougeole. En 2019, le Royaume enregistrait seulement 14 cas confirmés sur l’année. En 2022, année de référence, seuls 3 cas avaient été confirmés.
Cependant, la baisse progressive de la couverture vaccinale a entraîné l’accumulation de personnes vulnérables non immunisées, favorisant ainsi la résurgence du virus.
La dernière mise à jour fait état d’environ 25.000 cas suspects, dont 6.300 cas confirmés et 120 décès.
6.300 cas confirmés et 120 décès
La flambée actuelle a été signalée le 14 octobre 2023 par le CHU d’Agadir, avec la notification de plusieurs cas groupés dans une même localité.
L’enquête épidémiologique a permis d’établir que la transmission avait commencé à la mi-septembre 2023, notamment dans les communes d’Imouzzer Ida Outanane et de Taghazout.
En un mois, le nombre de cas confirmés a atteint 138, avec 7 cas en réanimation et un décès. La propagation s’est ensuite accélérée, touchant plusieurs villes et provinces.
La dernière mise à jour fait état d’environ 25.000 cas suspects, dont 6.300 cas confirmés et 120 décès.
Sur les décès recensés au début de cette vague, 42% concernaient des enfants de moins de 5 ansActuellement, Souss-Massa est la première région affectée avec une incidence très élevée, suivie de Drâa-Tafilalet, de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et Fès-Meknès, qui connaissent actuellement une propagation importante, a noté le Dr Lyoubi.
Les régions de Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi affichent actuellement des incidences comparables à celles de la région Souss-Massa.
Selon les données communiquées par le Dr Lyoubi, la maladie a touché toutes les tranches d’âge, y compris les nourrissons de moins de 6 mois, qui ne sont pas encore éligibles à la vaccination.
L’incidence la plus élevée a été observée chez les enfants de moins de 9 mois, qui ne sont pas encore vaccinés, et chez les enfants de 9 à 17 mois, dont l’immunité peut être insuffisante après une seule dose.
Hautement contagieuse, la rougeole peut entraîner des complications allant jusqu’au décès.
Sur les 115 décès recensés au début de cette vague, 42% concernaient des enfants de moins de 5 ans, confirmant la vulnérabilité des jeunes enfants non vaccinés. Les adultes de plus de 37 ans représentent 24% des décès.
Les spécialistes sont unanimes : seule une couverture vaccinale suffisante peut aider à endiguer la rougeole.
Booster le taux de rattrapage
Étayant les mesures déployées par le ministère de tutelle dans le cadre de la campagne nationale de riposte à la rougeole, le Dr Mohamed Benazzouz, chef du Service de la protection de la santé infantile, a insisté sur l’importance de la vaccination.
« Nous disposons d’un vaccin sûr, efficace et disponible gratuitement dans les établissements de santé primaire », a-t-il souligné.
Une campagne nationale de vérification du statut vaccinal et de rattrapage au profit des enfants âgés de moins de 18 ans s’est déroulée du 28 octobre 2024 au 27 janvier 2025.
Selon le Dr Benazzouz, le taux de vérification a atteint 82,46%, tandis que le taux de rattrapage pour la vaccination contre la rougeole et la rubéole (vaccin RR) ne dépassait pas 47,07% de la population cible.
Atteindre une couverture vaccinale de 95%
Les spécialistes sont unanimes : seule une couverture vaccinale suffisante peut aider à endiguer la rougeole.
S’exprimant à l’occasion du webinaire, la vice-présidente de l’ONDE, Ghizlane Benjelloun, s’est félicitée de la dynamique en cours pour contrer la propagation rapide de la rougeole dans le pays. Elle a également relevé que le nombre de cas enregistrés au cours de ces derniers mois souligne l’impératif de la vaccination, rappelant que cette maladie est « grave et peut provoquer des complications chez les enfants et les adultes ».
« Seule une vaccination efficace peut protéger les enfants, mais aussi les adultes de cette maladie contagieuse », a fait remarquer Ghizlane Benjelloun, lançant un appel pressant aux familles pour veiller à l’administration du vaccin à leurs enfants.
L’épidémie actuelle aurait pu être évitée si la couverture vaccinale était restée stable au-dessus de 95%, un seuil nécessaire pour empêcher la transmission du virus, a déploré pour sa part le Dr Lyoubi. Cette situation met également en lumière le risque de résurgence d’autres maladies évitables par la vaccination, telles que la diphtérie, la coqueluche, la polio ou le tétanos.
Pour clore le webinaire, qui a couvert plusieurs aspects épidémiologiques, statistiques, etc., le Dr Moulay Said Afif, président du Congrès et de l’Association casablancaise des pédiatres privés et qui a animé cet échange, a décliné les recommandations des différentes sociétés savantes de pédiatrie comme suit :
– Poursuivre la campagne de rattrapage jusqu’à l’atteinte d’une couverture vaccinale de plus de 95% dans toutes les régions du Maroc afin de stopper l’épidémie.
– Lutter contre les fake news en poursuivant la sensibilisation et la communication auprès du grand public sur le vaccin contre la rougeole, un vaccin sûr, efficace et très bien toléré.
– Vacciner systématiquement autour d’un cas de rougeole, quel que soit l’âge (à partir de 6 mois), dans un délai de 72 heures pour éviter la propagation du virus.
– Poursuivre la campagne de sensibilisation menée par le ministère de l’Éducation nationale : les enseignants (écoles primaires, collèges, lycées) se sont impliqués en vérifiant les carnets de santé des élèves.
– Renforcer la campagne de sensibilisation auprès des familles, menée par le ministère de l’Intérieur.
– Faciliter la déclaration obligatoire de la rougeole par les professionnels de santé du secteur privé (médecins généralistes et pédiatres) en mettant en place un numéro WhatsApp dédié.
– Impliquer le secteur privé : les vaccins figurant dans le Programme national d’immunisation (PNI) doivent être remboursés à 100%. Cette mesure permettra un gain économique notable, car la prise en charge de la maladie et de ses complications est bien plus coûteuse que la prévention vaccinale.
– Impliquer le secteur privé : les vaccins figurant dans le Programme national d’immunisation (PNI) doivent être remboursés à 100% . Cette mesure permettra un gain économique notable, puisque la prise en charge de la maladie et de ses complications est plus coûteuse que la vaccination.
– Digitaliser le carnet de santé de l’enfant, y compris la vaccination.
L’objectif de la riposte est de réduire la morbidité en assurant une prise en charge appropriée des cas, d’arrêter la progression de l’épidémie et de rehausser la couverture vaccinale contre la rougeole et la rubéole au niveau requis. Il est donc recommandé d’insister sur la vaccination dès l’âge de 9 mois, avec deux doses de vaccin espacées d’au moins un mois, et ce quel que soit l’âge.
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