Dassault Aviation vient de dévoiler, jeudi 30 janvier, le premier Rafale F4 destiné aux Émirats arabes unis, marquant une étape clé dans l’exécution du contrat signé en 2021 pour la livraison de 80 appareils.
Selon plusieurs sources, la cession des Mirage 2000 émiratis au Maroc dépendait de la réception des Rafale F4 par les Émirats, mais la situation s’avère bien plus complexe. Les Forces royales air se trouvent aujourd’hui à un carrefour stratégique concernant la modernisation de leur flotte aérienne.
Selon l’expert militaire Abdelhamid Harifi, plusieurs décisions cruciales doivent être prises, notamment en ce qui concerne les Mirage F1 et F-5 marocains vieillissants, ainsi que le renouvellement de la flotte d’instruction (Alpha jets).
Dans un entretien avec Médias24, l’expert militaire a souligné que la question des Mirage 2000 avait été longuement débattue avant d’être écartée. « Les Émirats arabes unis, qui possèdent ces Mirage 2000, sont plus enclins à les vendre qu’à les céder gratuitement », a expliqué l’expert, ce qui limite les possibilités pour le Maroc alors que certains pays, notamment la Grèce, l’Égypte et l’Inde, se montrent intéressés par l’achat.
Le Maroc se trouve toutefois face à un dilemme : « Il y a des arbitrages à faire », confie Abdelhamid Harifi. Le premier de ces arbitrages concerne l’avenir des F-5, utilisés pour l’appui au sol à la base aérienne de Meknès. L’expert précise qu’il n’était pas prévu de renouveler ni de moderniser ces appareils. « Nous ne moderniserons pas les F-5 à Meknès qui abrite aussi l’école de chasse ».
En parallèle, le Maroc envisage de renouveler sa flotte d’instruction, actuellement composée d’Alpha Jet et de F-5. Selon l’expert militaire, « il y a une possibilité, si le budget le permet, d’acheter en grand nombre un avion asiatique qui pourrait remplir des missions d’instruction pour les pilotes de chasse, d’appui au sol, et même de combat aérien léger ». Cependant, en attendant l’acquisition de ces nouveaux appareils, il ne faut pas « laisser un vide » entre la fin de vie des F-5 et l’entrée en service de ces nouveaux avions.
L’une des options envisagées serait de récupérer des Mirage 2000, à condition que les Émirats parviennent à un accord avec le Maroc pour un transfert à titre gracieux. « Les Forces royales air n’achètent plus d’avions d’occasion, sauf s’ils sont offerts gratuitement ». Cela s’était déjà produit par le passé avec les F5 de l‘US Air Force.
Le contexte géopolitique, notamment les relations avec les pays du Golfe, a changé ces dernières années. « Nous ne sommes plus dans une logique de dons ou d’aides militaires », rappelle Harifi. Les Émirats apportent au Maroc un soutien logistique précieux, notamment pour les munitions. « Mais lorsqu’il s’agit de nous céder des équipements, cela devient plus compliqué, surtout s’ils ne figurent pas dans notre arsenal », précise l’expert. Cela avait été le cas avec la Suisse lorsque des armes en provenance de la Confédération helvétique nous avaient été cédées, alors qu’elle ne vend pas d’armement au Maroc.
Concernant le sort des Mirage 2000, Harifi estime que la France ne bloquera pas leur cession, mais que cette option reste secondaire pour le Maroc. « C’est la dernière option si le Maroc ne parvient pas à mettre en place un programme de remplacement des F-5 et à donner un rôle significatif à la base de Meknès pour la formation des futurs pilotes de chasse », ajoute-t-il.
Le renouvellement des F-5, qui représentent un troisième vecteur dans la flotte aérienne marocaine aux côtés des F-16 et des Mirage, est un autre défi majeur. Les Forces royales air explorent actuellement des options asiatiques ou italiennes pour les remplacer. « L’objectif est de mutualiser les systèmes en choisissant des avions qui utilisent les mêmes systèmes d’armes », explique Harifi.
Si le budget le permet, l’achat d’avions neufs est privilégié, notamment pour l’instruction des pilotes. « L’idée est de garantir une transition fluide des pilotes de l’école de Marrakech à l’école de chasse de Meknès, puis vers les terrains d’opérations à Benguérir et Sidi Slimane », précise l’expert. En cas de difficulté budgétaire, les négociations avec les Émirats pourraient reprendre pour obtenir des Mirage 2000 à titre gracieux, bien que cette solution soit perçue comme temporaire.
« Nous pourrions gagner de sept à dix ans d’utilisation, mais nous ne comptons pas sur les Mirage 2000 indéfiniment », conclut Harifi. En attendant, le Maroc se prépare à l’arrivée de nouveaux F-16, dont la première livraison est attendue d’ici 2026, ce qui marquera un tournant dans la modernisation de la flotte aérienne marocaine.