Depuis l’annonce de Saïd Hasbane concernant un futur partenariat entre la société Bin Zayed Petroleum et le Raja Club Athletic, le sujet fait grand bruit, mais pas pour les bonnes raisons.
La somme colossale (15 millions d’euros en 3 ans) mentionnée dans une lettre d’engagement de la société, présentée par Saïd Hasbane aux médias, suscite de nombreuses interrogations, notamment sur l’identité réelle de cette société.
Ces doutes ont même conduit à la création d’une commission au sein du Raja chargée de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette annonce. Cette décision a été prise à l’issue d’une rencontre tenue le vendredi 7 février, lors de laquelle Saïd Hasbane a présenté les contours de ce futur partenariat aux adhérents et membres du comité du Club.
Cette commission ira même à la rencontre des dirigeants de la société « Bin Zayed Petroleum ». C’est ce qu’ont annoncé des adhérents à la suite de la réunion tenue à l’académie du Raja. Parmi eux, Saïd Hasbane qui, dans une déclaration à la presse, laisse entrevoir des contradictions dans son discours initial.
Un partenariat et des zones d’ombre
Dès la première sortie médiatique de Saïd Hasbane, des rumeurs avaient émergé sur cette entreprise et ses intentions.
Nos premières recherches confirment que la situation de cette société est pour le moins ambiguë. À commencer par son site Web qui ne fournit aucun moyen de contact valide : l’adresse e-mail affichée est invalide, aucun numéro de téléphone n’est disponible et deux adresses sont mentionnées, l’une à Dubaï et l’autre aux Seychelles, dans une zone connue pour héberger des sociétés offshore.
Sur ce même site, trois dirigeants sont présentés : un membre de la famille princière émiratie, Sheikh Khaled Bin Zayed Al Nahyan, un footballeur italo-marocain, Fahd El Bahja, et un Seychellois résidant en Europe. C’est ce dernier, dénommé Koosha Aidivandi, qui a été mis en avant à la suite de la publication de photos de lui en compagnie de Saïd Hasbane lors de la signature de la lettre d’engagement à un partenariat de 15 millions d’euros avec le Raja.
Toujours selon le site Web de la société, Sheikh Khalid Bin Zayed Al Nahyan est présenté comme le fondateur et président du conseil d’administration, tandis que Fahd El Bahja en est le directeur des opérations, et que Koosha Aidivandi en est le président directeur général.
Or, la seule société portant le même nom dont il est possible de retrouver des traces officielles a été dissoute en décembre 2024. Soit un mois avant la signature de cette lettre d’engagement présentée par Saïd Hasbane.
Nos recherches indiquent que Bin Zayed Petroleum a été créée à Londres en 2022 et dissoute le 17 décembre 2024 par un certain Edward Envia qui en a fait une société d’extraction de pétrole brut et de commerce de gros de pétrole.
Toujours selon nos vérifications et recherches préliminaires, rien, à part ce qui est affiché sur le site Web, ne lie cette société au Sheikh Khalid Bin Zayed Al Nahyan ni aux deux autres noms qui y figurent, à savoir Koosha Aidivandi et Fahd El Bahja.
Ces deux derniers sont bien des hommes d’affaires puisqu’ils ont d’autres sociétés dont les secteurs d’activités sont éloignés du pétrole.
Pas plus de deux ans de durée de vie pour chaque entreprise
Du côté de Koosha Aidivandi, les entreprises sont nombreuses et les secteurs d’activités variés. On retrouve des sociétés en Espagne et à Londres, sachant qu’il se présente comme un résident en Suède.
En 2020, il crée Koosha Holding Limited, une société de promotion immobilière dissoute en 2022 et qui connaît donc le même sort que Mask Supreme LTD, créée et dissoute aux mêmes dates. Il s’agit d’une société d’investissement dont le cofondateur est un Italien du nom de Matteo Salustro.
Par ailleurs, Koosha Aidivandi crée en 2023, à Malaga en Espagne, la société de location de voitures Hype Cars and Lease qui sera rapidement dissoute en 2024.
Du côté du joueur de football et entrepreneur italo-marocain Fahd El Bahja, la situation semble plus stable. Il a créé la société de consulting Atlas Consulting en 2022 dont il est toujours le directeur, puis MCL Trade, spécialisée dans le commerce de gros, en juin 2024 avec son associé Jawad E.B.
Quant à Saïd Hasbane, des questions se posent également sur ses activités privées ainsi que sur ses véritables intentions quant à ce partenariat.
Les contradictions de Saïd Hasbane
Connu pour son passage à la tête du Raja entre 2016 et 2018, il est aussi un homme politique qui a présidé le conseil communal d’Al Fida-Aïn Chock où il ne faisait plus l’unanimité en 2014, même au niveau de son parti, avant d’en être nommé coordinateur régional à Casablanca (2016).
À noter que Saïd Hasbane a occupé le poste de président du conseil préfectoral de Casablanca au début des années 2000, avant même de faire partie du comité du Raja dirigé à l’époque par Abdallah Ghalam (2007-2010).
Mais quelle est réellement son activité professionnelle ?
Officiellement présenté comme un homme d’affaires, il est difficile de retracer une quelconque activité économique notable à son nom, hormis une auto-école qui porte son patronyme.
Outre le flou entourant son parcours, l’incompréhension persiste autour de ce partenariat. Lors de sa première sortie médiatique sur Infosports.ma, Saïd Hasbane a dévoilé la lettre d’engagement qu’il affirme avoir été signée le 31 janvier à Rome par les dirigeants de Bin Zayed Petroleum. Selon lui, cette entreprise « s’active dans le pétrole et fait le bitume » et serait une « grande entreprise à l’échelle mondiale ».
Quelques jours plus tard, lors d’une autre intervention sur Radio Mars, il ajoute que le jour même de la signature de cette lettre d’engagement, soit le 31 janvier 2025, la société aurait conclu un accord avec le ministre italien de l’Énergie.
Or, nos recherches démontrent qu’un partenariat énergétique a bien été signé le 16 janvier 2025, mais il ne concerne en rien Bin Zayed Petroleum. L’accord en question implique un cadre stratégique tripartite entre les Émirats arabes unis, l’Italie et l’Albanie, axé sur les énergies renouvelables et les infrastructures énergétiques.
Lors de ses différentes prises de parole, Saïd Hasbane semble se contredire.
Le 3 février, toujours chez Infosports.ma, il affirme que la société lie son partenariat à lui personnellement, puisqu’il en est « le premier interlocuteur ».
Quatre jours plus tard, à l’issue de sa réunion avec les adhérents du Raja, il déclare cette fois que ce partenariat concerne le club et assure ne pas avoir l’intention de proposer sa candidature. Pourtant, lors de son passage chez Infosports.ma, il avait officiellement annoncé sa candidature et demandé à ce que l’assemblée générale annulée soit remise à l’ordre du jour.
Autre élément intrigant : Saïd Hasbane assure être en discussion avec ce partenaire depuis 2023, date de sa précédente candidature à la présidence du club. Il affirme que les négociations ont progressé de 1 à 15 millions d’euros.
Mais si un tel deal était en préparation depuis 2023, pourquoi ne pas l’avoir proposé au Raja plus tôt, alors même que le club traverse une crise financière majeure et peine à lever l’interdiction de recrutement à chaque mercato ?
Enfin, si la société Bin Zayed Petroleum est présentée comme un sponsor, les propos de Saïd Hasbane laissent entendre une implication bien plus grande. Il affirme que le sponsoring ne concerne que la première année, en attendant la mise en place de la société sportive, dont les comptes restent bloqués en raison des dettes cumulées.
Il insiste néanmoins sur le fait que « le Raja n’est pas à vendre », que « l’association conservera un tiers de la société sportive », et que « une fois prêts, les fonds seront injectés dans l’entreprise ». Selon lui, gérer un club à travers une association est « un modèle dépassé ».
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