L’information à été reprise par de nombreux médias y compris au Maroc et bien sûr en Algérie. Une commande a été passée lors de la China International Aviation & Aerospace Exhibition à l’automne dernier, bien que l’identité de l’acheteur n’ait pas été révélée à ce moment-là. Le nom de l’Algérie avait été évoqué sans être confirmé.
Ce mercredi 12 février, l’information selon laquelle l’Algérie « aurait confirmé l’achat des chasseurs russes SU-57 » a été largement relayée. « Une confirmation discrètement annoncée par EPTV, la télévision d’État algérienne, le 11 février au soir », affirment les médias. Déjà, la formulation est au conditionnel.
La vidéo en question sur EPTV, montre le général Chanegriha prenant part à la cérémonie d’ouverture du salon « Aero India ». Sur les images en question, on le voit prendre connaissance du fonctionnement d’appareils, dont le SU-57, lors d’un show aérien.
Rien n’indique sur cette vidéo une confirmation de l’information. Donc, il est faux de dire que la tv algérienne a confirmé l’information. Il s’agit d’un emballement médiatique pour l’instant.
Mais, s’il se confirme, cet achat soulèverait de nombreuses questions, notamment sur sa pertinence stratégique.
« Le faible nombre d’unités supposément commandées – seulement 14 – confirme que la Russie rencontre des difficultés à produire cet avion en masse », explique à Médias24 Abdelhamid Harifi, expert militaire.
Cette limitation est en grande partie due aux sanctions internationales qui frappent la Russie, affectant sa capacité industrielle. De plus, le Sukhoi Su-57 reste un appareil qui n’a pas encore fait ses preuves sur le terrain. « Bien qu’il ait été testé en Syrie et en Ukraine pour des missions de bombardement, il est toujours considéré comme en phase de test », ajoute-t-il.
Un avion de 5ᵉ génération ? Pas si sûr…
Le Sukhoi Su-57 est souvent présenté comme un avion de cinquième génération, mais cette classification est contestée. « Lors de son exposition en Chine il y a quelques semaines, de nombreux analystes ont relevé des failles dans sa conception et sa structure », note Abdelhamid Harifi.
Pour l’Algérie, l’acquisition de cet avion semble avant tout répondre à un objectif de dissuasion régionale. « Il s’agit de maintenir une supériorité aérienne symbolique, même si la fiabilité et l’efficacité de l’appareil restent à démontrer », souligne-t-il.
Un défi pour le Maroc : maintenir l’équilibre stratégique
Dans ce contexte, le Maroc doit réfléchir à sa propre stratégie de défense aérienne. Le Maroc pourrait donc envisager l’acquisition d’un avion de cinquième génération, comme le F-35 américain, pour renforcer sa dissuasion.
« Le F-35, contrairement au Sukhoi Su-57, est un avion de combat éprouvé, avec une technologie de pointe et une fiabilité démontrée sur le terrain » , précise l’expert. Un tel achat, même en petit nombre (une dizaine d’appareils), pourrait avoir un impact significatif en termes de dissuasion.
La supériorité aérienne ne se limite pas aux avions de combat
Cependant, la supériorité aérienne ne repose pas uniquement sur les avions de chasse. « Elle inclut également des avions de guet aérien, des avions de guerre électronique et des systèmes radar avancés (comme les AWACS) » , rappelle Abdelhamid Harifi. Le Maroc avait d’ailleurs exploré ces options par le passé, notamment avec le fabricant italien Leonardo, qui avait présenté un modèle adapté lors du Marrakech Air Show« . Malheureusement, ce projet semble avoir été mis de côté, alors qu’il pourrait aujourd’hui répondre à un besoin crucial ».
Les multiplicateurs de force : une solution pour compenser l’asymétrie numérique
Il est évident que le Maroc ne peut pas rivaliser avec l’Algérie en termes de nombre d’avions de combat. Il en va autrement de la qualité.
Le Maroc peut compenser cette asymétrie en investissant dans des multiplicateurs de force, tels que des avions de guet aérien, des systèmes de guerre électronique et des drones de haute technologie.
« Les drones, bien qu’efficaces contre des milices ou des groupes armés, ne suffisent pas à contrer une armée régulière dotée d’une force aérienne importante, comme celle de l’Algérie. Ils manquent de vitesse, de discrétion et de rayon de détection pour constituer une réelle menace dissuasive », souligne l’expert.
Face à ces défis, il est essentiel que les décideurs marocains réévaluent leurs priorités en matière de défense aérienne. « La supériorité technologique des F-16 Viper Block 72 dont dispose le Maroc est un atout majeur, mais elle doit être complétée par des investissements dans des systèmes de surveillance et de guerre électronique » , conclut Abdelhamid Harifi.
Au final, commander des avions n’est pas tout. Il faut aussi les recevoir, et la Russie, qui est soumise à une forte pression dans ce domaine, livrera son armée en priorité. Mais si cet achat venait à se concrétiser, la question de l’acquisition de F-35 par le Maroc se posera.