Setexam ou la passion de l’Agar Agar transmise de grand-père en petit-fils
L’entreprise Setexam s’est imposée au cours des 6 dernières décennies comme une référence pour produire de l’Agar Agar. Cette poudre gélifiante a des potentialités énormes, malheureusement encore méconnues au Maroc....
L’entreprise Setexam s’est imposée au cours des 6 dernières décennies comme une référence pour produire de l’Agar Agar. Cette poudre gélifiante a des potentialités énormes, malheureusement encore méconnues au Maroc. L’usine tourne à plein régime, 7 jours sur 7, avec des shifts rotatifs. Sur 7 hectares, les algues marines y sont transformées. Dès que nous franchissons le pas dans l’usine, l’odeur de la mer nous prend à la gorge et nous plonge dans ce monde passionnant de l’aquaculture.

Le secteur de l’aquaculture au Maroc en est encore à ses balbutiements, mais le potentiel est considérable. Cette année, 442 projets et fermes aquacoles affichent une capacité de production visant à atteindre 300.000 tonnes annuellement à long terme. Il existe un besoin en investissements estimés à 5 milliards de DH. Cela permettrait de créer plus de 7.000 emplois directs, répartis le long du littoral national.
L’entreprise familiale Setexam, spécialisée dans la production de l’Agar Agar, fait partie de ceux qui sortent du lot. Une des rares survivantes à produire cette poudre rare dans le Royaume. Setexam n’a fait que croître au cours des dernières décennies. C’est le grand-père Thami Lebbar qui la crée en 1960. Au début, il n’y avait qu’une seule ligne de production d’Agar Agar. Ensuite, le fils Rachid Lebbar reprend Setexam et parvient à multiplier par dix les capacités de production. Dorénavant, la société de Kénitra dispose de trois lignes de production. “Deux sont dédiées à l’agroalimentaire et à la microbiologie, et une ligne est spécifiquement réservée pour la microbiologie”, nous précise Salim Lebbar, directeur de production.
Or rouge
Leur matière première, c’est le Gelidium sesquipedale, une algue rouge très présente sur le littoral marocain. L’Agar Agar, obtenu après plusieurs étapes de production, est un agent gélifiant qui est très utilisé dans l’agroalimentaire ainsi que dans la microbiologie. Le directeur d’usine Abdelouahab Riad explique que, dans l’alimentaire, nous pouvons le retrouver dans les bonbons gélifiés, ce qu’on appelle des Jellys, dans le nappage des tartes, etc.


Dans la microbiologie, le produit est le seul solidifiant qui existe pour la recherche, pour les milieux de culture microbiologique, mais aussi dans “tout ce qui est électrophorèse, fragmentation et séparation des fragments d’ADN”, précise-t-il.
Dans la biologie moléculaire, l’Agar Agar permet “d’identifier la parenté d’une espèce grâce à cette molécule. C’est un produit phénoménal”, s’enthousiasme le directeur d’usine.

Quelques chiffres
La côte atlantique représente une richesse indispensable pour Setexam qui y trouve sa matière première, l’algue rouge. D’après Karim Lebbar, chef de projets chez l’entreprise, 80% des barques sont représentées par des coopératives, 1.000 barques rien qu’à El Jadida, et jusqu’à 200 ou 300 à Safi et Essaouira. Notre interlocuteur explique qu’il y a un quota annuel de 80% de la matière première, soit environ 20.000 tonnes d’algues humides, qui sont ensuite stockées dans les entrepôts de Setexam à El Jadida et à Essaouira, avant d’être transférées au siège, à l’usine de Kénitra.

Pourquoi s’implanter à Kénitra ?
Le choix de s’implanter à Kénitra n’est pas anodin. Le grand-père et fondateur de l’entreprise Thami Lebbar a opté pour la ville côtière vu l’offre financière et administrative de l’époque, mais aussi vu l’abondance d’eau présente dans la région, un aspect primordial pour la valorisation de l’algue rouge, la matière première.
Durant la période de Covid-19, Setexam a pu bénéficier d’un accompagnement par Tamwilcom. Cela a permis de faciliter “l’accès à toute une panoplie d’outils financiers adaptés à notre activité et à nos besoins”, indique pour sa part Youssef Sarhmouti, directeur financier chez l’entreprise familiale. Grâce à l’accompagnement financier de Tamwilcom, la société a pu renforcer sa position dans un environnement économique très compétitif et améliorer son attractivité.
Et à l’avenir ?
L’entreprise fondée par Thami Lebbar prévoit de se nationaliser et de cibler le marché marocain sur le B2C. Le petit-fils Karim Lebbar explique que Setexam a toujours opéré en B2B à l’international, mais dorénavant : “Nous allons commencer à produire des petits sachets d’Agar Agar pour viser les clients directement via des plateformes, notamment sur Internet”, précise le responsable.

Dans une optique de diversification, les dirigeants de l’entreprise ont découvert que les résidus d’algues peuvent être traités comme engrais. Les tests ont été effectués et “fonctionnent plutôt bien”, déclare Karim Lebbar.
Setexam a lancé des projets d’aquaculture à Dakhla et à Nador afin de pallier les déficits de stocks et de matière première. Pour résumer, l’entreprise familiale a encore de beaux jours devant elle.