Douche froide, le 3 février dernier, pour les médecins généralistes diplômés de quelques universités ukrainiennes et russes.

Ce jour-là sont publiées au Bulletin officiel des décisions du ministre de l’Enseignement supérieur (prises le 3 janvier) apportant des changements de taille au processus d’obtention de l’équivalence de leurs diplômes.

Plus précisément, la durée des stages à effectuer au Maroc, nécessaires pour obtenir cette équivalence, passe à deux ans et demi, voire trois ans, au lieu de deux auparavant. Il s’agit, entre autres, des lauréats de l’Université d’État de médecine de Zaporije et de la Kharkiv National Medical University pour qui les stages au Maroc passent respectivement à trois ans et à deux ans et demi.

Pour les lauréats de l’Université d’État de Tchouvarie I.N. Oulaynov en Russie, cette période de stage a été fixée à trois ans.

Dix ans pour devenir médecin généraliste

Ces nouveaux changements ont provoqué une levée de boucliers dans les rangs des médecins généralistes concernés, dont la plupart ont rejoint le Collectif des médecins généralistes lauréats d’Ukraine et de Russie (CMGLUR), une organisation créée il y a près d’une année.

Ce collectif, qui revendique 500 membres, a estimé que ses adhérents seront particulièrement lésés par ces nouvelles dispositions. Dans un communiqué, ce collectif dit s’élever contre « la démarche unilatérale » du ministère de l’Enseignement supérieur et l’absence de toute forme de concertation avec les concernés.

Les membres de ce collectif se disent déterminés à mener toutes les formes de protestation possibles pour amener le département de tutelle à rectifier le tir.

« Initialement, notre collectif militait pour réduire la durée du stage de deux à une année, et voilà qu’on se retrouve avec six mois supplémentaires, voire une année », s’insurge un membre de ce collectif qui n’a pas souhaité être cité.

« Les études de médecine généraliste en Russie ou en Ukraine nécessitent une année préparatoire et six ans d’études. De retour au Maroc, nous attendons six mois pour faire aboutir la demande d’équivalence. Si l’on y ajoute la durée du stage telle qu’elle vient d’être prolongée par le ministère, cela donne dix ans pour être médecin généraliste. C’est excessif et exagéré », commente notre interlocuteur.

La validation des cursus, au cas par cas

Médias24 a sollicité à maintes reprises une réaction du ministre de l’Enseignement supérieur aux revendications du CMGLUR, mais Azeddine Midaoui n’a pas souhaité donner suite à nos demandes et relances.

Un fin connaisseur des secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur nous apporte un éclairage. « Quand on soumet une demande d’équivalence de diplôme, on fournit aussi une idée globale du cursus suivi, et le ministère maîtrise parfaitement la nature des cursus des universités étrangères et suit régulièrement les changements qui y interviennent », affirme notre interlocuteur pour qui le volet théorique ne pose généralement pas de problèmes.

« Mais, quand on en vient au volet pratique, j’ai tendance à donner raison au ministère dans ce cas précis. N’oublions pas que nous parlons des lauréats des universités de deux pays qui sont en guerre après une longue pandémie », poursuit le spécialiste.

Un praticien de longue date, qui a dirigé plusieurs services au ministère de la Santé, opte pour un « discours plus franc ». « Il faut crever l’abcès. Tout d’abord, pourquoi ces jeunes Marocains choisissent-ils l’Ukraine et la Russie alors qu’aucun problème ne se pose avec les lauréats formés en France et au Sénégal, par exemple ? » , s’interroge notre interlocuteur qui a eu à encadrer les stages de centaines de lauréats d’Ukraine et de Russie, et a donc une idée très précise de la formation qu’ils ont suivie.

« Pour les diplômés auxquels vous faites référence, la prolongation de la durée de leur stage au Maroc doit être considérée comme une aubaine pour eux, mais aussi pour le secteur de la santé du pays », conclut le praticien.

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