La saison agricole 2024-2025 marque une légère amélioration des précipitations par rapport à la sécheresse exceptionnelle de l’année précédente. La saison précédente a en effet été marquée par des températures élevées, notamment les canicules exceptionnelles de février 2024, traditionnellement considéré comme le mois le plus froid de l’année et qui avait connu des vagues de chaleur exceptionnelles dans plusieurs villes du pays.
Les productions de céréales de la saison agricole 2023/2024 avaient baissé de 43,1 % par rapport à la saison agricole 2022/2023.
Lors du point de presse suivant la réunion hebdomadaire du Conseil de gouvernement ce jeudi 13 février 2025, Ahmed El Bouari a dressé un bilan de la saison agricole en cours. Il a précisé que cette saison a été marquée par des précipitations très faibles par rapport à la moyenne des 30 dernières années, avec un déficit de 53%. Il a expliqué que le début de la campagne avait été encourageant, notamment durant les mois de septembre et octobre, mais déficitaire en décembre et janvier, où moins de 20 millimètres de pluie ont été enregistrés. Cette situation a impacté le couvert végétal dans plusieurs régions, ainsi que la campagne agricole dans son ensemble, en particulier les cultures d’automne, à l’exception de la région de Loukkos.
En ce qui concerne les eaux de surface mobilisées pour l’agriculture, le ministre de l’Agriculture a annoncé que l’ensemble des retenues des barrages agricoles ne dépasse pas 1,2 milliard de mètres cubes et que seulement 760 millions de mètres cubes ont été alloués pour l’irrigation agricole, soit moins de 14% des besoins.
Dans les principaux périmètres agricoles, ces retenues ne dépassent pas 2 % dans le périmètre de Doukkala, 5 % à Tadla, 13 % à El Haouz, 15 % à Souss-Massa, et atteignent en moyenne 26 % dans les autres zones.
En comparaison avec l’année 2020, le volume total des retenues des barrages (irrigation agricole+ adduction de l’eau potable) atteignait environ 8 milliards de mètres cubes au mois de février, jour pour jour. Aujourd’hui, malgré la mise en service de nouveaux barrages, l’ensemble des retenues ne dépasse pas 4,6 milliards de mètres cubes.
« Il y a peu de pluie, les barrages sont vides, il n’y a pas d’eau pour l’agriculture. Malgré cela, notre agriculture continue de fonctionner, continue de fournir des produits agricoles sur les marchés. Nous devons saluer notre agriculture et nos agriculteurs pour les efforts qu’ils déploient », a dit Ahmed El Bouari, Ministre de l’Agriculture.
Pour bien mesurer l’aggravation de la situation hydrique au Maroc, il serait sage de comparer la situation des barrages avec celle de l’année 2018, la dernière année pluvieuse au Maroc et non pas par l’année 2024, année du pic de sécheresse.
Barrage Al Massira
Se situant entre les périmètres de Chaouia et Doukkala, le barrage Al Massira ne connait à ce jour aucune amélioration significative. Depuis le mois de décembre 2018, aucune évolution significative n’a été enregistrée dans ce barrage qui dépasse rarement les 2%. Les récentes précipitations n’ont eu qu’un effet moindre sur le barrage qui ne retient désormais que 2,21 % par rapport à 1,56% l’année dernière (une augmentation de +0,65 %, correspondant à 17 millions de mètres cubes, soit la consommation mensuelle de la ville de Casablanca).



Aux alentours du barrage Al Massira, le barrage Sidi Said Maachou est presque à sec. Auparavant, en raison de sa faible capacité de retenue, même des précipitations modestes le remplissent rapidement. Cependant, depuis août 2024, ses réserves avaient chuté à 0,5 %. Les pluies de septembre et octobre ont permis de recharger partiellement sa retenue, qui a atteint 24 % en décembre 2024. À l’image d’Al Massira, le barrage Sidi Said Maachou connaît désormais une situation similaire. Dans un article précédent, nous avions montré que les périmètres agricoles situés autour de ce barrage ont considérablement diminué.



Comparaison par images satellite du barrage de Sidi Said Maachou entre l’année 2018 (dernière année pluvieuse), 2024 (année de sécheresse) et l’année 2025; notez l’impact significatif sur le couvert végétal.
Barrage Ahmed El Hansali (Périmètre agricole de Tadla)
D’une capacité de 668 millions de mètres cubes, le barrage Ahmed el Hansali près de l’amont d’Oued Oum Rabii, connait également une situation préoccupante depuis 2018, la dernière année où le barrage s’est presque rempli avec un taux de retenue de 97,7% (l’équivalent d’une capacité d’environ 652,8 millions de mètres cubes enregistrée le 3 mai 2018). Depuis au moins l’année 2022, le barrage Ahmed El Hansali n’a pas dépassé, même dans les meilleures conditions, 16 % de sa capacité. Aujourd’hui, il affiche une capacité ne dépassant pas 3,34 %, soit une retenue de 22,28 millions de mètres cubes. Une retenue théorique d’ailleurs en raison de la vase.
Les images satellitaires aux alentours du barrages Ahmed El Hansali ne montrent pas seulement la diminution importante des retenues des barrages mais également le rétécissement du couvert végétal aux alentours du barrage.





Une question mérite d’être posée : les situations similaires des barrages Ahmed El Hansali et Al Massira, tous deux situés sur l’Oued Oum Rabii mais dans des climats différents, ne seraient-elles pas principalement dues à la diminution des sources de l’Oum Rabii qui a entraîné ainsi ce déclin incompréhensible des volumes d’eau au niveau de ces barrages, pourtant essentiels pour l’irrigation agricole et l’alimentation en eau potable? Sur les photos ci-dessus, prises le 11 février 2025 par Médias24, l’Oued Oum Eabiaa n’est qu’un maigre ruisseau entre Beni Mellal et Fquih Ben Salah.
Barrage Idriss Premier (Environs de Fes)
Le même constat est observé au niveau du barrage Idriss Premier, qui alimente en eau potable la ville de Fès et ses environs, ainsi que les terres agricoles. Ce barrage a vu ses réserves diminuer durant l’année 2024, marquée par la sécheresse. La comparaison jour par jour indique que les réserves des barrages ne dépassaient pas, au 14 février 2024, 18,27 % par rapport aux réserves actuelles, qui ont atteint 25,01 %, soit une retenue de 282,514 millions de mètres cubes.
Par rapport à 2018, les images satellitaires montrent non seulement une forte diminution des réserves des barrages durant l’année dernière, mais aussi une réduction importante du couvert végétal et de l’activité agricole, une situation qui persiste jusqu’à aujourd’hui.


