Un enregistrement audio appelant à éviter les fraises marocaines du fait de leur supposée contamination par le virus de l’hépatite circule en ce moment sur les réseaux sociaux. Joint par nos soins, l’ONSSA nous confirme qu’il s’agit d’une ancienne rumeur qui date de mars 2024. En effet le même audio avait été diffusé il y a un an, juste avant le Ramadan.

« Suite aux rumeurs et fausses informations circulant sur certains sites et réseaux sociaux prétendant la présence du virus de l’hépatite A dans les fraises marocaines, malgré les démentis et clarifications précédents émanant de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), sur la base des analyses minutieuses réalisées, et compte tenu de la persistance de ces informations erronées dénuées de tout fondement, émanant d’entités visant à ternir la réputation des produits agricoles marocains, le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, réfute catégoriquement la véracité de ces rumeurs », indiquait alors un communiqué du ministère.

Ce dernier se réserve le droit de prendre des mesures légales contre les diffuseurs de ces fausses informations et de lutter contre les diverses sources qui propagent des rumeurs infondées sur les produits agricoles nationaux, conformément aux lois en vigueur, et encourage les consommateurs à faire preuve de prudence et à se référer aux sources officielles pour obtenir toute information concernant la sécurité alimentaire.

Un contrôle rigoureux 

Face aux informations circulant à nouveau sur la salubrité des fraises marocaines, l’ONSSA affirme que la filière des fruits rouges au Maroc est soumise à un contrôle rigoureux garantissant la sécurité sanitaire de ces produits.

« Tous les opérateurs du secteur des fruits rouges sont autorisés par l’ONSSA. Ils sont régulièrement inspectés afin de garantir leur conformité aux normes sanitaires et réglementaires en vigueur. Chaque année, l’ONSSA met en œuvre un plan national de contrôle des fruits rouges durant la campagne de production et de commercialisation », explique l’office à Médias24.

« En 2024, près de 700 échantillons ont été prélevés et analysés au niveau des champs, dans les stations de conditionnement et en grande distribution. Tous les résultats ont confirmé la conformité aux normes sanitaires, notamment en matière de résidus de pesticides et de critères microbiologiques (absence de Salmonelles, Coliformes fécaux, Escherichia coli, Hépatite A, Norovirus) ».

Aucune alerte sanitaire sur les fruits rouges marocains

Le contrôle sanitaire à l’exportation est aussi rigoureux, insiste l’ONSSA. « En 2024, 48.600 certificats phytosanitaires ont été délivrés pour l’exportation des fraises, framboises, myrtilles et mûres. Près de 160.000 tonnes ont été exportées vers l’Union européenne, l’Asie, la Russie, le Canada, les États-Unis et l’Afrique, répondant aux exigences internationales les plus strictes ».

« Le système d’alerte rapide (RASFF) de l’Union européenne n’a émis aucune notification concernant les fruits rouges marocains durant la campagne agricole actuelle. L’Union européenne a mené un audit en 2023 sur le contrôle des contaminations microbiologiques des fruits rouges exportés vers l’UE. Cet audit a conclu à une évaluation très satisfaisante, confirmant ainsi la qualité irréprochable des fruits rouges marocains », précise en outre l’ONSSA.

Une alerte espagnole à l’origine de la rumeur

À l’origine de la rumeur qui a refait surface, une alerte sanitaire du Rapid Alert System for Food and Feed (RASFF) déclenchée à la suite d’une notification émise le 4 mars 2024 par l’Espagne, faisant état de la détection de la présence du virus de l’hépatite A dans des fraises importées du Maroc. Les analyses avaient révélé un risque qualifié de « sérieux ».

Les services de l’ONSSA avaient alors ouvert une enquête auprès de la société exportatrice concernée afin de vérifier la traçabilité et les auto-contrôles. Des échantillons de fruits rouges avaient été prélevés et envoyés au laboratoire agréé pour des analyses microbiotiques approfondies.

« Les analyses relatives à l’hépatite A et au norovirus s’étaient révélées négatives, et aucune contamination des eaux souterraines n’a été détectée. De plus, les employés de l’exploitation sont soumis à un contrôle strict pour garantir la sécurité sanitaire », indiquait l’ONSSA.

La société dont les fraises ont fait l’objet de l’alerte sanitaire du RASFF ne dessert pas le marché national, nous précisait antérieurement l’ONSSA, notant que celle-ci se contente uniquement de l’export.

« Les fraises marocaines commercialisées sur le marché local sont toutes conformes selon le plan de surveillance et de contrôle de l’ONSSA. L’Office dispose d’un plan de contrôle et de surveillance sur l’année. Des sorties d’inspection sont effectuées régulièrement, au niveau des fermes, des stations de conditionnement…, où des échantillons sont prélevés », rassurait l’ONSSA.

Attaques contre les produits agricoles marocains en Europe

Les produits agricoles marocains ont fait l’objet ces derniers mois d’une hostilité inquiétante en Europe.

Ces derniers sont ciblés à différents niveaux. Les camions transportant les fruits et légumes marocains sont menacés, retardés et parfois même attaqués, et les marchandises détruites. L’autre terrain sur lequel les produits marocains sont dénigrés est celui du « sanitaire » et de « la conformité ».

Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait en effet exprimé l’inquiétude du Maroc vis-à-vis de l’installation d’une certaine géopolitique de la peur et du rejet en Méditerranée.

« Si je prends le problème de l’agriculture, qui est aujourd’hui posé sur la table, on s’attaque aux produits agricoles venant du Sud, mais on oublie deux choses. […] L’Union européenne exporte plus vers le Maroc de produits agricoles, céréales et autres […], avec un excédent de près de 600 millions d’euros. Donc, mettre la pression sur les produits du Sud n’est pas juste. Le libre-échange lui-même était une initiative européenne. Aujourd’hui, l’Union européenne réalise un excédent de 10 milliards d’euros avec le Maroc. Et donc, il faut rappeler ces chiffres pour dire que le libre-échange ne peut pas être à la carte », a-t-il plaidé.

Le commentaire du chef de la diplomatie soulève une question de fond. Ne ferait-on pas face à un protectionnisme pur et dur de la part des pays européens qui, pour empêcher les produits des pays tiers d’intégrer leur marché, cherchent à les décrier en durcissant les normes ?