Alors que le secteur du bâtiment traverse une période de ralentissement, les prix des matériaux de construction ne cessent d’augmenter. Une situation paradoxale qui intrigue les professionnels du BTP. Selon des promoteurs immobiliers et acteurs du secteur interrogés par Médias24, les coûts du verre, de l’aluminium, du ciment et des briques ont fortement grimpé ces derniers mois. On parle d’une hausse dépassant les 10% et atteignant jusqu’à 20% pour le prix du ciment.
Mais comment expliquer cette hausse des prix alors même que la demande dans le bâtiment semble en berne ? Pour y voir plus clair, il faut d’abord distinguer les deux grandes composantes du BTP : le bâtiment (B) et les travaux publics (TP).
L’essor des travaux publics face à la crise du bâtiment
Les travaux publics sont en plein essor, portés par des projets d’infrastructures d’envergure, notamment dans le cadre des préparatifs précédant l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2025 et de la Coupe du monde 2030. Ponts, routes, barrages, et autres ouvrages d’art mobilisent d’importantes quantités de matériaux, ce qui crée une pression haussière sur les prix du ciment, du verre, de l’aluminium et d’autres intrants de construction.
À l’inverse, le marché du bâtiment est en net recul, fragilisé par une accumulation de facteurs défavorables. La hausse du coût des matériaux, combinée à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, a renchéri le prix des constructions, réduisant les marges des promoteurs et limitant les nouveaux projets.
« L’État, principal maître d’ouvrage des projets d’infrastructures, capte une part croissante de l’offre disponible, engendrant indirectement un effet d’éviction. Cette dynamique pousse les prix des matériaux vers le haut, au détriment des promoteurs immobiliers privés qui peinent à suivre le rythme », nous explique un promoteur immobilier dans la région de Casablanca.
Le cas énigmatique de la brique : hausse des prix malgré une demande en baisse
Parmi les matériaux dont les prix ont flambé, le cas de la brique est un mystère. Alors que la logique voudrait que son prix se stabilise ou baisse en raison de la récession du bâtiment, les promoteurs immobiliers constatent une augmentation de plus de 15% depuis le début de 2024.
Pourtant, une source au sein de l’Association professionnelle des briquetiers affirme que le secteur traverse une crise de la demande. Selon cette même source, plusieurs unités de production ont été contraintes de fermer leurs portes, faute de débouchés suffisants.
Mais alors, comment expliquer cette hausse des prix dans un contexte de demande atone ? La clé de l’énigme réside dans les coûts de production.
Contacté par Médias24, un membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI) apporte un éclairage sur cette situation singulière.
« Si la hausse des prix de nombreux matériaux peut s’expliquer par l’essor des travaux publics, le cas des briques pose une énigme supplémentaire. En effet, les infrastructures en construction – ponts, routes, barrages et autres ouvrages d’art, dans une certaine mesure – ne consomment pas de briques, ces dernières étant principalement utilisées dans le secteur du bâtiment. Or, ce dernier traverse une période de ralentissement marqué, avec une demande qui s’effondre, comme en témoignent la baisse des mises en chantier et les difficultés rencontrées par les promoteurs immobiliers. Dans un tel contexte, les briques devraient logiquement voir leurs prix se stabiliser, voire reculer, en raison d’une offre excédentaire sur le marché. Pourtant, on constate une augmentation continue de leur coût, une évolution qui semble aller à l’encontre des dynamiques classiques de l’offre et de la demande », souligne notre interlocuteur.
Selon lui, si la demande en briques baisse effectivement du côté du bâtiment, la flambée des prix s’explique par la dépendance de la filière à l’énergie.
« Contrairement à d’autres matériaux, la production des briques est particulièrement énergivore. La hausse des prix de l’énergie a directement impacté les coûts de fabrication, entraînant mécaniquement une augmentation des prix, malgré une demande en baisse. En d’autres termes, la structure des coûts de production des briques repose en grande partie sur l’énergie, utilisée à différentes étapes du processus de fabrication (cuisson, séchage, transport). Ainsi, les fabricants n’ont eu d’autre choix que de répercuter cette hausse sur leurs prix de vente », conclut-il.