« Nous avons décidé d’organiser cette conférence après avoir créé sept ligues régionales, une avancée sans précédent dans l’histoire de la fédération », a déclaré Bouchra Kadiri, présidente de la Fédération royale marocaine des échecs (FRME).
Parmi ces ligues, la création de la première ligue dédiée aux provinces du Sud revêt une symbolique particulière. « Nous sommes particulièrement fiers de la création de la première ligue dédiée à nos provinces du Sud, un événement marquant pour nous tous », a-t-elle affirmé.
Les autres ligues régionales créées incluent celles de Fès-Meknès, de l’Oriental, de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, de Souss-Massa, de Marrakech-Safi et de Casablanca-Settat. « Ces ligues contribueront certainement à la mise en œuvre de la stratégie de la Fédération royale marocaine des échecs sur le terrain, en encadrant et en organisant les activités sportives aux niveaux local et régional, conformément au concept de régionalisation avancée », a expliqué Bouchra Kadiri.
Avec 31 associations agréées, la FRME réunit aujourd’hui de nombreux joueurs, joueuses et arbitres professionnels. « La fédération compte actuellement 31 associations agréées, réunissant de nombreux joueurs et joueuses, ainsi que plusieurs arbitres qui supervisent les compétitions avec professionnalisme », a-t-elle précisé.
Élue à l’unanimité le 9 juin 2024 à Casablanca, Bouchra Kadiri s’est dite engagée à redynamiser ce sport. « Lors de mon élection à l’unanimité, je m’étais engagée à réunir toutes les conditions nécessaires pour remettre ce sport intellectuel sur la bonne voie, à ouvrir les portes de la fédération à tous les passionnés et à inaugurer une nouvelle ère sous le slogan « Les échecs pour tous« .
Son objectif est clair : « Nous devons redonner à ce sport, l’un des plus anciens jeux de société, la place qu’il mérite aux niveaux africain, arabe et international ».
Sur la scène internationale, Bouchra Kadiri a multiplié les initiatives pour renforcer la présence marocaine. Le 21 juin 2024, elle a participé à Paris aux célébrations du centenaire de la Fédération internationale des échecs (FIDE). « J’ai été la seule présidente d’une fédération africaine à prendre part à cet événement mondial, témoignant ainsi de l’estime accordée aux efforts que nous déployons pour promouvoir les échecs au Maroc et en Afrique », a-t-elle déclaré avec fierté.
En septembre 2024, elle a également pris part au Congrès de la FIDE à Budapest, où une victoire diplomatique majeure a été remportée. « Nous avons réussi à déjouer les manœuvres perfides et désespérées de l’entité fictive dite ‘Fédération des échecs sahraouie’, dont la demande d’adhésion à la FIDE a été catégoriquement rejetée », a-t-elle rappelé. Cette décision a renforcé la position du Maroc, rappelant que cette entité « n’est ni membre ni affiliée à l’Union africaine des échecs ».
Bouchra Kadiri a également été élue vice-présidente de l’Association internationale des échecs francophones (AIDEF) et de l’Union méditerranéenne des échecs. « Les efforts de la Fédération royale marocaine des échecs au sein de ces instances sportives internationales ont porté leurs fruits », a-t-elle souligné, ajoutant que ces acquis seront mis à profit pour renforcer la présence du Maroc au sein des instances continentales et internationales.
« Nous sommes actuellement en négociation pour transférer le siège de la Confédération africaine des échecs du Botswana vers le Maroc. »
« Notre objectif est de consolider la position du Maroc en tant qu’acteur majeur du développement des échecs au niveau mondial », a-t-elle conclu, traçant ainsi une feuille de route ambitieuse pour les années à venir.
Le programme de la fédération
Zouheir Slami, directeur technique au sein de la Fédération royale marocaine des échecs, a présenté les grandes lignes du programme sportif pour la saison 2024-2025.
« Pour la saison sportive 2024-2025, la fédération a prévu un programme comprenant plusieurs tournois, suivis de formations destinées aux animateurs et entraîneurs », explique Zouheir Slami. Des camps d’entraînement spécifiques seront également organisés pour les joueurs participant aux compétitions internationales.
Concernant les tournois, la fédération a opté pour un retour au système basé sur le niveau des joueurs. « Nous avons constaté un manque de compétitivité, c’est pourquoi nous avons réintroduit les qualifications régionales afin d’assurer un niveau de jeu élevé lors des phases finales », a-t-il précisé. Cette approche vise à éviter que le niveau des joueurs ne baisse lorsqu’ils affrontent des adversaires moins expérimentés.
Afin de mieux faire connaître les spécificités du jeu d’échecs, la fédération prévoit d’organiser des rencontres avec les journalistes. « Nous chercherons à organiser des rencontres, en présentiel ou à distance, destinées à rapprocher les journalistes des spécificités du jeu d’échecs et à faciliter leur suivi des activités ».
Tournois par catégories d’âge et championnats nationaux
Les vacances de mai 2025 seront réservées à l’organisation de la phase finale du tournoi par catégories d’âge. « Les catégories iront de 8 à 20 ans, réparties en tranches de deux ans : moins de 10 ans, 12 ans, 14 ans, 16 ans, 18 ans et 20 ans », détaille le directeur technique. Avant cette phase finale, des qualifications auront lieu au niveau des ligues régionales, et les meilleurs joueurs de chaque région seront sélectionnés.
Durant ces mêmes vacances, la fédération organisera également la phase finale du championnat du Maroc d’échecs rapides et d’échecs blitz. « Les échecs blitz reposent sur la rapidité des joueurs à terminer la partie », rappelle Zouheir Slami. Des qualifications régionales se dérouleront également pour garantir un niveau élevé de compétition lors de la phase finale.
Championnat par équipes et Coupe du Trône
Le championnat par équipes est également au programme. « Étant donné la période d’arrêt des activités, nous n’avons plus de divisions nationales. Nous nous appuierons donc sur les qualifications régionales pour constituer les divisions nationales pour la saison suivante », explique-t-il. Une phase finale se déroulera début juillet, où 8 équipes se qualifieront à travers les qualifications régionales.
Concernant la Coupe du Trône, la fédération revient à l’ancien système de l’élimination directe. « Les qualifications directes seront basées sur la proximité géographique, et elles se termineront début août, précisément les 2 et 3 août, avec l’organisation des demi-finales et de la finale de la Coupe du Trône », a annoncé Zouheir Slami.
Candidature pour le championnat arabe et participations internationales
La fédération a également présenté sa candidature pour organiser le championnat arabe des catégories d’âge. « Cela offrira l’opportunité de faire participer un maximum de joueurs marocains à cette compétition », souligne-t-il. L’événement pourrait se tenir fin juillet, ou en octobre ou novembre 2025.
En parallèle, plusieurs joueurs marocains participent actuellement à un festival international à Djerba, en Tunisie. « Dans le tournoi A, le champion du monde marocain dans la catégorie des moins de 1700 au classement ELO, également champion amateur, fait partie des compétiteurs », précise Zouheir Slami. D’autres joueurs de haut niveau, dont un des meilleurs du Maroc, ainsi que des membres du groupe B, participent aussi à l’événement. Parmi eux, Nour Eddine Mssalla, des joueurs de la ville de Laâyoune, et Jamal Jbara de l’association Jeunesse de Tétouan.
Difficultés financières
« Lorsque nous avons pris les responsabilités au sein de la fédération il y a neuf mois, nous avons trouvé de nombreuses demandes de la part des personnes réclamant leurs droits et leurs créances, qui sont évidemment légitimes », a déclaré Bouchra Kadiri. Or, « le bureau précédent a refusé de remettre les responsabilités et ne nous a pas transmis d’archives ou de documents relatifs aux dossiers ».
Face à cette situation, la nouvelle équipe a dû prendre des mesures drastiques. « Nous avons engagé un avocat car il était de notre devoir d’intenter une action en justice contre le bureau précédent pour avoir refusé de remettre les responsabilités ».
Concernant les dettes accumulées par la fédération, Bouchra Kadiri a souligné les efforts déployés pour les résoudre. « Nous avons demandé au tribunal de désigner un expert pour étudier toutes les demandes qui nous ont été adressées ».
Un point important concerne les dettes envers la Fédération internationale des échecs (FIDE). Bouchra Kadiri a exprimé sa gratitude envers le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports pour son soutien. « Je voudrais remercier le ministre qui nous a accordé une prime spéciale pour rembourser la Fédération internationale qui, à son tour, a payé des joueurs, dont des Marocains », a-t-elle déclaré.
Ces efforts ont porté leurs fruits, comme en témoignent les retours positifs reçus. « Nous avons reçu des messages de remerciements de certaines parties qui ont confirmé avoir reçu leurs créances », a-t-elle partagé. Cela montre que les actions entreprises commencent à porter leurs fruits.
Bouchra Kadiri a réaffirmé l’engagement de la fédération à résoudre tous les problèmes en suspens. « Nous travaillons à résoudre ces problèmes juridiques et nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’aurons pas rendu justice à toutes les parties concernées ».
Un tournoi au nom du Roi Mohammed VI sans autorisation
Les dettes accumulées par la Fédération marocaine d’échecs sont directement liées à la gestion controversée du Prix Mohammed VI, un tournoi récemment organisé « sous le patronage de Sa Majesté le Roi ».
« Le bureau précédent a organisé cet événement au nom de Sa Majesté le Roi, mais n’a pas obtenu de parrainage royal ni d’autorisation du ministère », a déclaré à Médias24 Idriss Naqib, trésorier de la fédération. Selon lui, les joueurs locaux ont payé 200 DH de frais d’inscription à ce tournoi, tandis que les joueurs internationaux ont dû s’acquitter de 300 euros.
La fédération a également reçu environ 2,5 millions de DH d’une société canadienne, censée soutenir l’événement. Cependant, ces fonds ont été utilisés de manière opaque. Selon Idriss Naqib, » des réservations d’hôtels de 1,3 million de DH ont été payées via des chèques émis au nom d’une société fictive », dont le directeur a été présenté comme le trésorier de la fédération. Ces chèques se sont avérés sans provision.
À la fin du tournoi, près de 750.000 DH de primes destinées aux gagnants n’ont pas été versées. Les joueurs lésés ont été contraints de déposer une plainte auprès de la Fédération internationale des échecs (FIDE). Cette plainte a entraîné la suspension immédiate de l’adhésion du Maroc à la FIDE, un coup dur pour la réputation de la fédération marocaine. « C’est grâce au ministère de tutelle qu’on a payé le montant pour lever la suspension ».
Outre les dettes financières, l’ancien président de la fédération détient, selon Idriss Naqib, plusieurs biens précieux qui sont la propriété de la fédération. Parmi ces biens figurent des trophées, et surtout 50 horloges d’échecs offertes par la Fédération internationale lors du championnat d’Afrique. Ces horloges, d’une valeur de 5.000 DH l’unité, n’ont toujours pas été restituées.
Les ambitions de la présidente
Indéniablement, « les spectateurs du football sont plus nombreux que ceux des échecs », reconnaît Bouchra Kadiri, mais elle souligne avec conviction que « le nombre de joueurs d’échecs dépasse largement celui des pratiquants de football ». La présidente de la fédération d’échecs ambitionne aujourd’hui de démocratiser la pratique du jeu et de susciter un véritable engouement populaire pour ce sport intellectuel.
Pour réaliser cet objectif ambitieux, un projet innovant verra le jour. Grâce à l’autorisation des walis de Casablanca, Fès et Marrakech, des « tables d’échecs en marbre » seront installées dans des espaces publics, comme le Parc de la ligue arabe à Casablanca. Ces tables, « sponsorisées par une société spécialisée dans le marbre », seront fabriquées sur mesure pour répondre aux besoins des joueurs. Selon Bouchra Kadiri, l’idée est de « permettre aux gens de jouer aux échecs en plein air, en remplaçant progressivement les parties de cartes par des parties d’échecs ». Une manière de redonner à ce jeu sa place dans les espaces de convivialité et de loisirs urbains.
À travers ce projet, l’objectif est aussi d’offrir une alternative ludique et intellectuelle aux loisirs traditionnels, tout en démocratisant un jeu souvent perçu comme élitiste. « Nous souhaitons vraiment que tout le monde s’intéresse aux échecs et se mette à y jouer », conclut Bouchra Kadiri. Et avec cette première initiative, le projet semble en bonne voie.