Maillon critique de la chaîne de valeur nationale, la Fédération nationale des associations des agents de voyage, qui regroupe 11 associations régionales, a soumis au ministère du Tourisme les conclusions d’une étude pour remédier aux difficultés que nous révèle le directeur général de la FNAAV.

Baisse de la TVA pour s’aligner sur les autres secteurs touristiques

En premier lieu, Omar Rihani évoque « une injustice fiscale discriminatoire » dont est victime la profession, par rapport aux autres chaînes de valeur du tourisme, soumises à un taux de TVA de 20%.

« Le taux appliqué aux agents de voyage est d’autant plus incompréhensible quand on sait que les autres secteurs comme l’hôtellerie, la restauration et le transport touristique sont imposés à hauteur de 10% ». Une injustice qui doit être levée, selon Omar Rihani qui rappelle que la requête de la FNAAV n’a obtenu aucune réponse des différentes autorités qui se sont succédé depuis dix ans.

Par ailleurs, l’indisponibilité de profils formés et qualifiés dans le métier d’agent de voyages est, selon notre interlocuteur, indirectement favorisée par le flou juridique de la loi 11-16 qui accorde une licence ou un agrément à des impétrants s’adonnant à plusieurs activités autres que celle d’agent de voyages.

Sachant que ce texte qui régit l’accès à la profession « ouvre la porte à n’importe qui » sans contrôle de ses compétences, cette imprécision doit être clarifiée pour mettre fin à la porosité occasionnée au secteur et à la gradation dommageable des agences qui ne permettent pas de protéger l’activité.

Un moratoire provisoire en attendant de nouvelles règles

Autre dossier à traiter : la décentralisation du traitement des demandes d’agrément auprès des services extérieurs du ministère du Tourisme ne permet pas de recenser le nombre réel d’agréments accordés et encore moins de déterminer le niveau et le taux d’encadrement des flux touristiques.

Pour améliorer les qualifications des opérateurs, l’étude recommande donc de mettre progressivement en place une formation permanente et continue des métiers essentiels des agences de voyages, puis d’arrêter la liste des acteurs et de leurs personnels nécessitant d’être formés.

D’ici là, un moratoire doit surseoir à sa mise en application, avec une étude d’impact qui fixera les corrections indispensables à ce dispositif attentatoire à la cohésion du secteur pour mieux s’adapter aux évolutions du secteur touristique et s’armer pour affronter les échéances de son développement.

Protectionnisme fondé sur des taxes ou sur l’interdiction de la concurrence des GAFA

Confrontée à une concurrence déloyale grandissante portée par le secteur de l’informel et à l’incursion imparable des GAFA et d’autres plateformes internationales, la profession composée en majorité de petites et moyennes entreprises (PME) n’ est plus en mesure d’être réellement compétitive.

Face à « ce péril existentiel qui menace de faillite un nombre croissant d’acteurs », notre interlocuteur, qui reprend les conclusions de l’étude, estime nécessaire de réagir à l’image des pays de l’Union européenne qui se sont résolus à instituer des taxes pour limiter l’activité de ces « impétrants » illégaux.

Dans les cas extrêmes de sites qui ont un quasi-monopole, il invite le ministère à s’inspirer de la politique protectionniste de la Turquie qui limite par voie judiciaire leurs activités sur son territoire et interdit à ses ressortissants d’utiliser les services de certains sites comme Booking pour réserver un hôtel local.

Instituer une préférence nationale pour les réservations hôtelières

Le dirigeant dénonce aussi le manque de coopération intersectorielle avec la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) qui octroie un volume quasi monopolistique de réservations aux sites comme Booking ou Expedia au détriment des agences de voyages qui ne recueillent que des miettes.

Prenant en considération les évolutions technologiques du marché touristique et de la demande nationale et étrangère qui font de plus en plus appel à l’outil digital, le directeur de la FNAAV estime qu’une préférence nationale devrait être instituée pour protéger les intérêts de la profession et pour consolider sa prédominance passée dans le domaine des réservations de séjours et d’hôtels.

Tout en précisant que les éléments abordés précédemment ne couvrent pas l’ensemble du spectre de l’activité de la filière, notre interlocuteur conclut en invitant le ministère à être réactif aux pistes évoquées pour promouvoir et consolider la compétitivité de la filière, sa durabilité et sa modernisation.