Dans un monde où l’intelligence artificielle (IA) prend une place de plus en plus prépondérante, le quotidien de chacun est influencé, de manière directe ou indirecte, par l’essor de cette technologie. Le thème de l’UM6P Science Week « Shaping the Future » est plus que jamais d’actualité dans le domaine de l’intelligence artificielle. Cette technologie, en constante évolution, s’immisce dans de nombreux secteurs essentiels tels que l’agriculture, la médecine, le transport, et bien d’autres.

Depuis 2021, l’UM6P s’est dotée d’un atout majeur pour son datacenter : le supercalculateur le plus puissant d’Afrique, nommé « Toubkal ». Cette infrastructure de pointe place le Maroc parmi le Top 100 mondial des centres de données intelligents, permettant ainsi l’avancement de la recherche dans les calculs complexes et la recherche dans les domaines de l’intelligence artificielle où de tels supercalculateurs sont très utiles pour entraîner des modèles d’IA très complexes.

Lors de la 5ᵉ édition de l’UM6P Science Week, le professeur Ali Kettani, directeur du College of Computing de l’UM6P, et le professeur Rachid Guerraoui de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), également professeur affilié à l’UM6P, ont échangé avec Médias24 sur les axes de recherche et d’innovation du College of Computing de l’UM6P pour renforcer la souveraineté numérique du Maroc.

L’innovation dans l’IA et la blockchain, pour une souveraineté numérique du Maroc

Après la souveraineté alimentaire, le professeur Rachid Guerraoui estime qu’il est essentiel de se concentrer et d’innover pour bâtir une souveraineté numérique au Maroc. L’entrée en force de l’outil d’intelligence artificielle chinois Deepseek a illustré l’importance de la recherche et de l’innovation continue dans un monde marqué par une globalisation croissante.

« Deepseek vient de nous démontrer que l’intelligence artificielle et, de manière générale, les large language models comme Deepseek ou ChatGPT n’ont pas forcément besoin d’énormément de moyens. C’est-à-dire qu’on peut faire des choses intéressantes avec des moyens relativement restreints », a souligné Rachid Guerraoui.

Avec le supercalculateur « Toubkal », les scientifiques du College of Computing ont accès à des applications gourmandes en calcul qui seraient autrement impossibles à traiter en raison de limitations de ressources, d’une grande empreinte mémoire et d’une complexité algorithmique élevée.

« À l’UM6P, nous essayons de faire la même chose, via l’innovation dans les large language models, mais en nous concentrant sur les téléphones portables. C’est un projet très intéressant, car il pourra, je l’espère, démontrer une fois de plus que des pays comme le Maroc sont capables de développer ces technologies, de les appliquer à divers domaines et de ne pas rester en marge des tendances mondiales », précise Rachid Guerraoui.

En plus de la recherche en intelligence artificielle, la technologie de la blockchain s’impose de plus en plus avec l’essor des cryptomonnaies. Anticipant les mutations monétaires à venir, le Maroc a courageusement initié les études nécessaires à la création d’un « dirham électronique » dans un contexte marqué par une tendance mondiale à se délester des monnaies classiques.

« Beaucoup de gens pensent que la blockchain, c’est le Bitcoin. C’est clair que c’est le système qui permet à Bitcoin de fonctionner, mais il y a des applications de la blockchain extraordinaires pour assurer la transparence et pour assurer ce dont on parlait tout à l’heure, c’est-à-dire une certaine souveraineté de l’information qu’on peut développer sur plusieurs sites », explique Rachid Guerraoui.

Aujourd’hui, la blockchain s’étend à de nombreux domaines tels que la traçabilité des produits agricoles, la finance décentralisée (DeFi), la gestion des stocks ou encore la gouvernance foncière. Mais ses applications ne s’arrêtent pas là : dans un contexte où l’internet devient de plus en plus vulnérable, la blockchain se présente comme une solution fiable pour faire face aux cyberattaques.

« Si des sites tombent en panne, les autres continuent. Aujourd’hui, la blockchain et le Bitcoin sont le système informatique le plus attaqué au monde et ils restent quand même robustes. Donc, c’est vraiment un exemple à suivre pour assurer des systèmes fiables », a indiqué le professeur Guerraoui.

Rappelons qu’en période de pandémie de Covid19, le groupe OCP a exécuté la première transaction commerciale intra-africaine utilisant la technologie blockchain. Cette transaction a permis de financer l’expédition d’engrais phosphatés du Maroc vers l’Éthiopie, soit un montant total de 400 millions de dollars.

« On a un projet de R&D sur la technologie de la blockchain avec l’OCP. On essaie de développer d’autres projets avec d’autres partenaires industriels. Et je pense qu’à terme, il serait bon que toute l’administration publique, pratiquement toutes les données, soient sur des blockchains, évidemment pas forcément ouvertes, mais des blockchains qui seraient gérées par des sites de ces établissements », explique le professeur Rachid Guerraoui.

L’UM6P mise sur la formation et l’entrepreneuriat pour développer son leadership dans l’IA

« C’est aujourd’hui qu’on prépare le futur. Je pense que la recherche et la recherche appliquée, notamment, sont nécessaires si on veut être au rendez-vous dans quelques années sur ces domaines pointus de nouvelles technologies » , a indiqué le professeur Ali Kettani.

« Cette année, on a eu 17.000 demandes. On a retenu 70 étudiants. Donc, on a et on aura une pépite et un noyau d’étudiants « futurs ingénieurs » très bons », a déclaré le professeur Rachid Guerraoui.

« On espère qu’à l’issue des 5 années, certains choisiront d’aller contribuer au développement de la tech dans les entreprises, d’autres feront de la recherche et j’espère que quelques-uns seront porteurs d’idées et voudront lancer leur propre startup », envisage le professeur Kettani.

À l’image de l’ensemble des écoles de l’UM6P, le College of Computing a mis en œuvre un programme entrepreneurial intitulé « Startup Garage », qui vise à accompagner les étudiants ingénieurs de 4ᵉ et 5ᵉ années dans le développement de leurs idées de startups.

« Nous avons développé un programme de deux ans en 4ᵉ et 5ᵉ année, intitulé Startup Garage, où nous accompagnons les jeunes tout au long du cycle de vie d’une start-up, depuis la phase d’idée jusqu’à la création d’une structure et la levée de fonds. À travers cette initiative, nous souhaitons vraiment leur donner l’envie de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat. Qui sait, demain nous utiliserons peut-être une solution issue de l’une de ces start-up », explique Ali Kettani.

Les étudiants du Collège d’informatique de l’UM6P se sont distingués lors de compétitions de haut niveau, remportant notamment la médaille d’or au Gitex et la deuxième place à la Gulf Programming Competition à Oman. Dans le cadre de sa collaboration avec le monde industriel, ce collège a organisé un hackathon axé sur l’intelligence artificielle. Cet événement a réuni des étudiants, des développeurs et des innovateurs de l’UM6P qui ont formé des équipes multidisciplinaires pour relever des défis concrets proposés par l’entreprise française Bouygues Construction.

« Nous avons récemment lancé une initiative à travers laquelle nous formons des étudiants pour les compétitions informatiques. À l’instar d’une compétition sportive, il est essentiel de sélectionner des personnes motivées, de véritables « athlètes » en herbe, puis de les entraîner spécifiquement pour ce type de défis. Nous avons commencé à participer à des compétitions et nous nous classons régulièrement sur le podium. Je suis profondément convaincu que les jeunes Marocains sont extrêmement talentueux et ont le potentiel pour briller lors de grandes compétitions mondiales dans les domaines de la tech, de la programmation, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Je suis persuadé que, dans les années à venir, nous réussirons à gravir les échelons et à figurer parmi les meilleurs au monde », a conclu professeur Kettani.