« Ould lmdina lekdima ou Ould chaâb » (l’enfant de la vieille médina et l’enfant du peuple). C’est ainsi que Miloudi Moukharik, non sans fierté, aime à se présenter à ses invités dans le siège historique de l’UMT sur l’avenue des FAR. Juste à un jet de pierre de la Bourse de Casablanca, symbole du capital et du patronat, éternels « ennemis » des classes laborieuses.

Dimanche 23 février, juste avant la clôture de leur 13e congrès national, les militants de la centrale syndicale ont plébiscité leur (éternel) patron pour un quatrième mandat. Candidat unique, Miloudi Moukharik n’a pas eu besoin de faire campagne. Il dirige l’UMT, qu’il connaît comme sa poche, depuis quinze ans, et même bien avant, à l’ombre de Mahjoub Benseddik qui a été à la tête du syndicat à sa création, en mars 1955, jusqu’à son décès en septembre 2010.

Mais qui est celui qui a tout fait pour devenir l’invincible zaïm du plus vieux syndicat du Royaume ?

Le syndicalisme dans le sang

Miloudi Moukharik est né en 1950 dans l’ancienne médina de Casablanca, non loin justement du siège central de l’UMT. Lors de nombreuses rencontres avec lui, il a confié n’avoir jamais raté une marche du 1er mai, qui part toujours du siège de la centrale syndicale.

Issu d’une modeste famille originaire d’Agdez dans le Souss, il termine ses études secondaires et intègre l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). Nous sommes dans les années 1970 quand le militantisme syndical pouvait mener à la prison, et Miloudi Moukharik voulait se faire une place au soleil. Il crée le premier syndicat de l’OFPPT et s’attire les foudres de M’Hammed Douiri, ministre de tutelle à l’époque.

Il demande une audience à Mahjoub Benseddik pour plaider sa cause et les deux hommes deviennent inséparables. Le courant passe à merveille, et le « patriarche » décèle en son jeune poulain l’étoffe d’un leader.

La recette de Moukharik ? Il garde un œil sur tout et dirige d’une main de fer la centrale, mais aussi des dizaines de fédérations et d’unions. Il se définit comme syndicaliste à plein temps et confie avoir essayé toutes les sortes de sandwichs de Casablanca qu’il partage avec les permanents de l’UMT, où tout le monde l’appelle Lhaj.

Au fil de son parcours, il a réussi à écarter tous ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre, « quitte à frapper sous la ceinture », à en croire des sources internes. « Hadchi li 3ta Allah ! », nous répond, résigné, un vieux routier de l’UMT (secteur de l’enseignement) quand on lui a posé la question sur le quatrième mandat de Miloudi Moukharik.

Certes, ce dernier n’a pas eu besoin de faire campagne pour se faire réélire, mais il a profité de la conjoncture et du débat autour de la loi sur la grève. Une aubaine et un moment propice qu’il n’a pas hésité à saisir au vol.

Une haine tenace ?

Miloudi Moukharik est d’un caractère très difficile. Lors de l’ouverture du 13ᵉ congrès, il a tenu des propos très durs à l’égard du ministre Younes Sekkouri. Propos que nous nous interdisons de reproduire. « Il est dans son rôle, celui de plaire à ses bases, et le populisme rapporte gros dans la conjoncture actuelle », commente un de ses proches.

L’histoire retiendra aussi que c’est pratiquement l’unique et seul congrès syndical auquel le gouvernement n’a pas assisté, contrairement à la tradition. Miloudi Moukharik a même fait dans l’excès en interdisant sa grand-messe aux représentants des partis membres de la coalition gouvernementale, le RNI, le PAM et l’Istiqlal. « La décision vient de lui, évidemment. Il reproduit les comportements de Mahjoub Benseddik », admet un ancien dirigeant de l’UMT.

Jaloux de l’indépendance de son UMT vis-à-vis des partis politiques, il a cependant le cœur à gauche et se retrouve comme en famille avec ses leaders.

Lors de la cérémonie d’ouverture du congrès national, il échangeait des blagues avec Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, avec l’ancien ministre de la Santé, Lhoussaine El Ouardi, et avec l’avocat socialiste Brahim Rachidi.

« Pourquoi parler de haine ? Miloudi Moukharik est un homme généreux qui, en plus, a le sens de l’humour. Mais il déteste l’hypocrisie. Allez demander aux représentants du patronat qui ont eu affaire à lui. Il ne pouvait pas convier au congrès de l’UMT ceux qu’il qualifie de « pires ennemis » des travailleurs », tempère le dirigeant d’un syndicat affilié à la centrale.

À 75 ans, le syndicaliste en chef n’a rien changé à ses habitudes. Quand il n’est pas plongé dans un document pour résoudre l’une des centaines d’équations qu’il a à traiter au jour le jour, il écoute Mohamed Abdelwahhab ou Nass El Ghiwane comme tout « bidaoui hakiki ».

Celui qui a côtoyé les grands de ce monde, Yasser Arafat et Nelson Mandela, se targue d’avoir « épuisé », en tant que secrétaire national de l’UMT, trois gouvernements et d’en être à son quatrième à qui il promet une guerre sans relâche.

Si Miloudi Moukharik a continué à étudier une fois salarié – une licence en droit et des formations diplômantes à distance assurées par des universités étrangères –, il déploie des dons oratoires fort utiles aux syndicalistes.