La première rencontre de prise de contact entre le nouveau directeur de l’AMMPS et les représentants du secteur pharmaceutique ne s’est pas déroulée comme prévu. Les quatre principales centrales syndicales des pharmaciens, qui avaient travaillé collectivement avec l’ancienne équipe ministérielle dirigée par Khalid Aït Taleb pendant près d’un an et demi, dénoncent « une tentative de division » et regrettent que « la réunion ait été proposée sous forme d’entretiens séparés avec chacune d’entre elles ».
Les pharmaciens boycottent la réunion
Selon nos sources, ce lundi 24 février 2025, les quatre principales centrales syndicales, à savoir la Fédération nationale des syndicats de pharmaciens du Maroc, la Confédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc, l’Union nationale des pharmaciens du Maroc, ainsi que le Syndicat national des pharmaciens du Maroc, se sont présentées conjointement au siège de l’Agence pour une rencontre avec son directeur général, professeur Samir Ahid. Cependant, ce dernier a refusé de les recevoir ensemble, ce qui les a conduites à boycotter la réunion et à se retirer.
« Les quatre centrales syndicales signataires de l’accord du 15 avril 2023, après avoir adressé une demande conjointe pour une rencontre avec le directeur général de l’Agence, dans l’objectif d’engager la mise en œuvre effective de leurs revendications, ont été surprises par l’invitation de l’Agence à des rencontres séparées avec chaque centrale », lit-on dans le communiqué des quatre centrales syndicales.
« Cette démarche rappelle des scénarios du passé qui avaient été dépassés depuis des années et risquent de ramener le secteur à la case départ, compromettant ainsi les efforts des centrales syndicales et les acquis de la profession, validés par l’ancien ministre à travers l’adoption du dossier revendicatif », estiment-elles.
Jointes par Médias24, des sources de la Fédération nationale des syndicats de pharmaciens du Maroc nous expliquent : « Nous avons mené des grèves ensemble, des négociations et des réunions collectives. Nous ne pouvons pas être divisés à ce stade des discussions, d’autant plus que nous avions déjà commencé à travailler ensemble depuis un an et demi ».
« Nous avons demandé à rencontrer le directeur général de l’Agence pour poursuivre l’exécution des résultats obtenus dans le cadre de l’accord conclu avec le ministère de la Santé en avril 2023. Nous nous sommes donc toutes présentées à la réunion à 9 heures ce lundi et exigé d’être reçues conjointement, ce qui a été refusé. Nous nous sommes donc retirées de cette rencontre », déplorent nos interlocuteurs.
« Des grèves peuvent être organisées »
« Face à cette impasse, nous avons immédiatement adressé une demande de rencontre au chef du gouvernement, en sa qualité de superviseur de l’Agence, afin d’intervenir rapidement pour apaiser la tension interne que connaît actuellement le secteur pharmaceutique ».
Si aucune solution n’est trouvée et que l’Agence persiste à vouloir négocier séparément avec chaque centrale syndicale, les représentants des pharmaciens menacent d’une reprise des grèves et des manifestations dans les prochains jours. « Nous ne laisserons pas notre profession être affaiblie par des stratégies de division. Si nous ne sommes pas entendues, nous monterons au créneau », avertissent-elles.
Nos interlocuteurs évoquent également une autre source de discorde. Selon nos informations, un autre syndicat non représentatif, créé après la grève nationale d’avril 2023 et composé de quelques syndicats régionaux (l’un des syndicats de pharmaciens de Casablanca, de Fès, d’Oujda et d’El Jadida), a également été invité par l’AMMPS, une démarche qui suscite des interrogations sur la volonté réelle des autorités d’impliquer les acteurs historiques du dialogue social dans la mise en œuvre des réformes.
Des avancées majeures déjà réalisées sur plusieurs dossiers
Nos sources rappellent que les discussions avec l’ancienne équipe avaient permis d’aboutir à plusieurs avancées majeures, notamment au niveau réglementaire. En effet, depuis le remaniement ministériel et le changement d’équipe, les discussions sur les réformes du secteur pharmaceutique sont à l’arrêt. Sous l’ancienne tutelle, d’importants dossiers avaient avancé grâce à un dialogue constructif et collectif entre les syndicats et le ministère. Parmi ces avancées figuraient notamment la réglementation des compléments alimentaires et le droit de substitution, des réformes cruciales pour l’avenir du secteur.
« En ce qui concerne les compléments alimentaires et le droit de substitution, des projets de loi sont en discussion avec des observations et des remarques déjà formulées par les professionnels », nous apprend-on. « Il est donc impératif de reprendre les discussions là où elles se sont arrêtées et de ne pas perdre davantage de temps », insistent les syndicats.
Parmi les autres points importants du dossier revendicatif des professionnels du secteur pharmaceutique figure également la révision du mode de rémunération des pharmaciens.
Avec cette reprise du dialogue peu satisfaisante, le secteur pharmaceutique risque de replonger dans une période de tension. La balle est désormais dans le camp du gouvernement pour rétablir un dialogue social efficace et éviter une nouvelle crise dans un secteur déjà fragilisé.