Ce programme cible un enjeu crucial : la réduction du taux d’abandon scolaire au collège, où ce phénomène est le plus marqué. Pour ce faire, la stratégie du ministère de l’Education nationale repose sur quatre axes majeurs.
Le premier a trait au dispositif pédagogique, qui inclut une période de remédiation en début d’année scolaire pour évaluer et combler les lacunes des élèves, ainsi qu’une période d’enseignement efficace utilisant des ressources pédagogiques innovantes.
Le deuxième axe est relatif aux cellules de veille, chargées de repérer les élèves à risque d’abandon en s’appuyant sur des critères tels que l’absentéisme, la discipline et les performances académiques.
Le développement des compétences psychosociales constitue le troisième axe, avec des ateliers sur la gestion des émotions, la confiance en soi et la collaboration, tandis que le dernier axe concerne l’épanouissement parascolaire, avec des activités sportives, culturelles et artistiques.
Six mois après le lancement de l’expérience pilote au niveau des collèges, des sources proches du dossier, contactées par Médias24, dressent un bilan « encourageant » de ce programme.
Un démarrage prometteur
Le premier semestre a permis d’observer des progrès importants, rapportent nos interlocuteurs. « L’année a démarré par une période de remédiation, laquelle commence par un test de positionnement, qui permet au ministère d’indiquer, en un temps record, le niveau réel des élèves sur différentes matières. Sur les langues, par exemple, le ministère a cherché à savoir si les élèves du niveau secondaire savent lire correctement et comprendre le texte, et sur les mathématiques, si ces derniers savent faire des opérations et résoudre des problèmes ».
La phase de remédiation a permis de doubler le taux de maîtrise de certaines compétences en six semaines
« Au niveau des collèges, la nouveauté c’est que cette période de remédiation a également concerné les matières scientifiques, notamment les sciences de la vie et de la terre (SVT), et la physique-chimie. Sur celles-ci, le ministère s’est focalisé sur des compétences de base, telles que la lecture d’un tableau ou d’un graphique… »
Cette phase de remédiation a montré une nette amélioration du taux de maîtrise des compétences de base, parfois doublé dans certaines matières. « Elle a permis de préparer les élèves aux apprentissages et de réduire les écarts entre eux. Elle a également permis de pallier les lacunes qui se sont accumulées chez ces derniers durant toutes les années du primaire », soulignent nos sources.
« Certes, le ministère ne peut résoudre toutes les lacunes des élèves en six semaines, mais cette période de remédiation a bien permis d’élever le niveau des élèves, et de réduire l’écart entre le niveau réel et celui attendu pour réussir au collège ».
« Grâce à cette phase, le ministère a pu réaliser des avancées positives », assurent nos sources. « Les élèves ont passé des tests au début et à la fin de cette période, ce qui a permis de mesurer leur évolution. Dans certains cas, le taux de maîtrise a été doublé, et ce dans différentes matières. En soi, c’est déjà un premier résultat de ce programme pilote. Quoique préliminaire, il reste encourageant sur le volet pédagogique ».
Des collèges volontaires et une formation des enseignants sur trois cycles
Ce qui est important à noter au sujet des collèges pionniers, c’est qu’il n’y a pas de sélection d’élèves ou d’enseignants, nous confient nos sources.
« La première cohorte de 230 collèges a été identifiée sur la base du volontariat par les Académies régionales d’éducation et de formation (AREFs), en concertation avec les directions provinciales et les équipes au niveau des établissements ».
« Cette notion de volontariat est importante« , estiment-elles. « C’est une nouveauté qui concerne l’ensemble des parties prenantes de ce programme. C’est également un projet qui engage les intervenants individuellement, mais aussi l’établissement en tant qu’équipe. C’est un projet d’établissement, puisque l’ensemble de l’équipe doit travailler en coordination dans le cadre des cellules de veille, afin de réduire le taux d’abandon. C’est donc important qu’il y ait une mobilisation de l’ensemble des parties prenantes pour réussir ces objectifs ».
Par ailleurs, « avec toute nouveauté, il y a un besoin de formation », soulignent nos interlocuteurs. « La nouveauté réside aujourd’hui dans des pratiques pédagogiques efficaces chez les enseignants. Au-delà de développer des contenus pédagogiques numériques ou manuels en adéquation avec ces nouvelles démarches d’enseignement, il fallait aussi accompagner les acteurs impliqués dans ce changement, à travers une formation et l’accompagnement sur le terrain par des inspecteurs formés« .
« La formation des enseignants s’est donc déroulée sur plusieurs cycles : un premier en juillet 2024, un second rafraichissement en septembre (début d’année scolaire) et un troisième en fin de période de remédiation. Ces formations étaient animées par des inspecteurs, lesquels ont également été formés. Et le grand enjeu était de ne pas se retrouver dans une formation théorique« .
Le défi pour le deuxième semestre est d’accélérer l’accompagnement personnalisé des élèves à risque identifiés
« Ces formations devaient amener une transformation aussi bien sur la pédagogie que sur les gestes et postures des enseignants en classe. Et pour ce faire, le ministère a insisté sur l’observation et la simulation. C’était crucial que la formation soit pratique. Il y a également eu un accompagnement sur le terrain. Des inspecteurs se rendaient dans des collèges pour observer les séances et remplir des grilles d’observation. L’idée étant que ces feedback puissent servir les enseignants, mais aussi être remontés à la centrale du ministère, à travers des grilles d’observation digitalisées, qui permettent d’identifier les axes où il y a encore un besoin d’accompagnement et de formation ».
Les élèves à risque déjà identifiés par les cellules de veille
De même, selon nos sources, les cellules de veille mises en place au niveau de ces collèges pionniers ont déjà commencé à identifier et à accompagner les élèves en difficulté.
« C’est un organe crucial au niveau de chaque établissement. Ce sont les tours de contrôle qui vont lutter contre l’abandon. Il faut dire que c’est déjà une réussite de rendre leur activité effective au niveau des établissements. Cela a été fait à travers un outil et une méthodologie de travail.
« L’outil de travail digital permet à la cellule de veille d’identifier les élèves à risque dans différentes catégories. La méthodologie, elle, consiste en une réunion mensuelle, pour étudier ces cas, identifier des plans d’action et suivre leur exécution ».
« A la fin du premier semestre de l’année scolaire en cours, le ministère de l’Éducation nationale a déjà ce capital. Il connait déjà les élèves à risque et leurs besoins, et a déjà commencé à préparer les plans d’actions adéquats. Le défi pour le deuxième semestre est donc d’accélérer l’accompagnement personnalisé de ces élèves, et d’avoir une vigilance accrue par rapport au risque d’abandon. Dès que des absences prolongées sont signalées, une intervention directe doit avoir lieu, soit au niveau de l’établissement, soit avec la mobilisation de partenaires au niveau de l’éducation nationale. C’est donc une démarche multisectorielle qui permet de récupérer un maximum d’élèves ».
« Cette identification se fait toutefois dans la protection des données des élèves, en évitant toute stigmatisation », assurent nos interlocuteurs.
Grand succès des activités psychosociales et parascolaires
Nos sources assurent également que les activités psychosociales et parascolaires ont généré un engagement positif.
« L’accompagnement psychosocial fait partie des innovations majeures de ce programme », nous explique-t-on. « L’ensemble des élèves bénéficient de quatre ateliers par an pour développer leurs compétences psychosociales, qu’elles soient interpersonnelles (confiance en soi, gestion des émotions…) ou intrapersonnelles (empathie, collaboration, gestion des conflits…).
« Tout ceci est fait à travers des spécialistes sociaux formés, en leur fournissant des outils, des contenus et une programmation développée avec des experts pour animer leurs ateliers ».
« Les signaux sont déjà encourageants », nous assure-t-on. « Les élèves réclament davantage d’ateliers, et les spécialistes sociaux sont satisfaits d’avoir un contenu et des ateliers dédiés à l’exercice de leur travail. Mais au-delà du développement de ces compétences, cette démarche a permis d’installer une culture de bienveillance au sein des établissements, et de nouer un lien entre l’élève et le cadre d’appui social, lequel pourra effectuer un accompagnement individuel si besoin ».
« L’idée c’est donc d’avoir une intervention de masse préventive, qui réduit le risque et le besoin. Lorsqu’il y aura des cas particuliers, un accompagnement spécifique pourra être enclenché ».
Les activités parascolaires ont également généré des résultats positifs, d’après nos sources. « Les établissements ont réservé des créneaux horaires pour ces activités parascolaires, qui se font selon une programmation, avec des contenus de qualité, et un encadrement d’un certain nombre de partenaires ».
« Plusieurs domaines ont connu un fort attrait et engouement de la part des élèves », ajoutent-elles, notamment » le théâtre improvisé, l’entrepreneuriat, le cinéma… Déjà, sur ce point, le ministère est en train de travailler sur l’un des objectifs stratégiques de la feuille de route, qui est l’épanouissement des élèves bénéficiaires. C’est donc déjà un acquis important, qu’il va falloir consolider pour élargir l’offre parascolaire, afin d’avoir davantage de domaines, et d’améliorer les contenus et la programmation ».
Par ailleurs, « parmi les points sur lesquels travaille également le ministère sur ce volet parascolaire, figure le suivi du développement des compétences transversales, à travers les activités parascolaires. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de divertissement. D’ailleurs, des compétitions seront bientôt organisées aux niveaux régional ou national, qui seront aussi un moment important et une culmination de tous les efforts que les élèves et leurs animateurs ont pu réaliser sur ces activités ».
500 collèges et au moins 600.000 élèves de plus l’année prochaine
Une évaluation est en cours pour analyser cette année pilote, nous apprend-on. « Il y a eu une mesure en début d’année et il y en aura une autre, externe, en fin d’année ».
« Le ministère de l’Education nationale a installé cette culture de la mesure et de la donnée au sein même du système, pour qu’il y ait des boucles d’itération qui sont très rapides et qui permettent de remonter l’information, que ce soit sur la participation des élèves aux activités parascolaires ou sur les taux de maîtrise des apprentissages ».
« Il y a donc deux composantes pour la donnée. Il y a cette évaluation externe, qui va donner une indication en début et en fin d’année, mais il y a aussi tout ce travail de suivi et de monitoring qui se fait tout au long de l’année, qui permet aussi d’avoir la data en temps réel et de faire les ajustements nécessaires ».
L’expérimentation de cette année pilote permettra d’affiner les dispositifs avant une éventuelle généralisation du programme, en gardant l’esprit de volontariat et aussi d’équité pour avoir des établissements répartis sur l’ensemble des régions, dans le rural et l’urbain, et pour que l’ensemble des élèves puissent bénéficier d’une expérience collège-pionnier et que ce modèle s’adapte à différents contextes.
Selon nos sources, le nombre d’élèves passera l’année prochaine à 600.000, voire 700.000. Par ailleurs, 500 collèges seront ajoutés aux 230 concernés par l’expérience cette année.