Onze ans après sa dernière participation à la Biennale d’architecture de Venise, le Royaume prendra part à nouveau à cet événement culturel international qui se tiendra du 8 mai au 4 novembre dans la cité des Doges. Doté d’un budget de dix millions de dirhams, ce projet de pavillon national qui mobilisera une cinquantaine de personnes a été imaginé par deux jeunes architectes sélectionnés en août dernier après un appel à candidatures.
« Une expérience immersive dans l’architecture de la terre »
Mêlant savoir-faire traditionnel et innovation, le projet intitulé Materiae Palimpsest n’a pas pour ambition de présenter une carte postale du Maroc ou d’apporter des réponses aux visiteurs, mais de les inviter à comprendre les relations entre les pratiques architecturales et les enjeux écologiques, nous déclarent les concepteurs du futur pavillon, Khalil Morad El Ghilali et Mehdi Belyasmine.
Se voulant complémentaires, ils affirment avoir choisi la thématique de l’architecture de terre pour créer une expérience immersive qui invitera le public à se plonger dans l’art de la construction en pisé.
« L’idée est de comprendre le processus qui faisait la qualité dans le passé et d’avoir l’ingéniosité de le mettre au goût du jour en l’actualisant », précise Khalil Morad El Ghilali pour qui le projet de pavillon ne s’inscrit pas dans un mouvement de modernisme, mais de modernisation de l’architecture.
« 72 colonnes qui racontent mille ans d’histoire des technologies architecturales »
Le duo d’architectes souhaite en effet raconter le Maroc qui s’efface en préservant ses techniques architecturales pour faire pièce à la dépossession des savoir-faire que le modernisme a créés.
Et de citer le pisé et l’adobe (argile) qui ne sont pas des matériaux, mais des techniques de fabrication qui ouvrent des possibles vers des architectures différentes, à l’image des 72 colonnes que le pavillon comportera et qui rappellent celles de la Tour Hassan selon nos interlocuteurs.
Chacune d’entre elles, qui sera composée d’un matériau différent remontant à l’ère de la dynastie des Almohades jusqu’à celle des Mérinides, et un muqarnas (art décoratif d’un dôme) habilleront l’espace du pavillon, qui occupera un espace de 17 m sur 17 m, soit une superficie de 290 m2.
Cette maçonnerie porteuse avec des matériaux locaux constitue, selon lui, le degré zéro de l’architecture, avec une structure qui permet de décortiquer comment un mur en terre fonctionne.
Une composition architecturale ayant pour ambition de faire voyager les visiteurs dans l’art de construire de toutes les régions du Royaume, sur une période de mille ans jusqu’à nos jours.
« Une plongée dans le passé pour mieux appréhender l’avenir »
« En fait, le message consiste à dire qu’il faut parfois aller en arrière pour revenir vers ce qui fait sens et permet de prendre un nouveau départ », explique Khalil Morad El Ghilali, pour qui l’objectif est de rompre avec une architecture donnée en privilégiant les techniques.
Doctorant sur les enjeux du changement climatique et les nouvelles technologies, alors que son collègue est spécialisé en robotique, notre interlocuteur affirme que la source de leur création commune s’appuie sur l’outil, le produit qui est la matière transformée et, enfin, sur l’humain.
« Un hologramme sera l’animation principale du pavillon »
En dehors des 72 colonnes, le pavillon accueillera en son centre un hologramme devant représenter une mémoire du Maroc qualifiée de « futur passé possible » car, malgré le fait qu’elle soit toujours présente, elle peut néanmoins disparaître.
Élément central de l’agora du pavillon, cet hologramme prendra les traits de deux artisans virtuels, un homme et une femme, qui travaillent la terre ou le textile avec un clin d’œil assumé à la thématique très actuelle de l’intelligence artificielle.
Cette animation principale s’accompagnera d’une composition sonore ponctuée de bruits de chantiers, de chants cultuels, mais aussi d’une partie du discours du défunt roi Hassan II qui s’adressait aux architectes lors de la création de leur ordre professionnel en 1986.
« Un voyage sensoriel »
En outre, 2.400 outils (pisoirs, pioches, pelles…) suspendus sur une structure en bois constitueront une constellation pour rappeler aux visiteurs le rapport à la technique.
Sachant que le temps moyen de visite d’un pavillon est de quatre minutes, cet ensemble de compositions ambitionne de proposer un voyage sonore, visuel et olfactif, où tous les sens des visiteurs seront sollicités dans une démarche immersive qui privilégie la diversité.
Malgré notre lourde insistance, nous n’avons pas été autorisés à diffuser les visuels de ce projet. Il faudra donc attendre l’inauguration de la biennale pour découvrir toutes ses spécificités architecturales.