« Une des nouvelles mesures de la réforme cinématographique qui aboutira en avril prochain permettra de diffuser des films comportant des scènes très violentes ou portant sur des thématiques adultes qui seront par conséquent désormais réservés à des spectateurs matures de plus de 18 ans », nous révèle le ministre, pour qui cette disposition a un double objectif, à savoir d’être plus ouvert en termes de création artistique tout en avertissant le public concerné des risques éventuels de leur contenu.

 « Une 3ᵉ classification pour avertir le public sur les œuvres violentes ou heurtant sa sensibilité morale »

Cette interdiction aux spectateurs de moins de 18 ans s’ajoutera à celles qui obligent déjà les exploitants à restreindre la diffusion des films comportant des éléments potentiellement perturbants ou trop complexes pour les enfants âgés de moins de 12 ans ou alors avec des contenus explicites en termes de violence ou de sexualité pour les moins de 16 ans.

Sur la nature des films qui seront concernés par cette nouveauté, Mehdi Bensaid estime dans un premier temps que la disposition en question ciblera surtout les thématiques de guerre ou d’horreur où l’ultra-violence prévaut avant de convenir que cette classification concernera également celles comportant des scènes de nudité ou de sexe.

À la question de savoir si le thriller érotique « Babygirl », mettant en scène Nicole Kidman, récemment programmé par tous les exploitants marocains de salles avant de se voir refuser son visa d’exploitation, pourrait à l’avenir être projeté avec cette classification, le ministre a affirmé que ce n’était pas son rôle de se prononcer, mais à l’organisme en charge de trancher .

En d’autres termes, le centre cinématographique reste la seule autorité à statuer sur la légalité de la diffusion d’un film après son visionnage par une commission d’experts qui peut décider de couper certaines scènes, voire de refuser de lui octroyer un visa d’exploitation, préalable nécessaire à sa diffusion dans les salles du Maroc.

« Une disposition qui évitera de couper certaines scènes. »

Visiblement satisfaites de ce décret qui manquait à l’arsenal juridique encadrant la diffusion de certaines œuvres cinématographiques, deux sources internes du CCM, requérant l’anonymat, nous ont déclaré qu’il permettra en théorie de lutter contre la censure habituelle de certaines scènes comme de simples baisers.

Et d’ajouter qu’en dehors des valeurs fondamentales communément admises (monarchie, religion, intégrité territoriale) par tous les Marocains qui ne peuvent être remises en cause dans un film, la nouvelle disposition devrait « logiquement » permettre d’éviter de couper à tort et à travers un film à la thématique polémique.

La fin des interdictions : oui mais…

A la question de savoir si elle mettra fin à des interdictions comme celle du film Zin Li Fik, réalisé par Nabil Ayouch, qui avait opposé les partisans de la liberté et ceux qui l’avaient jugé attentatoire aux valeurs marocaines, nos interlocuteurs attendent de voir venir en précisant que « la commission de visionnage du CCM a toujours eu jusqu’ici des réflexes bien ancrés  en termes de coupes ».

Se voulant prudentes voire dubitatives, nos sources attendent son entrée en vigueur avant d’être fixées sur la nature de son application et surtout son degré d’ouverture dans un monde où la démocratisation d’Internet permet de voir des contenus choquants pour un public non averti.

« Sachant que l’intention louable est de mettre en garde les spectateurs intéressés par un contenu potentiellement choquant pour ne pas avoir à censurer ou refuser l’octroi d’un visa d’exploitation, nous devrions être fixés dès qu’un autre film comme Babygirl sera programmé », prévoient nos interlocuteurs pour qui cela se fera progressivement.

Optimistes mais réalistes face à un conservatisme bien ancré, ils espèrent que des instructions explicites d’ouverture seront données par le ministre de tutelle pour mettre fin à la bien-pensance persistante de la commission de visionnage.

Une excellente nouvelle pour les exploitants de salles

Sollicités dans le même temps, plusieurs exploitants de salles de cinéma ont exprimé leur grande satisfaction face à l’instauration de cette mesure attendue depuis des années par la profession pour élargir leur public, mais aussi pour équilibrer la liberté d’expression artistique et la protection du public.

Si l’un de nos interlocuteurs n’a pas hésité à la qualifier de « véritable révolution qui mettra fin à des décennies de contrôle pesant et de censure parfois injustifiée », Jamal Mahyaoui, en charge de la communication du groupe Mégarama, s’est également réjoui de « cette excellente nouvelle » pour l’ensemble de la profession.

« Tout en protégeant les mineurs d’une exposition prématurée à des contenus inappropriés pour leur âge, cette mesure permettra de diversifier notre programmation et donc notre offre de films », avance le directeur de la communication du plus grand exploitant de salles au Maroc, en ajoutant que cette protection devrait renforcer la liberté de choix culturel et in fine élargir le volume des spectateurs avertis.

S’il ne nous appartient pas de juger de sa pertinence, tous nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’elle aura au moins le mérite d’ouvrir le débat sur la liberté d’expression cinématographique dans une actualité où s’entrechoquent de nombreuses discussions liées à la réforme de la Moudawana ainsi qu’à celle portée par le ministère de la Justice sur les libertés individuelles et collectives…