Pour la première fois, BMCE Capital Global Research (BKGR) a choisi de calculer la prime de risque actions (PRA) à travers une méthode par sondage, estimant qu’elle reflète mieux la dynamique actuelle du marché. La prime retenue pour le premier semestre 2025 ressort ainsi à 6,5%, en baisse par rapport à septembre 2024 (7,1%).

Ce recul traduit une confiance renforcée des investisseurs, dans un contexte de progression rapide du marché boursier et d’anticipations bénéficiaires solides.

L’indice MASI affiche une hausse de 41,4% en dix-sept mois, soutenu par un regain de liquidités et l’assouplissement de la politique monétaire.

En 2024, Bank Al-Maghrib a procédé à deux baisses du taux directeur, ce qui a renforcé l’attrait pour les actions. Mais cette accélération pose la question des niveaux de valorisation et du risque d’un ajustement à court terme.

Un changement méthodologique pour mieux capter la dynamique du marché

Jusqu’à présent, BMCE Research évaluait la prime de risque à travers trois méthodes principales : historique, instantanée et prospective. La première compare les rendements passés du marché actions avec le taux sans risque. La seconde mesure l’écart entre la rentabilité attendue des actions et le taux sans risque. La troisième repose sur les valorisations cibles des analystes.

Dans cette mise à jour, BMCE Research a estimé que ces approches ne reflétaient pas pleinement les spécificités actuelles du marché, davantage influencé par des éléments techniques que par des fondamentaux de long terme.

La méthode par sondage, introduite en 2017, permet d’intégrer directement les attentes des investisseurs institutionnels (OPCVM, compagnies d’assurances et caisses de retraite).

L’optimisme ambiant se reflète également dans la liquidité du marché. Le volume moyen quotidien (VMQ) a plus que doublé en un an, passant de 229 MDH en janvier 2024 à 536 MDH en janvier 2025. Cette progression illustre un marché plus profond et plus actif, soutenu par l’afflux de capitaux et des anticipations favorables sur les résultats des entreprises cotées.

Des fondamentaux solides, mais un risque de correction à court terme

Plusieurs facteurs structurels continuent d’alimenter la dynamique haussière du marché. L’annonce de grands projets, comme la coorganisation de la Coupe du monde et le développement de gigafactories, devrait stimuler l’activité économique et bénéficier aux entreprises cotées. L’amnistie fiscale décidée par le gouvernement encourage également l’afflux de capitaux vers les actifs financiers.

Les prévisions bénéficiaires des entreprises restent bien orientées. BMCE Research anticipe une croissance de 22,7% des bénéfices des sociétés cotées en 2025, ainsi qu’une hausse de 19% des dividendes distribués. La disparition de l’effet exceptionnel de la provision d’IAM en 2024 renforce cette visibilité.

Toutefois, l’euphorie actuelle pourrait être tempérée par une correction technique. Le marché ayant progressé de manière quasi ininterrompue depuis plus d’un an, une phase de prises de bénéfices au premier semestre 2025 ne serait pas surprenante.

Un arbitrage actions/obligations en pleine recomposition

Avec la baisse des taux directeurs, les placements obligataires perdent en attractivité face aux actions. Le spread entre le dividend yield (D/Y) et les bons du Trésor à 10 ans s’est resserré, passant de -106 pts fin 2023 à -35 pts actuellement. Cette situation milite en faveur d’un arbitrage en faveur des actions, surtout si la Banque centrale poursuit son assouplissement monétaire.

La question de la valorisation des actions reste centrale. Le PER moyen du MASI, bien qu’en hausse, ne reflète pas encore une surchauffe comparable à celle d’autres marchés en fin de cycle haussier. La poursuite de cette dynamique dépendra largement des décisions de la Banque centrale et de la capacité des entreprises à délivrer les résultats attendus.

BMCE Research estime que le MASI pourrait progresser de 16,5% d’ici la fin de l’année, après avoir déjà enregistré 12,67% au 17 février.

La croissance économique, bien qu’attendue à la hausse, pourrait être légèrement inférieure aux prévisions de Bank Al-Maghrib. BMCE Capital prévoit une augmentation du PIB de 3%, contre 3,9% dans le scénario central de la Banque centrale. Cette divergence souligne une certaine prudence face aux défis économiques et aux incertitudes pouvant peser sur l’activité.

Dans ce contexte, la prime de risque de 6,5% pour le S1-2025 reflète un équilibre entre l’optimisme des investisseurs et la nécessité de rester attentif aux signaux d’essoufflement du marché. Si les facteurs techniques et monétaires continuent de le soutenir, il devra faire preuve de résilience face aux ajustements potentiels à venir.