Dans certains cafés, de nombreux jeunes sont attablés devant leur ordinateur ou consultent attentivement leur smartphone. Ils sont plongés dans une activité qui gagne de plus en plus d’adeptes dans notre pays : le trading international, qui cible entre autres les matières premières
“Effet de levier”, “Stop Loss”, “Forex”… Le vocabulaire du trading se démocratise, notamment sur les réseaux sociaux où cette activité est présentée comme accessible à tous, quel que soit le budget. Mais cette image reflète-t-elle la réalité ?
Médias24 a interrogé plusieurs nouveaux traders et observateurs. Si certains points font consensus, d’autres suscitent des avis totalement opposés. C’est notamment le cas de la question de savoir si le trading peut devenir une source de revenu exclusive et se substituer à un emploi classique.
Dans tous les cas, leurs expériences et observations respectives mettent en lumière des conseils et recommandations essentiels que tout novice devrait prendre en compte. Voici ce qu’ils en disent.
La frontière entre trading institutionnel et trading particulier
Pour faire simple, le trading peut être défini comme l’opération par laquelle l’on peut acheter et vendre des actifs financiers dans le but de réaliser un profit. Les traders tentent de tirer parti des variations des prix sur les marchés financiers en effectuant des transactions à court ou moyen terme.
Mais il est nécessaire de différencier le trading institutionnel du trading “retail” (pour particuliers) qui sont considérés comme deux univers totalement différents. Les grandes institutions financières disposent d’équipes d’analystes, de modèles mathématiques avancés et d’algorithmes puissants pour optimiser leurs stratégies et limiter les pertes.
Quant aux traders amateurs, ils accèdent aux cotations en temps réel, donnant l’illusion qu’ils peuvent rivaliser avec ces géants. Pourtant, même les professionnels ne sont pas à l’abri de pertes colossales. En février 2025, un événement rarissisme s’est produit : deux des plus grands fonds d’investissement, Citadel et Millennium, ont subi des pertes importantes. Si ces experts, dotés des meilleures ressources, peuvent perdre de l’argent, comment un particulier sans formation approfondie pourrait-il prétendre faire mieux ?
Nos interlocuteurs ont des avis divergents concernant le caractère accessible de cette activité. Certains estiment que tout le monde peut se lancer dans le trading, tandis que d’autres soulignent qu’il faut remplir certains critères, en particulier si l’on souhaite en faire une véritable source de revenu.
Le rêve de vivre du trading est largement entretenu par les success stories en ligne. Pourtant, la réalité est tout autre. Selon l’un des traders sondés par nos soins, seuls 2% des traders en font un métier viable.
“La majorité perd plus qu’elle ne gagne. Le trading est trop aléatoire pour être une source de revenu principal, et dépend de nombreux facteurs externes, comme les décisions politiques et économiques. L’exemple de Trump imposant des droits de douane illustre la difficulté d’anticiper ces événements et leurs conséquences sur les marchés”, nous indique-t-on.
En d’autres termes, le trading ne s’improvise pas. Une solide compréhension de l’économie et de la politique est essentielle, notamment pour suivre les décisions des grandes puissances économiques comme les États-Unis. En un mot, la géopolitique.
Selon nos interlocuteurs, il est nécessaire :
• d’avoir des bases en macroéconomie et en statistiques qui sont indispensables pour analyser les tendances ;
• d’opérer une diversification des investissements (actions, cryptos, matières premières, devises, ETF) pour limiter les pertes ;
• d’avoir des comptes “démo”, afin de s’entraîner avant d’investir de l’argent réel.
En ce qui concerne les outils et les plateformes, nos interlocuteurs ont des avis partagés. Certains préfèrent une plateforme à une autre, mais tous s’accordent à dire qu’il en existe une grande variété. “AvaTrading”, “MetaTrader5”, etc., chaque plateforme ayant ses propres caractéristiques. Il est donc essentiel de prendre le temps de bien se renseigner pour choisir celle qui correspond le mieux aux besoins de chacun.
Par ailleurs, la question du recours à l’effet de levier ne fait pas l’unanimité non plus. Pour certains de nos interlocuteurs, il représente un danger majeur pour les particuliers, à même d’amplifier à la fois les gains et les pertes.
“Avec un levier de 10, un capital de 100 DH permet de prendre une position de 1.000 DH. Mais plus le levier est élevé, plus les mouvements du marché deviennent dangereux : une simple variation peut anéantir tout le capital investi”, alerte un des experts contactés par Médias24.
Il souligne que « le krach boursier lié au Covid-19 a rappelé que les crises sont imprévisibles et peuvent anéantir des portefeuilles en un instant”. Selon lui, “l’année 2025 est marquée par une forte volatilité et des incertitudes géopolitiques” ; ce qui illustre encore les dangers de la spéculation sans stratégie de gestion des risques.
En effet, le trading peut être rentable, mais il reste hautement risqué. Nos interlocuteurs estiment que “ceux qui réussissent ont une forte capacité d’analyse, une bonne gestion des risques et une compréhension approfondie des dynamiques économiques mondiales”.
“Pour les autres, mieux vaut envisager le trading comme un complément d’épargne, et non comme une carrière. Les marchés sont impitoyables, et sans une formation sérieuse et une discipline rigoureuse, les chances de succès sont minces”.
Par ailleurs, nos interlocuteurs estiment que le trading en ligne au Maroc est dans une zone grise : ni explicitement autorisé ni clairement interdit. L’un d’eux nous indique que “des brokers (courtiers en ligne) comme Lite Finance opèrent dans le pays, permettant aux traders de déposer et retirer de l’argent”. Sur son compte Instagram, “Lite Finance Morocco”, il est indiqué que la plateforme compte plus de 100.000 utilisateurs au Maroc.
Mais en raison de restrictions financières, notamment les dotations de paiement en ligne et de voyage jugées “trop faibles”, nombre de traders marocains ouvrent des comptes à l’étranger.
S’il est indéniable qu’il existe un véritable engouement à l’égard du trading, il est important de comprendre pourquoi cet intérêt se porte principalement sur les marchés étrangers.
“Pourquoi cette liquidité ne reste-t-elle pas au Maroc ? Le marché boursier marocain a certes progressé, mais il n’attire pas autant d’investisseurs que les marchés internationaux”, souligne un observateur.
“Il y a aussi un manque de diversité dans les produits disponibles. Même les plateformes utilisées par ces traders sont basées à l’étranger, et non au Maroc. On ne constate pas d’efforts significatifs de la part des courtiers, des sociétés de gestion ou des banques locales pour combler ce vide”.
Gare aux arnaques
Le trading est un secteur miné par les escroqueries. De nombreux faux experts vendent des formations coûteuses ou proposent de suivre leurs stratégies, souvent en montrant des courbes de performance manipulées.
“À mon avis, il n’existe aucune formation sérieuse. Si quelqu’un était vraiment compétent, pourquoi aurait-il besoin de proposer des formations ? S’il détenait la solution, il ne se contenterait pas de vendre des formations ou de faire des vidéos. Ceux qui possèdent réellement des connaissances ne cherchent pas à les partager, ils préfèrent les garder pour eux”, met en garde l’un de nos interlocuteurs.
“À l’exception des plateformes, les formations manquent de crédibilité. Elles vous incitent à vous inscrire sur des sites, et le formateur va simplement promouvoir la plateforme sur laquelle il fait son trading. Si quelqu’un était un véritable expert en trading, il ne perdrait pas son temps à publier des vidéos sur les réseaux sociaux”, poursuit-il.
C’est pourquoi il est crucial de vérifier le statut du formateur et ses références, mais aussi ses recommandations et son modèle économique.
Trop de traders débutants se fient à des escrocs qui promettent des méthodes miracles, alors qu’en réalité, le marché est imprévisible et personne ne peut garantir un gain stable.
Des influenceurs jouent un rôle central dans la popularisation du trading. Beaucoup promeuvent des plateformes de trading via des liens affiliés, gagnant de l’argent à chaque inscription. Pour séduire leur audience, ils mettent en scène des succès impressionnants à l’aide de comptes “démo” ou de montages trompeurs, renforçant l’illusion qu’il est facile de s’enrichir rapidement.
Nous nous intéresserons à ce volet dans un prochain article, où nous aborderons plus en détail les arnaques dans le trading, les méthodes trompeuses des influenceurs, et les dangers auxquels les traders débutants sont exposés.