Alger a formellement exprimé, le jeudi 6 mars, son « mécontentement » à l’égard de Paris concernant « Chergui 2025″, un exercice militaire conjoint prévu en septembre 2025 entre le Maroc et la France dans la région d’Errachidia. Cette édition est loin d’être la première.
Dans un communiqué publié par le ministère algérien des Affaires étrangères, ces exercices sont curieusement qualifiés d’ »acte de provocation » susceptible d’exacerber les tensions déjà vives entre l’Algérie et la France. Le secrétaire général du ministère, Lounès Magramane, a convoqué l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, afin de lui signaler la « gravité » de ce projet.

“Un tel exercice ne manquera pas d’alimenter la crise qui caractérise actuellement les relations algéro-françaises et de porter les tensions entre les deux pays à un seuil supérieur de gravité”, poursuit Alger dans son communiqué. Le régime du pays voisin exige « des clarifications » de la part de l’ambassadeur de France et attend une réaction officielle de Paris.
Ce communiqué intervient alors que l’Algérie, de son côté, opère des manœuvres à munitions réelles près de la frontière marocaine, comme en 2021 dans le secteur de Tindouf ou en 2023 près de Béchar, parfois même avec la participation de forces russes.
Chergui 2022: une précédente édition réussie
« Chergui », dont le nom fait référence au vent chaud et sec qui souffle sur l’Afrique du Nord, est un exercice interarmées mené dans le cadre des missions de défense de l’intégrité territoriale. Il vise à consolider les capacités de planification et le développement de l’interopérabilité technique et opérationnelle entre les Forces armées royales et l’armée française.
Jusqu’en 2021, l’exercice s’appelait “Tafilalet”. Neuf éditions ont eu lieu jusqu’en 2009, au rythme d’une tous les deux ans, avant de reprendre en 2019, 2021 puis 2022 sous le nom “Chergui”. 2023 fut consacré à Orion.
La 12e édition de l’exercice, ‘Chergui 2022’, menée du 1er au 25 mars par les Forces armées royales et l’armée française, avait connu la participation de huit unités françaises, de 2.500 soldats, dont près de 200 militaires français.
Côté français, le 5ᵉ régiment d’hélicoptères de combat (5e RHC) fut l’unité-pilote avec six aéronefs déployés : un Tigre, trois Caïman et deux Gazelle. Il a été renforcé par le 2ᵉ régiment d’infanterie de marine (2ᵉ RIMa) et par le régiment d’infanterie chars de marine (RICM). Côté marocain, deux Gazelle, un Chinook et deux Puma sont venus compléter le dispositif. La finalité pour les forces au sol comme dans les airs : partager les compétences et renforcer la connaissance mutuelle pour agir conjointement.
« Les manœuvres aéroterrestres menées conjointement avec le Maroc ont été une occasion pour nos soldats de s’entraîner en milieu désertique au combat durci », avait expliqué Clémence, soldat de première classe de l’Armée de terre française.
« Elles ont porté sur des posées et des débarquements en condition poussière ou par nuit noire, c’est-à-dire en visibilité quasi nulle », a-t-elle poursuivi.
« Cet entraînement de trois semaines a permis à nos deux armées de consolider leur capacité de planification conjointe et de développer leur interopérabilité », indiquait la 4ᵉ BAC dans un post sur X.
Une relation militaire constante, malgré des périodes de froid
Selon notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, malgré la crise diplomatique ayant marqué ces dernières années les relations entre le Maroc et la France, la coopération militaire entre les deux pays « n’a pas été interrompue ». Il souligne que « les exercices militaires conjoints ont été maintenus, à l’image du Chébec« , bien que certains aspects de la relation militaire aient connu des ajustements.
« Seule l’acquisition de matériel a été légèrement impactée, les équipements militaires français ne constituant plus le premier choix du Maroc », explique-t-il. Toutefois, les engagements antérieurs ont été respectés, comme en témoignent « la livraison des Caesar et des missiles Mica« .
Malgré les tensions diplomatiques, « la commission militaire mixte a continué de se réunir régulièrement afin de définir les activités à organiser lors des différents exercices conjoints », précise Abdelhamid Harifi. De plus, les « visites officielles, les partages d’expertise et les échanges entre établissements de formation ont également été maintenus ».
Depuis la dernière visite du président Emmanuel Macron, le Maroc a renoué son intérêt pour les équipements militaires français, en particulier dans les domaines des hélicoptères, des systèmes d’artillerie et des blindés, « bien que ces derniers ne soient pas automatiquement privilégiés ».
Abdelhamid Harifi estime qu' »aujourd’hui, un intérêt mutuel se dessine entre les deux pays pour aller plus loin dans la coopération militaire, tout en respectant les choix souverains de chacun ». Une évolution qui pourrait marquer une nouvelle phase dans le partenariat stratégique entre Rabat et Paris.
Document
Un document non authentifié officiellement, fuité sur une plateforme, apporte des détails sur la planification et le contenu de ces exercices. Il s’agit d’un compte rendu synthétique d’une réunion conjointe de préparation. On y apprend la date « approximative » (22 septembre 2025), ainsi que la participation d’unités terrestres, aériennes et de modules de soutien. L’objectif est la « coordination interarmées ».