Comme dans de nombreux autres cas, Alger dramatise les événements pour créer des incidents avec la France et, dans ce cas, avec le Maroc. C’est le cas du prochain exercice militaire Chergui 2025 qui en est à sa 13e édition.
« A l’instar du Conseil algérien de la Nation qui vient de rompre ses relations avec son homologue français après la visite de Gérard Larcher, président du Sénat, dans les provinces du sud du Maroc, cette nouvelle réaction contre la poursuite du partenariat militaire franco-marocain s’inscrit dans une exagération devenue quasi-permanente des autorités algériennes », nous déclare Emmanuel Dupuy en rappelant que l’ambassadeur français Stéphane Romatet à Alger est souvent convoqué au siège du ministère algérien des Affaires étrangères dès que ce dernier trouve un prétexte pour dénoncer « la moindre anicroche ».
Algérie – France: « Tous les prétextes sont bons pour cultiver l’escalade »
Citant les protestations redondantes de la diplomatie algérienne contre les retards infligés à ses ressortissants lors de contrôles à l’aéroport de Roissy ou relatives à l’accusation infondée contre la DGSE française d’utiliser un Franco-algérien pour déstabiliser le régime, le président de l’IPSE déclare que toutes les occasions sont désormais exploitées par Alger pour aggraver les relations franco-algériennes déjà très détériorées après « l’arrestation injustifiée » de l’écrivain Boualem Sansal.
Sur « la gravité du projet de manœuvres communes » dénoncée dans un communiqué martial du MAE algérien, notre interlocuteur juge que la poursuite de la coopération militaire franco-marocaine initiée depuis la fin des années 90 qui a pour seule vocation de s’entrainer ensemble ne constitue absolument pas une affaire d’État qui mérite une telle réaction.
Une réaction d’autant plus illogique quand on sait que l’armée algérienne a procédé dans un passé récent à plusieurs exercices militaires à munitions réelles du même type à la frontière marocaine, y compris des manœuvres conjointes avec des soldats russes, sans aucune réaction du Maroc.
La reconnaissance française du Sahara marocain, l’arrestation de Boualem Sansal et les exigences de la France pour renégocier les accords bilatéraux deviennent matières à aggraver la crise
« En réalité, le renforcement de cette coopération illustre simplement la volonté de la France de poursuivre ses excellentes relations militaires avec le Maroc et de contribuer de cette manière à sécuriser l’ensemble de l’espace afro-atlantique », explique Emmanuel Dupuy en paraphrasant la déclaration de juillet dernier du président français selon laquelle cette démarche est dictée par le fait que désormais le Sahara s’inscrit dans le passé, le présent et le futur dans le cadre de la souveraineté marocaine. Notre interlocuteur s’exprimait dans un échange avec Médias24 consécutif aux récentes déclarations d’Alger sur l’exercice militaire franco-marocain Chergui 2025.
Interrogé sur le timing de cette protestation qui contraste avec le silence algérien lors des 12 éditions précédentes, le politologue affirme qu’elle n’est qu’un nouveau prétexte pour réagir à la position française réclamant un réajustement de l’accord de 1968 favorisant l’accueil des travailleurs algériens et celui de 2007 exemptant de visas ses diplomates voyageant en France dans un contexte particulier de tensions lié à l’arrestation « injuste » du ressortissant franco-algérien Boualem Sansal.
La dénonciation de l’appellation « Chergui » traduit un aveu de sensibilité sur la question du tracé des frontières entre le Maroc et l’Algérie
Invité à interpréter l’expression du communiqué algérien qualifiant de « nom très évocateur » l’opération Chergui 2025, Emmanuel Dupuy estime qu’elle reflète un aveu de faiblesse voire de culpabilité par rapport à la question posée par l’écrivain incarcéré et par un certain nombre d’historiens sur le tracé exact de la frontière qui a créé l’Algérie en 1962.
Si le sens de cette locution polysémique peut échapper à certains lecteurs, notre interlocuteur pense que « son utilisation qui n’avait pas lieu de s’y attacher plus que de raison » constitue un vrai aveu algérien de fébrilité et de sensibilité sur la question des frontières entre les deux pays voisins.
« L’Algérie veut impliquer le Maroc dans son différend avec la France »
Sur les suites de cette énième protestation, le président de l’IPSE pense que malgré de possibles admonestations verbales supplémentaires côté algérien, la France ne changera pas de cap et maintiendra ses exercices avec le Maroc tout en essayant de désamorcer la crise avec l’Algérie.
« Face au contexte bilatéral extrêmement tendu, l’Algérie essaye de déplacer le curseur en affirmant que le problème n’est pas qu’avec la France, mais aussi avec le Maroc », conclut Dupuy pour qui cette position dénote une fébrilité sécuritaire liée à son affaiblissement régional relatif à ses problèmes frontaliers avec le Mali mais également au récent succès marocain qui a réussi à démanteler une cellule terroriste qui comptait agir dans plusieurs villes du pays y compris dans les provinces du sud.
En d’autres termes, la dénonciation algérienne « infondée » des exercices militaires franco-marocains Chergui 2025 qui auront lieu le 22 septembre prochain dans la région frontalière d’Errachidia n’est en réalité qu’une nouvelle manœuvre dilatoire pour trouver un prétexte permettant de s’en prendre à la France en prenant à partie le Maroc.
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