« La campagne actuelle de tomates est une campagne normale en matière de superficie, de niveau de production, de pertes dues aux maladies et de pertes dues au climat », nous confie d’emblée l’Association, jointe par Médias24.
« C’est une année normale, marquée par quelques difficultés d’ordre climatique notamment, qui ne dépendent pas de l’agriculteur. Ce qui est sûr, c’est qu’on est en train de quitter la plus mauvaise période de l’année avec l’avènement du printemps. La tomate, en bonnes quantité et qualité, sera ainsi disponible à partir des prochaines semaines », ajoute notre source à l’Association.
Les facteurs climatiques, principale cause des fluctuations des prix
Le Maroc maintient un équilibre relatif dans la production de tomates, avec une répartition égale entre l’export (50%) et le marché local (50%). Malgré les multiples bouleversements qu’a connus ce secteur, le marché local continue d’être approvisionné par les agriculteurs « à des coûts qui varient selon le mois, la saison et le niveau de production, mais qui ont rarement excédé le prix de revient, en particulier depuis la pandémie du Covid-19″, assure l’Association.
D’après notre source à l’APEFEL, la production de la tomate au Maroc est impactée par plusieurs facteurs, avec à leur tête les facteurs climatiques. « Le changement climatique constitue un problème structurel pour la production agricole », regrette-t-elle.
« Outre la faible disponibilité en eau, il y a également l’effet de la température. Ces deux ou trois dernières années ont été particulièrement éprouvantes sur le plan climatique, notamment en raison des variations des températures ».
La variation de la production de la tomate est due à des creux de production, causés par un excès de chaleur ou de froid
« Rien que l’année dernière, nous avons eu 52 °C à Agadir. C’est un record absolu qui a fortement impacté les fleurs de tomates. Trois jours consécutifs de chaleur extrême suffisent à détruire les fleurs, provoquant ainsi un creux de production et une augmentation subséquente des prix ».
« La variation de la production de la tomate, tout au long de l’année, est donc due à des creux de production, causés par un excès de chaleur ou de froid ».
« Au début de la campagne en cours, nous avons eu quatre mois de forte chaleur. Entre les mois de septembre et décembre, la chaleur à Agadir a été maintenue aux alentours de 30°C, ce qui a entrainé une surproduction. La plante a beaucoup donné et s’est affaiblie. Cette situation a provoqué une faiblesse des prix, atteignant parfois moins de 1 DH/kg, contraignant les agriculteurs à vendre à perte« .
Ensuite, ajoute l’Association, « il y a eu des chutes de température qui ont provoqué un ralentissement de la floraison, entraînant un creux que l’on ressent actuellement. Heureusement, les bonnes températures arrivent bientôt avec l’avènement du printemps. La production sera donc au rendez-vous, aussi bien en plein champs qu’à l’intérieur des serres ».
« De manière générale, nous ne sommes pas inquiets au sujet des quantités de tomates, puisqu’elles arrivent dès les semaines prochaines ».
Malgré ces difficultés, la campagne actuelle est jugée « normale » par les professionnels. « L’on peut confirmer que la campagne actuelle est une campagne normale, en matière de superficie, de niveau de production, de pertes dues aux maladies et au climat », déclare notre source.
« Les prix pratiqués au marché de gros d’Inzegane sont normaux »
En matière de prix, l’APEFEL nous assure que « les prix pratiqués aujourd’hui à Inzegane ne sont pas anormaux ».
« Comme expliqué, la surproduction en début de campagne a entrainé une chute des prix de la tomate, d’autant que c’est un aliment qu’on ne peut pas stocker », explique notre source.
« Pendant quatre mois, de septembre à décembre, nous avons vendu à perte. Le prix de la tomate ne dépassait même pas 1 DH/kg, alors que son coût de production en serre est d’au moins 3,50 DH/kg. Pour certains producteurs, ce coût atteint même 4 DH/kg ou plus« .
« Cette variation s’explique par plusieurs facteurs. Prenons l’exemple du virus qui affecte les plantes de tomates. L’hygiène et les bonnes pratiques culturales jouent un rôle clé dans cette différence entre producteurs. Dans un champ où le travail est négligé et les règles d’hygiène non respectées, un producteur peut perdre l’intégralité de sa récolte en seulement deux semaines. À l’inverse, dans un champ où toutes les mesures d’hygiène sont appliquées rigoureusement, les pertes se limitent à environ 10 à 15% de la production. Cet écart influence directement le prix de revient ».
« Une fois récoltées, ces tomates sont vendues au marché de gros, où le prix n’est pas fixé par les producteurs. On nous propose un prix que nous sommes contraints d’accepter, faute d’un autre système de commercialisation. Nous n’avons pas l’autorisation de vendre directement notre production », regrette notre source.
« Jusqu’en décembre, le prix de la tomate au marché de gros était bradé. Il n’atteignait même pas la moitié du prix de revient. Le prix a augmenté vers fin décembre et début janvier, atteignant entre 2 et 4 DH/kg. Ce n’est que dernièrement que les prix ont augmenté, suite à la chute des températures qui ont affecté la qualité ».
« Cette situation était d’ailleurs prévisible », souligne notre interlocuteur à l’APEFEL. « Avant le mois de ramadan, nous avons mené une étude avec un groupe de spécialistes du secteur, qui a révélé qu’une légère difficulté, considérée comme normale, surviendrait durant une semaine en raison des chutes de température. Nous en avions également informé le ministère de tutelle », conclut-il.
Le problème se situe donc entre la vente en gros et la vente au détail, où certaines pratiques contribuent malheureusement à une hausse artificielle des prix. Il est donc essentiel de mettre en place des mécanismes transparents permettant de réguler le prix de la tomate tout au long de la chaîne, jusqu’au consommateur final, afin de remédier à cette situation.