Avancer une hypothèse à près d’une année et demie des élections législatives de 2026 n’est pas une tâche aisée et dénuée de risque. En dix-huit mois, on ne sait pas de quoi demain, la semaine ou le mois à venir, voire le prochain trimestre ou le premier semestre de 2026 seront faits. Mais, comme la scène politique marocaine a horreur des changements brusques, rien ne prédit un changement de cap d’ici les prochaines élections législatives.

À ce stade, on voit mal un ou deux partis sortir de l’attelage actuel et faire cavalier seul.

Le plus important changement sur lequel les Marocains tablaient et qu’ils appelaient de tous leurs vœux a bien eu lieu en octobre 2024 avec le remaniement ministériel et l’arrivée des secrétaires d’État.

Depuis plusieurs mois, les trois partis de la majorité (RNI, PAM et PI) sont entrés en pré-campagne électorale. La première phase consiste à re-mobiliser leurs bases, mais aussi et surtout à recruter de nouveaux militants.

Les chefs montent au front

Le 11 janvier 2025, Aziz Akhannouch annonçait la couleur lors de la réunion du conseil national de son parti, où il a surtout révélé une prochaine tournée nationale de communication et de contact avec les militants et les citoyens.

Il semblait répondre à Nizar Baraka qui, la veille (le 10 janvier), s’est fait le porte-voix des jeunes Marocains en déplorant les conditions de vie, l’absence de perspectives…, un véritable discours d’opposition à la limite du radicalisme.

Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal reviendra à la charge le 15 février à Had Ouled Frej (province d’El Jadida) où il avait lancé le programme « 2025, année du bénévolat » en présence de quelque 3.500 personnes.

Enfin, le 4 mars, et en grande pompe, le PAM a annoncé sa nouvelle initiative, « Génération 2030« , visant à encourager la participation des jeunes aux affaires politiques.

Tous ces ingrédients nous donnent un petit aperçu d’une pré-campagne électorale qui a démarré sur les chapeaux de roue, même si les trois partis de la majorité disent inscrire ces activités et initiatives dans le cadre de la vie et de la dynamique normales de ces formations.

Une dynamique normale quand un Mehdi Bensaid, membre de la direction collégiale du PAM, annonce que son parti dirigera « le gouvernement du Mondial » ? Une déclaration qui n’a pas été du goût de ses deux autres partenaires de la majorité et surtout de celui des dirigeants du RNI.

Qui portera le brassard du capitaine ?

Mais l’impression générale qu’on donne au sein de la majorité atteste d’une grande ambition de revenir aux affaires après les élections législatives de 2026. « C’est une ambition légitime au vu de l’action menée jusque-là par ce gouvernement dans un contexte assez difficile », affirme un jeune cadre d’un parti de la coalition de Aziz Akhannouch.

Cela voudrait-il dire qu’il pourrait y avoir une coordination collective entre les trois partis dans la perspective de ce scrutin décisif ?

« Les trois partis veulent rempiler et former ce que vous appelez le « gouvernement du Mondial », sauf qu’ils veulent tous avoir droit au brassard du capitaine », poursuit notre interlocuteur. Comprenons que chacun des partis de l’actuelle majorité va chercher à ravir la première place sur le podium lors du prochain scrutin législatif, et voir ainsi le futur chef du gouvernement issu de ses rangs.

Cette concurrence serait-elle synonyme d’éventuelles divergences entre les partis de la majorité dans les mois à venir ?

« Des frictions, on y assiste déjà et depuis plusieurs mois, entre les responsables et les élus des trois partis. Attendez-vous à ce que le ton monte dans les mois à venir », répond un cadre de la majorité.

Interrogés par nos soins, plusieurs membres dirigeants des trois partis affirment que, pour le moment, il n’est question d’aucune coordination entre les trois composantes dans la perspective du prochain scrutin législatif.

« Pour notre part, nous essayons de mettre de l’ordre en interne et de ressouder nos rangs. Nous n’avons pas la tête à autre chose », avoue un membre de la direction du PAM.

« Même si, au niveau central, les chefs des partis de la majorité tombent d’accord sur une ébauche de coopération lors des prochaines élections législatives, il leur sera difficile d’en convaincre les leaders de ces partis au niveau des régions. En ce qui nous concerne, par exemple, n’allez surtout pas imaginer que la direction impose des alliances à nos militants dans les trois régions du Sahara ou dans le Souss, voire dans le Rif », avoue un membre du conseil national du PI. Un expert explique que la concurrence frontale est inévitable dans toutes les circonscriptions qui ont moins de trois sièges à pourvoir.

Qui sera alors l’avocat du bilan gouvernemental ?

En toute logique, le bilan du gouvernement doit être l’affaire de toutes les composantes de la majorité, qui doivent le défendre comme un seul homme. Mais la pratique, au Maroc, a toujours démontré le contraire. Au moment des campagnes électorales, chaque composante d’une coalition gouvernementale cherche à tirer la couverture vers elle, à s’approprier les bonnes performances et à essayer de prendre ses distances avec les couacs.

On s’en souvient comme si c’était hier. À la fin du mandat du gouvernement El Fassi (2007-janvier 2012), tous les partis représentés au sein de cette équipe avaient repris à leur actif la mise en place du Fonds des aides sociales. Rebelotte avec le gouvernement Benkirane (2011-2015) quand le chef de file du PJD avait mis à l’actif de son parti l’instauration des aides aux veuves. Cela avait donné lieu à des échanges houleux entre les membres du PJD et les autres composantes du gouvernement.

« Nizar Baraka faisait état de son inquiétude quant au sort des jeunes Marocains. Croyez-vous qu’il va changer de discours, lors d’un éventuel meeting électoral, pour faire les éloges du gouvernement en matière de création d’emplois ? », explique un jeune cadre du PI. Idem pour ce qui est du pouvoir d’achat et du niveau de vie des couches moyennes.

Mais, au-delà des éventuelles escarmouches auxquelles on ne risquerait pas d’échapper, la réalité de l’électorat marocain a beaucoup changé.

Par les temps qui courent, explique un cadre de la majorité, le citoyen lambda n’est sensible ni aux discours politiques ni aux promesses vaseuses qu’on peut lui faire.

« Il va voter pour celui qui remporte sa confiance pour améliorer son quotidien : les aides directes, les augmentations de salaires, les aides aux agriculteurs dans cette difficile conjoncture, l’accès au logement… », ajoute notre interlocuteur.

Médias24 suivra de près ces événements pré-électoraux. Le prochain article sera dédié à l’opposition. Nous donnerons également la parole à tous les partis qui pèsent sur l’échiquier actuel.