Depuis le début de l’année 2025, les marchés financiers internationaux traversent une période de fortes turbulences, marquée par des ajustements brutaux des indices, des fluctuations des matières premières et des incertitudes macroéconomiques grandissantes. Wall Street, l’Europe et l’Asie évoluent au rythme des annonces économiques et géopolitiques, entre espoirs de stabilisation et craintes d’un ralentissement économique prolongé.

L’année a commencé sous le signe de la prudence, avec des marchés hésitants, qui cherchent un nouvel équilibre entre les décisions des banques centrales, les tensions commerciales et les incertitudes électorales aux États-Unis.

Depuis le début de l’année 2025, les marchés boursiers internationaux évoluent à des rythmes contrastés. Comme l’expliquent Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, fondateurs d’African Financial Investment, trois grandes zones de performance se dessinent.

Situation actuelle des marchés boursiers internationaux

→ L’Europe affiche, jusqu’à présent, des performances solides. « L’Allemagne enregistre une performance year-to-date de 14%, suivie de l’Italie à 12,7% et de l’Espagne à 10,8% ».

L’Euro Stoxx 50, indice regroupant les principales valeurs européennes, progresse également d’environ 10%.

À l’inverse, le Royaume-Uni connaît une dynamique plus modérée. « Le FTSE 100 affiche une hausse de 4,5% depuis le début de l’année, se situant en zone de progression, mais à un rythme plus faible que le continent européen ».

La Chine se trouve dans une « zone de neutralité« . « L’indice de Shanghai évolue autour de +0,60%, tandis que l’indice technologique de Shenzhen recule légèrement de -0,20% ». Cette stagnation s’explique par un environnement économique marqué par des tensions commerciales et un objectif de croissance modéré fixé à 5 % par Pékin.

Le Japon, en revanche, connaît une dynamique différente. « Le Nikkei affiche une progression de 7,13%, mais ses enjeux sont internes, avec des réformes économiques et une politique monétaire spécifique ».

En effet, les entreprises japonaises ont consenti à « d’importantes hausses de salaires pour la troisième année consécutive, dans l’optique d’amortir l’inflation et de répondre aux tensions sur le marché du travail ».

À l’opposé, les États-Unis enregistrent des performances négatives. « Le S&P 500 affiche une baisse de -4,20%, le Dow Jones recule de -1,9%, et le Nasdaq, porté par les valeurs technologiques, chute de -6,5% ».

Cette correction s’explique en grande partie par les incertitudes économiques et les politiques commerciales de l’administration Trump II.

Le Canada est également impacté par ces tensions, avec un TSX en recul de « -1,94%, en raison de son exposition aux tensions géopolitiques et aux hausses tarifaires imposées par Washington ».

L’Australie subit de plein fouet la politique protectionniste américaine. « Le SX200 chute de -4,7%, atteignant son plus bas niveau en sept mois ».

Cette contre-performance s’explique par « la décision de Donald Trump d’exclure l’Australie des exemptions tarifaires sur l’aluminium et l’acier », ce qui a fragilisé un secteur clé de l’économie australienne.

Les facteurs explicatifs en détail

Selon Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, « l’impact des annonces liées à la géopolitique et à la guerre commerciale sur les anticipations de résultats est immédiat et varie selon la composition des indices« .

Chaque nouvelle information affecte la perception du risque et donc la valorisation des actions. « Lorsqu’une annonce comme la mise en place ou l’augmentation de tarifs douaniers est faite, les marchés réagissent par une baisse ».

« Les valorisations sont revues à la baisse, les anticipations de résultats sont révisées, ce qui impacte automatiquement le cours des actions ».

Cela est particulièrement vrai pour les industries les plus exposées, comme les valeurs technologiques aux États-Unis, ou encore le secteur minier au Royaume-Uni. « On a vu l’exemple de l’Angleterre avec les minières, ou encore du Nasdaq, qui est composé de valeurs technologiques fortement affectées par la hausse des taux et les tensions commerciales ».

Un autre facteur clé de la volatilité réside dans l’évolution des taux d’intérêt. « Ce n’est pas systématique, mais souvent, lorsqu’il y a de mauvaises nouvelles, les taux des obligations augmentent. Cela incite certains gestionnaires à vendre des actions pour se repositionner sur les obligations ».

Quand la peur s’installe, les mouvements de marché peuvent être exagérés, tant à la baisse qu’à la hausse en cas de bonnes nouvelles

Ce phénomène, bien connu des marchés, s’explique par la réallocation du capital vers des actifs perçus comme moins risqués. « Quand les taux augmentent, les actions baissent, car l’arbitrage entre les rendements obligataires et les rendements attendus des actions devient défavorable aux actions ».

L’émotion joue également un rôle majeur dans la dynamique des marchés. « Quand la peur s’installe, les mouvements de marché peuvent être exagérés, tant à la baisse qu’à la hausse en cas de bonnes nouvelles ».

Un indicateur suivi de près par les analystes est le « Fear and Greed Index« , qui mesure l’état d’esprit des investisseurs. « Actuellement, il est à 19, un niveau de ‘peur extrême’. Il y a un an, il était à 72, dans une phase où les marchés étaient en pleine euphorie », soulignent les experts.

Pourquoi le marché boursier de l’Europe augmente-t-il ?

Contrairement aux États-Unis, l’Europe affiche une dynamique plus solide. L’apaisement relatif du conflit en Ukraine redonne confiance aux investisseurs. « Une reprise des relations avec la Russie réduirait les tensions sur les matières premières », expliquent Tarik Amiar et Jérôme Boumengel.

La politique monétaire joue également un rôle clé. « La BCE a amorcé une baisse de ses taux, ce qui soutient les marchés », notent-ils. Cette approche contraste avec celle de la Fed, encore hésitante face aux pressions inflationnistes. En parallèle, l’inflation en zone euro s’est repliée à 2,4%, renforçant la crédibilité des actions de la BCE.

Une reprise des relations avec la Russie réduirait les tensions sur les matières premières

Enfin, la composition des indices européens les rend moins sensibles aux tensions commerciales. « Contrairement aux États-Unis, dominés par les valeurs technologiques, l’Europe s’appuie sur le luxe, l’énergie et l’industrie, secteurs plus résilients », précisent-ils.

Le CAC 40 bénéficie du dynamisme de LVMH et Hermès, tandis que le DAX allemand s’appuie sur son industrie et son secteur automobile.

« L’inflation américaine est ressortie inférieure aux attentes, ce qui a renforcé les espoirs de la baisse des taux de la Fed, et le sentiment de marché a été renforcé par l’optimisme, en raison du cessez-le-feu en Ukraine et du rétablissement de l’aide militaire américaine à Kiev ».

Où se situe le marché boursier marocain dans ce contexte ?

La Bourse de Casablanca affiche une solide performance depuis le début de l’année. À un moment donné, l’indice MASI avait dépassé les 16.000 points, atteignant même les 17.000 points avant de connaître une correction.

Cette dynamique s’explique principalement par les premières publications des sociétés cotées, qui ont conforté les analystes dans leurs projections bénéficiaires pour 2025 et 2026.

« La tendance était jusqu’ici à une révision à la hausse des bénéfices prospectifs, ce qui a soutenu la valorisation du marché », expliquent Jérôme Boumengel et Tarik Amiar.

Contrairement aux bourses plus exposées, la Bourse de Casablanca évolue en fonction des fondamentaux nationaux

Toutefois, une correction est intervenue récemment, mais elle n’est pas liée aux tensions commerciales internationales. Elle s’explique davantage par des prises de bénéfices après la forte hausse des derniers mois. « Certains investisseurs préfèrent se repositionner en cash pour racheter des titres à des niveaux plus bas, tandis que d’autres estiment avoir réalisé suffisamment de gains et arbitrent vers d’autres placements », précisent-ils.

Le marché marocain reste largement fermé aux flux financiers étrangers, ce qui le protège des chocs extérieurs. « Contrairement aux bourses plus exposées, la Bourse de Casablanca évolue en fonction des fondamentaux nationaux », soulignent les experts.

L’impact des tensions commerciales est donc limité sur les actions cotées, même pour des entreprises tournées vers l’international, comme Disway, spécialisée dans l’exportation de matériel informatique. « Disway nourrit de nouvelles ambitions en Afrique et a connu une forte reprise des ventes en 2024. À ce stade, il n’y a pas d’impact direct des tarifs douaniers sur son activité », précisent-ils.

En revanche, sur le plan des échanges commerciaux, le Maroc pourrait subir des répercussions. « Les tensions sur le commerce mondial finiront par affecter les importations et exportations du pays, mais cela ne se traduit pas encore sur le marché boursier ».