En faisant abstraction des impacts du réchauffement climatique, une nouvelle campagne de désinformation a resurgi, accusant le Maroc de mener une « guerre de l’eau » en construisant des barrages dans le but d’assécher les ressources hydriques de son voisin oriental. L’exemple privilégié est celui du barrage de Keddoussa, prétendument responsable de bloquer le passage de l’eau dans l’oued Guir, empêchant ainsi son arrivée au barrage algérien de Djorf Torba.
En réalité, ces accusations ne résident que dans l’esprit des auteurs de cette désinformation, sans aucun fondement hormis les accusations algériennes. Il s’agit donc d’une guerre médiatique plutôt qu’une guerre de l’eau, et c’est ce que nous allons démontrer.

« Guerre de l’eau », cela sonne bien dans un titre. C’est ce qui est en train de se passer, des médias internationaux étant en train d’amplifier les accusations – infondées – de l’Algérie.
Dans un article précédent, nous avions démontré, preuves à l’appui, que les pénuries algériennes sont des effets du réchauffement climatique touchant l’ensemble du bassin méditerranéen, et non de la construction d’un barrage au Maroc. Étant donné la publication récente de plusieurs articles sur le sujet, dans des médias audibles et/ou influents, nous revenons sur cette question, de manière factuelle.
La situation actuelle du barrage algérien Djorf Torba, le réchauffement climatique et pas la « guerre de l’eau »
D’une capacité de 365 millions de mètres cubes, le barrage de Djorf Torba a été construit en 1973 près de la ville de Béchar, qui compte actuellement 270.000 habitants. Situé en milieu désertique, ce barrage a connu un assèchement en 2022, avant de retrouver sa capacité normale en 2024. Si le Maroc avait volontairement bloqué l’écoulement de l’oued, le barrage serait resté asséché.
Actuellement, le niveau d’eau du barrage est satisfaisant, comme en témoigne la plus récente image satellitaire :

Il est vrai que le barrage de Keddoussa a été construit pour répondre à un besoin urgent : sauver l’agriculture oasienne dans la région de Figuig, qui repose principalement sur la culture des dattes, des maraîchages et des légumes (cultures vivrières et non des cultures à forte valeur ajoutée), face au manque croissant de pluies qui rechargent les nappes. Auparavant, l’agriculture oasienne dépendait de l’épandage des crues, une technique d’irrigation qui est devenue limitée en raison de la sécheresse.
L’idée de construire des barrages dans les régions orientales est plus sage que ne le prétendent nos voisins. Les décideurs estiment qu’il serait opportun d’en bâtir dans cette zone, compte tenu du climat local, caractérisé par des précipitations rares mais très violentes (l’exemple des pluies diluviennes de septembre 2024). Cela permet de remplir rapidement les barrages, sans pour autant bloquer le cours des oueds, souvent asséchés une grande partie de l’année. En somme, il s’agit de transposer le principe de l’épandage des crues à l’échelle des barrages.
D’autre part, un interlocuteur français, présenté en tant qu’expert, mais inconnu dans ce domaine, affirme que le barrage de Keddoussa a bel et bien causé l’assèchement du barrage de Djorf Torba au lieu des changements climatiques, dus à l’augmentation graduelle des émissions de gaz à effet de serre par les grandes nations industrielles.
Cet « expert » estime également qu’il est inacceptable, selon les principes internationaux de partage équitable des eaux transfrontalières, que le Maroc agisse de la sorte. Il tente de tirer cette conclusion pour présager un conflit transfrontalier comme celui opposant l’Éthiopie et l’Égypte, où cette dernière dépend exclusivement de l’eau du Nil, alors que le cas de l’Algérie est très différent, car ce pays ne dépend pas uniquement de cette source et il n’y a pas de blocage des eaux en réalité.
L’analyse de l’historique des images satellitaires du barrage de Djorf Torba révèle clairement l’impact des années de sécheresse sur ses capacités. Les exemples ci-dessous, datant d’années de sécheresse particulièrement sévères, illustrent l’assèchement quasi-total du barrage.

Loin du barrage de Djarf Torba et loin des frontières marocaines, plusieurs barrages algériens ont connu durant les dernières années une grande diminution de leurs retenues, alors que d’autres ont été totalement asséchés.
C’est le cas du barrage situé près de la ville de Tiaret (au centre de l’Algérie). Nous avons, dans notre précédent article sur le barrage de Djorf Torba, cité un article paru dans le journal Le Monde qui évoquait des protestations des habitants de la ville en raison de la suspension de l’approvisionnement en eau potable. Nous avons également publié des images satellitaires dudit barrage datant d’avant et après cette période.
D’autres barrages algériens connaissent actuellement le même sort. Plusieurs exemples peuvent être cités, comme le barrage de Mefrouch, au sud de Tlemcen, qui est totalement asséché depuis au moins 2019, ou encore le barrage de Sarno, près de Sidi Bel Abbès, dont les réserves ont diminué de plus de 75 % entre 2018 et 2025. De même, le barrage de Sidi Abdelli a non seulement subi une baisse significative de ses réserves, mais a également eu un impact flagrant sur l’agriculture locale.
Barrage de Mefrouch (près de Tlemcen)
Comparaison des images satellitaires entre le 15 février 2017 et le 18 février 2025

Barrage Sarno (environs de Sidi Bel Abbès)
Comparaison des images satellitaires entre le 15 février 2018 et le 15 février 2025

Barrage Sidi Abdelli (entre Tlemcen et Oran)
Comparaison des images satellitaires entre le 05 février 2020 et le 18 février 2025

Finalement, le Maroc subit également des épisodes de sécheresse aigus qui ont affecté les réserves de ses barrages en raison de six années consécutives de faible pluviométrie.
L’Algérie dispose de 80 barrages, qui ne représentent que 33 % des ressources mobilisables, alors qu’un seul de ces barrages dépend d’un oued en provenance du Maroc, en l’occurrence Djorf Torba. L’Algérie se distingue du Maroc par ses immenses ressources souterraines, notamment grâce à la nappe régionale du système aquifère du Sahara septentrional, qui compte 5.000 points de forage répartis sur son territoire.
Il serait donc plus sage d’éviter d’utiliser le terme de « guerre de l’eau », car celui-ci relève davantage de la propagande que de la réalité.

