Le secteur agroalimentaire marocain a connu un début d’année dynamique à la bourse de Casablanca avant d’entrer dans une phase corrective.

Entre le 31 décembre 2024 et le 26 février 2025, l’indice MASI Agroalimentaire/Production, qui regroupe six entreprises cotées (Dari Couspate, Mutandis, Lesieur Cristal, Cosumar, Unimer et Cartier Saada), a progressé de 5,4%, soutenu par un contexte économique favorable, marqué notamment par une inflation modérée de 2% en janvier.

Cependant, à partir du 26 février, l’indice a enregistré une baisse notable de 4% jusqu’au 13 mars, conséquence logique de prises de bénéfices après une période de croissance soutenue. Par ailleurs, le secteur présente une évolution totale modérée de 1,4% depuis le début de l’année.

La correction observée sur l’indice MASI Agroalimentaire suit le mouvement global du marché. Après la hausse soutenue de début d’année, il était naturel que les investisseurs prennent leurs bénéfices. Cela ne remet pas en cause les fondamentaux solides du secteur agroalimentaire, mais reflète plutôt une phase d’ajustement nécessaire.

Ainsi, cette correction souligne les défis auxquels le secteur agroalimentaire marocain fait face malgré sa résilience. Parmi les facteurs positifs, le niveau modéré de l’inflation a préservé le pouvoir d’achat des ménages et maintenu la demande intérieure à un niveau stable.

De plus, certaines entreprises ont profité d’une forte dynamique d’exportation, comme Cosumar, qui a enregistré une hausse significative des volumes exportés (+10%), ou encore Cartier Saada, dont les ventes à l’étranger ont augmenté de près de 19%.

Par ailleurs, parmi les facteurs négatifs, la sécheresse prolongée a particulièrement pénalisé la production agricole, affectant la disponibilité des matières premières essentielles au secteur. Ainsi, la campagne oléicole de 2024 a connu une baisse de 11% par rapport à l’année précédente, et de 50% par rapport à une année normale, réduisant la production à environ 950.000 tonnes.

Cette situation a fortement pesé sur l’activité d’entreprises telles que Cartier Saada, spécialisée dans la conserverie d’olives, en augmentant sensiblement ses coûts de production.

Parallèlement, la sécheresse a également affecté la récolte céréalière, impactant directement les marges de sociétés comme Dari Couspate, très dépendante des céréales locales. Enfin, la mauvaise campagne de pêche a particulièrement fragilisé Unimer, dont l’activité repose essentiellement sur la sardine. Ces éléments ont entraîné une certaine défiance des investisseurs, expliquant en partie les corrections boursières observées récemment dans le secteur.

Les gagnants : Cosumar et Mutandis en tête

Dans ce contexte globalement incertain, Cosumar a affiché la performance la plus solide, avec une hausse annuelle de +5,8%.

Son action est passée de 190 DH fin décembre 2024 à 208 DH en février 2025 avant de redescendre à 201 DH début mars.

La bonne tenue de Cosumar est attribuée à ses bons résultats financiers, soutenus par une augmentation des exportations et la mise en service de sa nouvelle raffinerie de Sidi Bennour, renforçant ainsi sa compétitivité.

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Source: medias24.com

Mutandis a également présenté une performance appréciable en bourse, malgré une légère baisse de son cours. Partie de 304 DH, l’action est montée à près de 317 DH en janvier avant de redescendre à 301 DH au 13 mars.

Toutefois, l’entreprise affiche d’excellents fondamentaux financiers, avec une forte progression du résultat net courant (+25%). La diversification réussie de ses activités (hygiène et boissons notamment) explique cette résistance face à la volatilité du marché.

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Source: medias24.com

Les valeurs sous pression : Lesieur Cristal et Unimer en difficulté

À l’opposé, Lesieur Cristal a traversé une période délicate. Son action, après avoir fluctué entre 275 et 290 DH, a chuté à 267 DH fin février avant un léger rebond, clôturant à 270 DH le 13 mars, soit une baisse globale de -10%.

Cette performance s’explique par une année 2024 difficile, marquée par la chute des prix des huiles végétales qui a fortement impacté ses marges et résultats financiers.

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Source: medias24.com

Unimer, spécialisé dans les produits de la mer, connaît également une période difficile avec un chiffre d’affaires en recul significatif, dû principalement à une baisse importante des débarquements de sardines. Cette situation s’est reflétée négativement sur son cours boursier, qui est passé de 177 DH début janvier à 172 DH le 13 mars.

Les valeurs en transition : Cartier Saada et Dari Couspate

Cartier Saada, fortement dépendante des exportations, a souffert d’un effondrement du marché local (-74,4%). Le cours boursier a reculé modérément, de 35 DH fin décembre à 33,3 DH en mars, mais le faible volume d’échanges souligne la prudence et l’attentisme des investisseurs.

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Source: medias24.com

Enfin, Dari Couspate a connu une période relativement stable avant une correction notable début mars. Après s’être maintenue autour de 3.400 DH durant deux mois, son action a chuté à 3.201 DHau 13 mars, accusant une baisse de -7,2%. Cette évolution reflète les inquiétudes des investisseurs face aux coûts croissants des matières premières.

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Source: medias24.com

Les perspectives pour le secteur agroalimentaire marocain en 2025 apparaissent prometteuses, en particulier grâce aux précipitations importantes enregistrées début mars. Ces pluies tardives représentent un facteur déterminant pour l’ensemble du secteur, en améliorant significativement les ressources hydriques, indispensables au bon fonctionnement des unités industrielles agroalimentaires.

Perspectives

Avec un taux de remplissage des barrages atteignant 30,4% au 12 mars 2025 contre seulement 26,3% l’année précédente, l’amélioration des réserves en eau aura un impact direct sur la maîtrise des coûts de production, notamment pour les entreprises agroalimentaires fortement dépendantes des matières premières agricoles locales.

Dans un contexte boursier marqué récemment par des prises de bénéfices et une certaine prudence des investisseurs, ce regain de ressources naturelles vient renforcer les fondamentaux économiques des entreprises du secteur. Les coûts de production, liés à l’approvisionnement en matières premières telles que les céréales, les légumes secs, et les produits d’élevage, pourraient ainsi bénéficier d’une détente bienvenue, améliorant potentiellement les marges des entreprises telles que Cosumar, Lesieur Cristal ou Dari Couspate.

Cette perspective positive va à son tour redonner confiance aux investisseurs, incités à réévaluer favorablement les entreprises du secteur après la correction observée en mars.

Toutefois, si ces améliorations conjoncturelles apportent une bouffée d’optimisme, elles ne doivent pas occulter les défis structurels persistants. Le secteur doit encore composer avec les conséquences de la sécheresse prolongée qui a entraîné d’importantes pertes de capacités productives, particulièrement dans les filières des arbres fruitiers comme les agrumes et les olives, dont les produits finis entrent directement dans les chaînes de valeur industrielles agroalimentaires.