L’information a été ébruitée, dans un premier temps, par Abdellah Bouanou, député de Meknès et président du groupement du PJD à la Chambre des représentants. Sur ses réseaux sociaux, mais aussi par le biais d’une tribune sur le site officiel de son parti, il indique que les directeurs régionaux du ministère de la Santé et de la protection sociale ont été sommés, par le ministre Amine Tahraoui, de « résilier » les contrats de gardiennage et de propreté passés par les établissements de santé sous leur tutelle.

Selon nos informations, il n’y a pas eu d’annulation. Il s’agit d’un regroupement de marchés arrivés à échéance. L’objectif est de massifier les contrats, pour une meilleure exécution.

« La décision a été notifiée par le ministre aux directeurs régionaux via WhatsApp et non par SMS comme le prétend Abdellah Bouanou. Ils ont été informés des grandes lignes de la réforme de ce secteur, avec la promesse qu’ils auront plus de détails dans un avenir très proche, soit à partir de cette semaine », affirment nos sources.

Pour schématiser, en attendant de plus amples éléments, notre source explique que le ministre prévoit une série de réunions avec les directeurs régionaux pour les mettre au courant des contours des nouveaux cahiers de charges encadrant les prestations de gardiennage et de propreté.

Par la suite, de nouveaux appels d’offres seront lancés avec de nouveaux critères de choix qui concernent surtout l’élément humain : qualifications, niveau d’instruction…

Selon nos informations, l’approche des marchés de ce secteur d’activité sera désormais basée sur deux facteurs :

– l’analyse de la pertinence du marché au regard de la bonne pratique et de la gouvernance ;

– la rationalisation des coûts pour éviter des dépenses inutiles.

« En fait, l’approche est très simple. Dans de très nombreux cas, ces marchés sont attribués à des sociétés locales qui n’ont rien à voir ni avec la sécurité ni avec le nettoyage. On se retrouve alors avec un service au mieux défaillant et au pire malveillant : les mauvaises pratiques s’installent à l’hôpital : mauvaise orientation des malades, divers trafics… C’est cela que nous combattons en durcissant l’accès à ces marchés et en augmentant l’exigence en qualité », a déclaré notre source.

Abdellah Bouanou évoque la révision des grilles des salaires des employés des sociétés de gardiennage qui devront être au moins de l’ordre du SMIG. Pour l’élu du PJD, cela signifierait des contrats plus coûteux et l’exclusion de PME qui ne sauraient réunir les conditions requises par les futurs nouveaux cahiers des charges.

« La question des salaires des employés des sociétés de gardiennage a été tranchée depuis une éternité, et c’est inclus dans tous les cahiers des charges encadrant les contrats passés dans ce sens », rappelle un ancien haut cadre du département de la santé.

Gardiennage dans les hôpitaux, « une approche biaisée dès le départ »

Interrogé par Médias24, Allal El Amraoui, député et président du groupe du parti de l’Istiqlal à la Chambre des représentants, estime que la démarche du ministre de la Santé arrive à point nommé pour faire de l’ordre dans ce secteur marqué par une grande anarchie et mettre fin à des pratiques dont souffrent, ensemble et partout, les citoyens et les corps médicaux.

Ceux qui suivent l’actualité du pays se rappellent sûrement du scandale qui avait secoué, en janvier 2024, la ville de Fès quand la BRPJ (antenne régionale de la BNPJ) était intervenue pour mettre fin aux agissements d’un réseau de chantage, dont les victimes étaient des patients d’un établissement de santé publique et des membres de leurs familles. Ce réseau de 30 personnes comprenait 18 agents de sécurité privée.

Cependant, pour Allal El Amraoui, qui a assumé de hautes responsabilités au sein du ministère de la Santé, dont celle de directeur du CHU de Fès, opter pour le gardiennage est une « approche biaisée dès le départ ».

« L’entrée d’un établissement de santé diffère de celle d’un supermarché, d’un cinéma ou d’une agence bancaire. C’est le premier contact entre le patient – et non le client – et cela nécessite une formation adéquate », explique notre interlocuteur.

Allal El Amraoui rappelle une première et unique expérience dans le genre quand, il y a une quinzaine d’années, le CHU de Fès avait mis en place un service d’accueil (et non de gardiennage) composé exclusivement de jeunes femmes qui avaient auparavant bénéficié d’une formation.

« C’était une expérience concluante qui, malheureusement, avait été abandonnée », se remémore notre interlocuteur.

Allal El Amraoui suggère une autre piste de travail pour atténuer la pression sur les établissements de santé publique, et donc modérer le recours aux agences de sécurité privée : que les services des urgences soient séparés des autres services et logés ailleurs, voire délocalisés dans des sortes de « trauma centers ».

Pas de vacance en attendant la transition

Dans ses sorties médiatiques, Abdellah Bouanou faisait part de sa crainte de voir les établissements de santé publique sans sécurité privée quand les contrats actuels seront résiliés et en attendant les nouveaux prestataires.

Notre source informée apporte là aussi des éclaircissements. « Le ministère va tout faire pour que cette transition se passe dans les meilleures conditions, et les établissements de santé continueront à bénéficier des prestations de gardiennage jusqu’à l’arrivée des nouveaux prestataires », affirme notre interlocuteur.