Pour la première fois de l’histoire, le prix de l’or sur les marchés financiers a franchi la barre des 3.000 dollars l’once. Il y a encore quelques années, une telle valorisation semblait inimaginable, presque irréalisable. Et pourtant, nous y sommes.

L’or, cet actif refuge auquel les investisseurs sont restés fidèles à travers les crises et les turbulences économiques, continue d’affirmer sa valeur intrinsèque. Malgré quelques fluctuations ici et là, la tendance générale reste résolument haussière. Il suffit d’observer son évolution sur un an : le 17 mars 2024, l’once d’or s’échangeait à 2.156 dollars ; un an plus tard, le 17 mars 2025, elle atteint 3.000,6 dollars. Cela représente une hausse de 844 dollars, soit une progression de 39,2%.

Un tel gain, obtenu en seulement douze mois, dépasse de loin tout ce qu’un portefeuille d’investissement diversifié, même optimisé, pourrait offrir sans une exposition à un risque proportionnel. En finance, il est admis que les rendements élevés sont corrélés à des risques accrus. Pourtant, dans le cas de l’or, le risque semble quasi inexistant. Théoriquement, l’or peut connaître des baisses, mais l’analyse de sa trajectoire depuis 1971 révèle une tendance haussière soutenue.

Ces dernières années, et plus particulièrement depuis 2024, cette dynamique s’est encore amplifiée sous l’effet d’un enchevêtrement de facteurs économiques et géopolitiques.

Qu’en est-il de la situation au Maroc ?

L’explosion des prix de l’or à l’international impacte directement le marché marocain. Avec une once atteignant 3.000 dollars, le prix théorique du gramme de 18 carats dépasse désormais 700 dirhams. Pourtant, un écart de 50-60 dirhams par gramme est constaté entre le prix à la bourse et celui réellement pratiqué au Maroc. Cette différence s’explique par les coûts d’importation, les taxes et les marges commerciales, portant ainsi le prix réel de l’or 18 carats sur le marché marocain à 760 dirhams le gramme.

Il est important de préciser que ces valeurs concernent l’or brut, c’est-à-dire son prix en bourse sans intervention, ni façonnage, ni marges bénéficiaires en joaillerie. Une fois ces éléments pris en compte, le prix du gramme peut dépasser les 1.000 dirhams.

Contacté par nos soins, un bijoutier confirme que les prix varient selon les modèles, mais que certains atteignent des niveaux inédits sous l’effet de la flambée des cours.

« Certaines sociétés appliquent des coûts de façonnage, faisant grimper le prix du gramme au-delà de 1.500 dirhams », explique-t-il.

Dans le même sens, contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, a souligné que les prix de l’or devraient poursuivre leur ascension dans les mois à venir, avec une hausse estimée à près de 10% d’ici la fin de l’année 2025. Selon lui, la dynamique actuelle du marché pourrait pousser l’once d’or à 3.300 dollars avant la fin de l’année.

« Les conflits géopolitiques, notamment les récents événements au Yémen, laissent présager une nouvelle flambée des prix de l’or dans les jours à venir. Une augmentation de 10% semble ainsi tout à fait envisageable dans les prochains mois », explique-t-il.

Au Maroc, cette situation s’accompagne d’un phénomène inédit observé récemment sur le marché de l’or brut. Le vendredi, plusieurs fournisseurs ont suspendu leurs ventes, anticipant une nouvelle montée des prix dès la reprise des transactions le lundi.

« Les vendeurs de la matière première (or brut), ont cessé leur activité vendredi, dans l’attente de la réouverture du marché en début de semaine. Ils misent sur une augmentation du prix de l’or, même si celui-ci ne progresse que de 20 à 30 dollars l’once. Un tel écart leur garantit déjà des gains significatifs », souligne Driss El Hazzaz.

Par ailleurs, la dépréciation du dollar face au dirham constitue un élément clé dans l’évolution des prix au niveau national. Cette baisse du billet vert, estimée à environ 5%, joue en faveur des importateurs et des consommateurs, à condition que les fournisseurs répercutent cet avantage sur leurs tarifs.

« Avec la baisse de la valeur du dollar par rapport au dirham, les importations d’or deviennent mécaniquement moins coûteuses, à hauteur de 5% environ. En théorie, cela devrait profiter aux acheteurs locaux », poursuit le président de la Fédération marocaine des bijoutiers.

Tensions et politiques monétaires : le moteur de la flambée de l’or

L’un des principaux facteurs contribuant à la hausse du prix de l’or est l’intensification des tensions géopolitiques. Les récentes frappes aériennes menées par les États-Unis au Yémen, en réponse aux attaques visant les routes maritimes de la mer Rouge, ont accentué l’instabilité dans la région, renforçant ainsi la demande pour le métal précieux. Par ailleurs, le conflit en Ukraine continue de susciter des incertitudes, malgré des discussions sur un éventuel cessez-le-feu. Toute détérioration de la situation pourrait maintenir une pression haussière sur les cours de l’or.

À ces éléments s’ajoutent les tensions commerciales croissantes, notamment avec la perspective de nouvelles mesures tarifaires aux États-Unis. Le président Donald Trump a annoncé son intention d’imposer des droits de douane supplémentaires dès avril, ciblant en particulier la Chine, le Canada, le Mexique et l’Union européenne. Face aux risques d’une escalade des tensions commerciales et de leurs effets potentiels sur l’économie mondiale, les investisseurs privilégient l’or comme actif refuge.

L’anticipation de nouvelles baisses des taux d’intérêt par la Réserve fédérale joue un rôle central dans la hausse des prix. La Fed a déjà réduit ses taux de 100 points de base depuis septembre, et le marché s’attend à de nouvelles baisses dès juin. La perspective d’une politique monétaire plus accommodante affaiblit le dollar et réduit les rendements obligataires, ce qui favorise l’or, perçu comme une réserve de valeur en période d’incertitude monétaire.

À cela s’ajoute la politique des banques centrales qui accumulent massivement le métal précieux afin de diversifier leurs réserves d’actifs. La Banque populaire de Chine et la Banque centrale d’Inde figurent parmi les plus gros acheteurs d’or, augmentant continuellement leurs stocks pour se prémunir contre la volatilité des devises. Toutefois, l’écart avec la Réserve fédérale américaine (Fed) reste considérable : la Fed détient à elle seule 74,9% des réserves d’or des banques centrales mondiales, illustrant ainsi l’hégémonie du dollar et de la politique monétaire américaine sur le marché de l’or.

L’or continue donc de briller, porté par un cocktail de crises et d’incertitudes qui, loin de freiner son ascension, semble au contraire la catalyser.