Ce qui est hallucinant dans cette « affaire » n’est pas l’ampleur des atrocités qu’auraient subies les présumées victimes, mais la manière dont la rumeur (quelques médias, et surtout les réseaux sociaux) a « enveloppé » la chose.

Jusqu’à la semaine dernière, peu de gens, hormis les amoureux du « Maroc profond », les commerçants des souks hebdomadaires et les inconditionnels des randonnées dans le Moyen Atlas, étaient au courant de l’existence de cette paisible petite commune rurale relevant de la province de Boulemane. Soudain, tous les projecteurs ont été braqués sur Guigou avec une médiatisation à outrance, y compris dans des médias internationaux.

La situation géographique de la commune rurale de Guigou.

À l’origine, la rumeur évoque un réseau composé d’un important exploitant agricole, d’un enseignant et d’un gradé de la gendarmerie qui auraient pour habitude d’abuser de collégiennes et de lycéennes de cette commune grâce aux « bons offices » d’une autre élève un peu plus âgée, bien que n’ayant même pas 20 ans. Pire : la rumeur évoque le fait que plusieurs des 16 victimes étaient tombées enceintes.

Mais la vérité est tout autre, comme nous l’explique une source judiciaire autorisée.

Les faits selon les premiers éléments de l’enquête

Notre source parle d’une seule victime, dont le calvaire ne date pas d’hier, ni de la semaine dernière, mais de plusieurs années. Appelons-là M.

À l’âge de 11 ans, la fillette a été violée (avec défloration) par son cousin qui en avait 15 au moment des faits, soit il y a cinq ans. Selon les premiers éléments de l’enquête, le cousin de M. a continué à abuser d’elle durant toute cette période. Jusqu’à récemment où elle a tenté de mettre fin à ses jours.

Lors de l’enquête menée par la gendarmerie, elle a tout dévoilé, et son cousin, âgé aujourd’hui de 20 ans, a été arrêté et écroué pour les besoins des investigations.

Le frère de M., lui, décide de mener une autre enquête, à sa manière. Il « perquisitionne » le téléphone de sa sœur et tombe sur les numéros de plusieurs hommes de la commune de Guigou. Il en avertit ses parents et les enquêteurs.

La jeune victime, aujourd’hui âgée de 16 ans, passe encore une fois aux aveux, menant à l’arrestation de deux hommes et d’une femme qui servaient d’intermédiaire entre M. et ses (deux) clients.

À l’heure où nous publions ces lignes, l’enquête est toujours en cours sous la supervision du parquet compétent, celui près de la cour d’appel de Fès.

En plus du cousin, des deux hommes et de la femme qui servait d’entremetteuse, un gendarme (sous-officier) est également interrogé en liberté provisoire.

En parallèle, les associations des parents d’élèves de Guigou ont diffusé un communiqué pour condamner la manière dont les médias ont couvert cette « affaire », sans le moindre égard pour la réputation de cette commune et de ses habitants, dont des centaines d’élèves adolescentes se trouvent stigmatisées de manière très grave.

Ironie du sort : le lycée de Guigou, transformé par certains médias en « scène de crime », figure parmi les meilleurs établissements scolaires publics du pays, aux niveaux régional et national, comme l’attestent les très bons résultats obtenus par ses élèves lors des précédents examens du baccalauréat.