Selon un communiqué du bureau du directeur du Renseignement national, « cette publication comprend environ 80.000 pages de documents précédemment classifiés qui seront désormais accessibles sans caviardage ». Toutefois, certains documents restent scellés en raison d’une ordonnance judiciaire ou du secret du grand jury, tandis que d’autres, relevant de la section 6103 du Code des impôts, doivent encore être déclassifiés avant leur diffusion.
En application d’un décret signé par le président Donald Trump le 23 janvier, ordonnant la divulgation de tous les dossiers restants sur l’assassinat, une première vague de documents a été mise en ligne ce mardi 18 mars 2025, comprenant 1.123 fichiers totalisant 32.000 pages. Un second lot, publié dans la nuit, contenait 1.059 fichiers supplémentaires représentant 31.400 pages.
Des révélations sur la CIA et la guerre froide
Parmi les documents nouvellement accessibles figure le texte intégral d’un mémo de juin 1961 adressé au président Kennedy par son conseiller Arthur Schlesinger Jr, rapporte la chaîne d’information américaine ABC News. Dans cette note, ce dernier critiquait sévèrement la CIA, quelques mois après l’échec de l’invasion de la baie des Cochons à Cuba.
Auparavant, ce mémo daté de soixante-trois ans contenait plus d’une page de passages expurgés, alimentant les théories du complot selon lesquelles la CIA aurait pu être impliquée dans l’assassinat de Kennedy. Schlesinger y dénonçait le fait que « la CIA, aujourd’hui, compte presque autant d’agents sous couverture officielle à l’étranger que le département d’État », et relevait que, dans certains pays, l’agence « dépasse en nombre les diplomates du département d’État ».
L’un des extraits récemment déclassifiés révèle notamment que la CIA aurait cherché à monopoliser ses relations avec des figures politiques françaises, dont le président de l’Assemblée nationale. Le mémo mentionne également le nombre d’agents de la CIA déployés en Autriche et au Chili, des informations qui étaient jusqu’ici tenues secrètes.
Une surveillance renforcée à Mexico avant l’assassinat
Les nouveaux fichiers détaillent aussi la manière dont la CIA interceptait les communications soviétiques et cubaines à Mexico entre décembre 1962 et janvier 1963. Ces écoutes téléphoniques ciblaient les ambassades de l’URSS et de Cuba, que Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé de Kennedy, avait visitées quelques mois avant le drame.
Un document dévoile ainsi les instructions précises de la CIA sur la manière de placer des dispositifs d’écoute, y compris l’utilisation de produits chimiques permettant de marquer des téléphones de manière invisible, détectable uniquement sous lumière ultraviolette.
Un autre rapport expose les opérations de surveillance des ambassades soviétiques à Mexico et les efforts de la CIA pour recruter des agents doubles au sein du personnel diplomatique soviétique. L’un des documents relate l’efficacité de ces opérations, un agent y écrivant : « Je ne peux m’empêcher de penser que nous obtenons énormément de renseignements pour notre investissement dans ce projet ».
En parallèle, la CIA surveillait un citoyen américain décrit comme un communiste résidant au Mexique, tout en listant les numéros de téléphone mis sur écoute par le gouvernement américain. Ce fichier, longtemps recherché par les enquêteurs du fait des visites d’Oswald aux ambassades soviétique et cubaine à Mexico, ne mentionne toutefois pas son nom.
Une avancée majeure dans la déclassification des dossiers JFK
Jefferson Morley, de la Mary Ferrell Foundation, qui gère une base de données des documents gouvernementaux sur l’assassinat de Kennedy, s’est félicité de cette publication. « La première vague de dossiers JFK en 2025 est un bon début », a-t-il déclaré sur X. « Nous avons désormais des versions complètes d’environ un tiers des documents JFK caviardés détenus par les Archives nationales (1.124 sur environ 3.500). L’excès de classification d’informations triviales a été corrigé, et il semble n’y avoir aucun caviardage, bien que nous n’ayons pas encore tout examiné ».
« Sept dossiers JFK sur dix, conservés par les Archives et recherchés par les enquêteurs, sont désormais accessibles au public », poursuit Morley. « Ces archives longtemps gardées secrètes apportent un éclairage nouveau sur la méfiance de Kennedy envers la CIA, les complots d’assassinat contre Castro, la surveillance d’Oswald à Mexico et les opérations de propagande de la CIA impliquant Oswald ».
Néanmoins, il précise que « cette publication ne comprend que deux tiers des fichiers promis, ni aucun des plus de 500 documents fiscaux de l’IRS, ni les 2.400 fichiers récemment découverts du FBI ». Il qualifie toutefois cette avancée de « plus grande avancée dans la déclassification des dossiers JFK depuis les années 1990 ».
D’autres révélations historiques, dont des dossiers sur Martin Luther King et Robert Kennedy
Outre les fichiers relatifs à l’assassinat de JFK, 57 documents mentionnant Martin Luther King Jr. ont également été publiés, dont 35 en lien avec son assassinat en 1968. De plus, 77 documents faisant référence à Robert F. Kennedy ont été mis à disposition, dont deux concernent son assassinat la même année.
Un document de renseignement de 1968, précédemment publié en 2018, révèle que l’assassinat de Robert Kennedy avait ravivé l’intérêt pour l’assassinat de son frère et pour l’enquête menée par le procureur de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison. « Le procès imminent de Sirhan, accusé du meurtre du sénateur Kennedy, risque de susciter une nouvelle vague de critiques et de soupçons contre les États-Unis, réclamant une fois de plus l’existence d’une ‘conspiration politique », indiquait une note de renseignement de l’époque.
Parmi les autres documents figurent des dossiers relatifs aux projets d’opérations contre Fidel Castro. Un document de 1964 révèle que deux agents de renseignement avaient évoqué un plan visant à assassiner Castro sous l’administration de Lyndon Johnson. « La CIA aurait été favorable à ce plan, mais Robert Kennedy, alors procureur général, s’y serait opposé, ce qui a conduit à son abandon. Aujourd’hui, le plan aurait été remis à l’étude », mentionne le document.
Un autre document, antérieurement déclassifié, indique que Robert Kennedy souhaitait être informé « avant que la CIA ne collabore à nouveau avec la mafia ».
Enfin, certains documents proviennent de la Commission présidentielle sur les activités de la CIA aux États-Unis, connue sous le nom de Commission Rockefeller. Un rapport de 1964 révèle notamment que des officiers du renseignement cherchaient à recruter une source dont la fille travaillait comme secrétaire dans le bureau du sénateur Robert Kennedy. Ce document avait été publié une première fois en 2018.
Avec cette nouvelle vague de déclassification, les chercheurs espèrent lever encore davantage le voile sur l’un des épisodes les plus scrutés de l’histoire américaine.