Imaginez placer votre épargne tout en profitant directement des performances de la bourse, sans perdre les avantages fiscaux d’un contrat d’assurance-vie. C’est exactement ce que proposent les unités de compte.
Après plusieurs années dans l’ombre des fonds en dirhams, les unités de compte (UC) font un retour remarqué dans les contrats d’assurance-vie. La reprise des marchés financiers en 2024, conjuguée à une quête accrue de rendement, redonne un second souffle à ces supports longtemps jugés trop volatils.
Selon les dernières données publiées par l’Autorité de contrôle des assurances (ACAPS), les unités de compte ont enregistré en 2024 une hausse annuelle de 31,1%, avec un bond de 43,7% sur le seul quatrième trimestre.
À titre de comparaison, les supports classiques en dirhams plus sûrs, mais aussi plus modestes en rendement, n’ont progressé que de 3,7% sur l’année.
Un tel écart ne laisse guère de doute sur le fait que les épargnants marocains redécouvrent le potentiel des UC, à la faveur d’un contexte devenu plus favorable.
Une unité de compte, c’est quoi exactement ?
Concrètement, ces contrats d’assurance-vie sont adossés à des fonds d’investissement, appelés OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières), composés d’actions, d’obligations ou d’une combinaison équilibrée des deux, explique un professionnel du marché de l’assurance.
À la différence des produits classiques en dirhams, dont le rendement est fixe et souvent modeste, les unités de compte évoluent au rythme des marchés financiers. Cela signifie que lorsque les marchés progressent, l’épargne suit le mouvement, avec un potentiel de rendement nettement plus attractif.
Bien sûr, cela implique aussi une prise de risque assumée, puisque les rendements ne sont pas garantis. Mais en période favorable comme actuellement, les UC deviennent un outil puissant pour dynamiser son épargne.
La reprise des marchés : principal catalyseur
Après plusieurs années de stagnation, la Bourse de Casablanca a retrouvé en 2024 des couleurs vives, portée par un climat économique plus serein, des perspectives de croissance meilleures, une baisse significative des taux d’intérêt et l’ensemble des évènements sportifs que le pays accueillera.
Ce contexte favorable a permis aux fonds actions et diversifiés de réaliser des performances particulièrement attrayantes.
Les épargnants, qui avaient délaissé ces produits plus risqués, retrouvent confiance. « Nous avons observé une réelle accélération au second semestre, avec une forte demande pour des placements plus dynamiques, notamment via les OPCVM actions et diversifiés« , confirme notre source du marché de l’assurance.
Longtemps perçus comme complexes et réservés à une élite financière, les produits en unités de compte attirent aujourd’hui une nouvelle génération d’épargnants marocains. Ces derniers sont souvent plus jeunes, informés et connectés. « Aujourd’hui, nos jeunes clients ne veulent plus simplement épargner passivement, ils souhaitent comprendre, apprendre et interagir avec leur argent. Les UC leur offrent précisément cette expérience ».
L’année 2024 aura été marquée par deux baisses importantes du taux directeur décidées par Bank Al-Maghrib, intervenues en juin puis en septembre, le ramenant progressivement de 3% à 2,5%. Ces décisions avaient pour objectif premier de soutenir la reprise économique et d’encourager le crédit.
Mais elles ont eu un autre effet indirect, tout aussi décisif : en diminuant l’attrait des produits classiques d’épargne, notamment les placements sécurisés en dirhams, elles ont poussé naturellement les épargnants marocains vers des alternatives offrant des rendements supérieurs.
Rendements : des perspectives nettement supérieures
La recherche d’un rendement supérieur reste la motivation première des souscripteurs. Actuellement, les supports traditionnels en dirhams affichent un rendement annuel moyen modeste. En revanche, les unités de compte ouvrent la voie à des performances bien plus élevées selon le niveau de risque accepté.
« Si on reste sur les produits classiques en dirhams, on est autour de 2,5% à 3,5% de rendement », indique notre interlocuteur.
En revanche, avec les UC adossées à des fonds obligataires prudents, on peut atteindre facilement 4% à 4,5%
« Les fonds diversifiés, plus dynamiques, peuvent grimper jusqu’à 7% ou 8%. Quant aux fonds actions, dans un marché favorable comme en 2024, il n’est pas rare de voir des rendements dépasser les 10%, offrant ainsi des performances à deux chiffres », précise le professionnel du secteur.
C’est précisément ce potentiel qui attire aujourd’hui les épargnants, prêts à accepter une dose de risque calculé pour améliorer significativement leur rendement.
Une évolution dans le comportement des épargnants
Outre le rendement, c’est aussi la perception même des unités de compte qui évolue. Longtemps réservées à une clientèle avertie, ces solutions d’investissement deviennent accessibles à un public beaucoup plus large, grâce à un travail important de pédagogie et à une simplification notable des outils digitaux mis à disposition par les assureurs.
Les épargnants marocains, traditionnellement prudents, font preuve désormais d’une plus grande ouverture envers les placements dynamiques. « Les clients cherchent aujourd’hui à optimiser leur épargne dans un environnement de rendement faible sur les supports classiques. Les UC, avec leurs avantages fiscaux et leur potentiel de performance, répondent parfaitement à cette attente », explique-t-il.
2025 : vers une consolidation durable ?
« La dynamique observée en 2024 devrait se poursuivre cette année« , estime notre interlocuteur. Avec la baisse récente du taux directeur en mars 2025. Bank Al-Maghrib a encore abaissé son taux directeur à 2,25%, ce qui renforce définitivement l’intérêt pour les unités de compte, qui tirent parti directement des performances positives du marché financier. Les placements sécurisés deviennent encore moins attractifs.
Les assureurs en sont conscients et misent beaucoup sur ces supports pour continuer à diversifier leur activité et répondre aux nouvelles exigences de leurs clients. La flexibilité, la possibilité d’adapter les profils de risque et le suivi simplifié via le digital devraient conforter durablement cette tendance.