Dans une interview accordée à des journalistes algériens le dimanche 23 mars, le président Abdelmadjid Tebboune a adopté un ton conciliant vis-à-vis de la France, affirmant que tous les problèmes entre les deux pays doivent être réglés directement avec Emmanuel Macron ou son ministre des Affaires étrangères.

Une posture qui contraste avec la rhétorique habituelle des autorités algériennes vis-à-vis de Paris, et qui intervient dans un contexte diplomatique délicat pour Alger.

Cette interview survient après une série de tensions entre l’Algérie et la France, marquées notamment par le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris, ou encore le positionnement de Paris sur la question du Sahara marocain. L’Algérie voit également d’un mauvais œil le rapprochement de Paris avec Rabat, notamment après que plusieurs puissances occidentales, dont les États-Unis et l’Espagne, ont officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. Alger a adopté d’emblée une attitude d’escalade et de provocation.

La sortie du président algérien intervient aussi après une série de déclarations et de mesures françaises en réponse au refus d’Alger d’accueillir ses ressortissants expulsés de France.

Un ton inhabituellement doux envers la France

Pour Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et expert en relations internationales, cette tentative d’apaisement est loin d’être anodine et intervient dans un contexte défavorable à l’Algérie.

« Cette interview du président se tient après les démarches effectuées par l’Algérie auprès de Washington pour leur offrir les minerais de leur sous-sol et des opportunités de coopération qu’Alger n’avait jamais soumises auparavant aux Américains. L’arrivée des républicains a poussé la diplomatie algérienne à revoir sa copie pour ne pas se marginaliser davantage, surtout après la chute de leur seul soutien dans le monde arabe : Bachar Al Assad de Syrie », explique-t-il.

Ahmed Faouzi souligne qu’il est inhabituel de voir dans le discours officiel algérien cette « douceur soudaine ». Dans son interview, Tebboune parle d’un « moment d’incompréhension » avec Paris, et reconnaît Macron comme son « unique point de repère » dans les relations bilatérales.

Une déclaration qui, selon l’ancien ambassadeur, vise notamment à exclure de l’équation le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, souvent en première ligne sur les questions migratoires et sécuritaires.

Mais, en filigrane, le président Tebboune semble en vouloir à Paris concernant le rapprochement franco-marocain. S’il affirme que « jusqu’à présent » l’amitié entre Paris et Rabat « ne dérange pas du tout » Alger, pour Ahmed Faouzi, l’ajout de cette précision laisse entendre le contraire.

L’Algérie a fait de son opposition à la souveraineté marocaine sur le Sahara un cheval de bataille diplomatique, quitte à sacrifier d’autres aspects de ses relations internationales.

Éviter l’isolement international

« Dans cette dispute historique et complexe entre Alger et Paris, plusieurs dossiers restent sensibles : les expulsions de délinquants algériens sous OQTF [Obligation de quitter le territoire français, ndrl], l’affaire de l’écrivain Boualem Sansal, la mémoire de la guerre d’Algérie, et bien sûr, la question du Sahara marocain », souligne notre interlocuteur.

« Alger ne veut toujours pas admettre que la question du Sahara marocain lui a causé plus de torts et de préjudices aux yeux du monde et persiste encore à vouloir tout sacrifier, pourvu que des pays comme la France s’alignent sur sa position dans ce dossier », poursuit-il.

« Mais ouvrir trop de fronts en même temps risque de fragiliser encore plus Alger sur la scène internationale. Dans un contexte de repositionnement diplomatique, Tebboune cherche, via cette interview, à tempérer la situation », conclut-il.