Depuis quelques séances, Maroc Telecom remonte clairement en puissance. Le titre clôture à 116 DH le 25 mars 2025, retrouvant son sommet du mois précédent.
La veille, il avait brièvement atteint 118 DH en séance, dans des volumes significatifs. Ce retour sur les niveaux de fin février confirme la solidité du courant acheteur. Mais cette reprise s’inscrit dans une séquence de marché nettement plus large, amorcée bien avant.
En décembre 2024, le titre évolue autour de 85 DH, dans un climat attentiste. Peu de volume, peu de flux. L’intérêt du marché est faible. À partir de janvier, une tendance de fond s’installe. Le cours remonte lentement vers 87, puis 90, puis 93 DH, avec une activité qui s’épaissit. Le marché revient prudemment sur le dossier.
Source: medias24.com
La dynamique s’intensifie à partir du 19 février. Maroc Telecom dépasse les 100 DH par action, les volumes franchissent régulièrement les 100 MDH. Le 24 février, l’action atteint 106,95 DH.
Le lendemain, la nomination de Mohamed Benchâaboun à la présidence du directoire est rendue publique. Le titre termine à 109,55 DH, puis grimpe à 116 DH le 26 février, sur un volume record de 358 MDH. L’annonce n’a pas déclenché la hausse, elle a validé un mouvement déjà en cours.
Début mars, le titre entre en consolidation. Entre le 1er et le 12 mars, Maroc Telecom oscille entre 112 et 114 DH, dans des volumes en recul. Une phase d’ajustement classique après un rallye rapide. Aucun signal de rupture. Juste un marché qui prend le temps de digérer.
La reprise s’amorce dès le 13 mars. Le titre gagne du terrain, repasse la barre des 115 DH, puis poursuit sa progression jusqu’à 118 DH en séance le 24 mars. La clôture du 25 mars à 116 DH confirme le retour d’un courant acheteur organisé, dans un environnement redevenu favorable aux valeurs de rendement.
Un nouveau cycle de développement pour IAM
Attijari Global Research estime que Maroc Telecom ouvre un nouveau cycle de développement. Le bureau de recherche parle d’une « nouvelle dynamique » qui repose sur une vision stratégique claire à l’horizon 2028.
Cette inflexion se traduit notamment par des prévisions plus optimistes que celles communiquées par le passé. « Pour la première fois depuis 2011, le management de Maroc Telecom communique des guidances haussières, marquant ainsi une nette rupture avec les prévisions observées par le passé », note AGR.
Le groupe anticipe une légère hausse du chiffre d’affaires en 2025, rompant avec une série d’années marquées par la stagnation ou la prudence. AGR considère que cette orientation constitue « un nouveau signal qui pourrait être interprété positivement par le marché ».
« Maroc Telecom aborde 2025 avec un vent plus favorable. La fin du contentieux avec Wana allège fortement la pression financière et, surtout, permet au groupe de retrouver une lisibilité stratégique. Le déploiement de la 5G, prévu en amont de la CAN 2025, est un catalyseur majeur. IAM part avec un net avantage : son réseau est déjà largement compatible, ce qui pourrait réduire le capex par rapport à ses concurrents », expliquent les analystes de BKGR.
Une amélioration graduelle des marges africaines
AGR examine aussi le différentiel de rentabilité entre les activités au Maroc et dans les filiales africaines. En 2024, la marge d’EBE s’établit à 58% au Maroc, contre 43% pour les filiales africaines, soit un écart de 15 points.
Cette différence s’explique en grande partie par les redevances sectorielles, qui représentent entre 13% et 15% du chiffre d’affaires dans plusieurs marchés africains, mais aussi par un cadre réglementaire et fiscal plus contraignant.
AGR prévoit un resserrement progressif de cet écart à l’horizon 2028. Les marges atteindraient 56% pour le Maroc et 45% pour les filiales africaines, ramenant l’écart à 11 points. Ce scénario repose sur plusieurs facteurs : l’optimisation continue des charges opérationnelles, une meilleure efficience des investissements et un effet mix jugé favorable grâce à la montée en puissance de segments comme le Data Mobile, l’Internet Fixe, ou encore Mobile Money.
Cette trajectoire permettrait à Maroc Telecom d’évoluer vers un modèle de croissance plus équilibré, en tirant parti à la fois de ses positions établies au Maroc et des leviers de croissance disponibles sur ses marchés africains.
Pour BMCE Research, « côté Afrique, la page semble tournée au Mali après une année compliquée. Le renouvellement de la licence et le nouveau pacte d’actionnaires assurent une certaine stabilité. On reste dans une logique de croissance modérée : au Maroc, la pression reste forte, mais les filiales africaines continuent de tirer le chiffre d’affaires. Pour 2025, on vise un retour à un dividende normalisé autour de 4,1 dirhams, ce qui en ferait de nouveau une belle valeur de rendement ».
Un modèle de valorisation ajusté aux nouvelles conditions de marché
AGR a procédé à une mise à jour de son modèle de valorisation en intégrant la réduction du taux directeur de Bank Al-Maghrib intervenue le 18 mars (-25 pbs). Cette décision monétaire a un effet direct sur le taux d’actualisation (WACC) utilisé pour valoriser les activités du groupe.
Le nouveau WACC est désormais estimé à 6,83%, contre un niveau antérieur plus élevé. Cette révision repose sur trois paramètres principaux : une prime de risque action portée à 6,4% (contre 5,6 % auparavant), une baisse du taux des BDT à 10 ans de 3,3% à 3%, et un bêta du titre conservé à 1,04.
Ce changement technique entraîne une hausse du cours objectif, qui passe de 117 à 122 DH. AGR maintient sa recommandation de conserver le titre, avec un potentiel d’appréciation de +8% sur la base du cours observé au 21 mars 2025.
Un profil de rendement toujours affirmé
Au-delà du potentiel de valorisation, Maroc Telecom demeure une valeur de rendement par excellence. AGR projette un dividende par action (DPA) cible de 5 DH à moyen terme, ce qui correspond à un rendement moyen estimé à 4,4% sur la période 2025-2028.
Ce rendement s’inscrit dans une hypothèse de normalisation du payout à 70%, contre 100% historiquement. AGR considère que ce niveau reste cohérent avec le profil du groupe, et soutenable dans la durée, notamment en raison de la solidité de la génération de cash et de la maîtrise des investissements.
AGR insiste par ailleurs sur la sensibilité historique du titre à l’évolution des taux longs (notamment les BDT à 5 et 10 ans), ce qui en fait un actif particulièrement réactif à un environnement de détente monétaire.
Une valorisation équilibrée à l’horizon 2028
À l’horizon 2028, AGR estime que le titre se négociera sur la base d’un Price to Earnings (P/E) de 15,7x, avec un rendement dividende de 4,6% (D/Y). Cette combinaison est jugée « équilibrée« , conforme à un profil défensif, stable et recherché par les investisseurs long terme. La valorisation du titre reste donc alignée avec sa nature de valeur patrimoniale, adaptée aux portefeuilles institutionnels à dominante rendement.