Si l’année 2024 restera dans les annales de l’industrie minière comme un exercice hors norme, chez Managem, elle a représenté un tournant décisif. Entre envolée spectaculaire des cours de l’or et du cuivre, effondrement brutal du cobalt et finalisation de projets d’envergure, le groupe a dû composer avec une conjoncture mouvementée. Plus qu’un simple exercice financier, cette année a été celle des choix structurants, des ajustements stratégiques et d’une transformation en profondeur de son modèle.

Elle a également été marquée par la finalisation de deux projets majeurs : un projet aurifère au Sénégal et le projet Tizert, centré sur le cuivre, au Maroc.

« Ces deux projets arrivent à maturité, et nous sommes très proches du démarrage de leur production. Ils marquent une nouvelle étape pour le groupe, avec un véritable changement de dimension industrielle », explique Imad Toumi, président directeur général du Managem.

Une stratégie 2030 articulée autour de trois pôles spécialisés

Managem entre en 2025 dans un nouveau cycle stratégique structuré autour de trois pôles de métiers : l’or, les métaux critiques et l’énergie. Pour incarner cette transformation, trois entités dédiées ont été créées : ManaGold, ManaGreen et ManaEnergy.

« Ce plan stratégique à horizon 2030 incarne une nouvelle phase pour Managem, avec des lignes de métier clairement identifiées, des ambitions affirmées et un positionnement renforcé sur les ressources critiques de demain », a expliqué Imad Toumi.

ManaGold : un pôle aurifère à vocation panafricaine

Avec ManaGold, Managem structure son activité aurifère dans une logique de déploiement régional.

« Le projet Boto est aujourd’hui dans sa phase finale de montage. Nous prévoyons un démarrage de la production entre juillet et août 2025, après les derniers essais techniques. C’est une étape très attendue, qui marquera un tournant pour notre présence en Afrique de l’Ouest », a précisé le PDG.

En plus du site de Boto, trois autres projets aurifères sont en cours de développement : un en Guinée équatoriale, un au Gabon, et un troisième qui entrera en phase d’étude de faisabilité dès l’an prochain.

Ce portefeuille vise une production de 500.000 onces d’or par an à horizon 2028, en capitalisant sur des réserves totales de 9,3 millions d’onces 

ManaGreen : les métaux critiques pour la transition énergétique

À travers ManaGreen, Managem déploie une véritable plateforme industrielle dédiée aux métaux stratégiques pour la transition énergétique. L’enjeu est clair : ne plus seulement extraire, mais transformer localement, en visant des produits finis à forte valeur ajoutée, dans une logique de souveraineté industrielle.

Le premier chantier emblématique est la construction de la première fonderie de cuivre en Afrique du Nord, en partenariat avec l’OCP.

Cette unité produira des cathodes de cuivre destinées à l’industrie automobile, mais aussi de l’acide sulfurique pour les engrais. « Ce projet nous permet de franchir un cap : passer du concentré au produit fini, intégré dans les chaînes industrielles marocaines », explique Imad Toumi.

Le groupe mise aussi sur les composants clés des batteries. À partir du cobalt extrait à Bou-Azzer, Managem développera une capacité de 3.500 tonnes par an de sulfate de cobalt de qualité batterie, produit à Guemassa.

Le sulfate de manganèse est également en cours de développement, pour servir les marchés marocain et international.

Enfin, le graphite complète ce triptyque stratégique. Avec un gisement riche et un test industriel lancé fin 2024, Managem vise un graphite purifié à plus de 94%, puis la production d’uSPG – le graphite sphérique non revêtu utilisé dans les anodes de batteries.

ManaEnergy : une nouvelle verticale autour du gaz naturel

L’acquisition de Sound Energy Maroc a ouvert à Managem une nouvelle verticale à fort potentiel : celle de l’énergie. Le projet de Tendrara, premier actif gazier du groupe, entrera en production fin 2025, avec une capacité initiale de 100 millions de m³, destinée à couvrir les besoins de l’industrie marocaine.

Une deuxième phase est déjà en préparation, avec un objectif de montée en puissance vers 450 millions de m³, soit environ 70% de la consommation nationale actuelle. Le groupe prévoit une première livraison par camion avant un raccordement futur au gazoduc Maghreb-Europe.

« Avec ManaEnergy, nous voulons être un acteur structurant dans le gaz naturel. Ce projet n’est pas seulement un relais de croissance pour Managem, il constitue aussi une contribution directe à la sécurité énergétique du pays », conclut Imad Toumi.

Une année favorable pour les métaux stratégiques

« Nous avons eu la chance, cette année, d’évoluer dans un environnement globalement porteur pour les métaux de base », souligne Mouna Mahfoud, directrice financière de Managem. « Le zinc s’est apprécié de 6%, le cuivre de 8%. Ce sont des hausses significatives qui ont directement soutenu notre chiffre d’affaires ».

À l’inverse, le cobalt a continué sa descente entamée en 2023, perdant plus de 25% de sa valeur. « Ce métal a souffert d’une surabondance des stocks sur le marché international, avec un prix moyen tombé sous les 10 dollars, contre plus de 20 à 30 dollars l’année précédente. Il s’agit d’un niveau historiquement bas », rappelle la DAF.

Côté métaux précieux, la tendance a été nettement plus favorable. L’or a progressé de 23% et l’argent de 21%, profitant à la fois de leur statut de valeurs refuges et d’un contexte géopolitique mondial tendu. « Ces deux métaux constituent un pilier essentiel de notre stratégie de diversification, et leur performance en 2024 nous a clairement été bénéfique », ajoute-t-elle.

Des indicateurs financiers en nette progression

Ces hausses, conjuguées à une amélioration des volumes vendus, ont permis à Managem de réaliser une croissance de 18% de son chiffre d’affaires, qui s’établit à près de 9 MMDH.

«  Cette progression est le fruit d’un double levier : des prix de vente mieux orientés sur plusieurs métaux, et une augmentation des volumes commercialisés, notamment en or et en cuivre », détaille Mouna Mahfoud.

L’excédent brut d’exploitation s’est ainsi établi à 2,65 MMDH, en hausse de 11%, tandis que le résultat net d’exploitation a grimpé de 18%, pour atteindre 620 MDH.

60% des revenus ont été générés hors Maroc, principalement grâce à la montée en puissance des activités aurifères et cuprifères en Afrique subsaharienne

Le Maroc représente 40% du chiffre d’affaires, avec une répartition sectorielle stable, témoignant d’un modèle de diversification équilibré. Dans le détail, 800 MDH de la progression du chiffre d’affaires sont liés à l’effet-prix, porté à 60% par l’or, tandis que 400 millions proviennent des volumes supplémentaires vendus, notamment en cuivre.

L’activité au Soudan a également repris en 2024, après une interruption prolongée en 2023 liée aux tensions politiques dans le pays. La contribution de l’international est encore plus marquée au niveau des résultats d’exploitation, représentant 80% du total, contre 75% un an plus tôt.

Managem a volontairement réduit sa production de cobalt en 2024 pour préserver la ressource, en réponse au contexte dégradé du marché. Le groupe a également dû composer avec une hausse du cash cost, en particulier sur l’or et le cuivre. » C’est un surcoût assumé, car il est orienté vers la croissance future. Les investissements réalisés aujourd’hui sont des socles pour les performances des années à venir  ».

Le résultat net part du groupe (RNPG) ressort à 620 MDH, en hausse de 20%. Cette progression est portée par une meilleure rentabilité opérationnelle (+286 MDH), un effet favorable du taux de change, mais aussi freinée par une pression fiscale accrue.

« L’augmentation de l’impôt s’explique par la montée en puissance de certaines filiales, mais aussi par l’évolution du taux d’imposition dans le cadre de la loi de finances 2023« , conclut Mouna Mahfoud.

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Source: medias24.com