En 2024, les principales banques du Maroc ont enregistré une progression marquée de leurs résultats financiers. Le résultat net consolidé cumulé s’est établi à 23 MMDH, en hausse de 21,3% par rapport à 2023.
Le résultat net part du groupe (RNPG), un indicateur plus représentatif de la performance pour les actionnaires, a quant à lui progressé de 19,8%, atteignant près de 19,2 MMDH.
Cette dynamique positive est observée dans la majorité du secteur, aussi bien chez les grandes banques cotées que chez les établissements de taille moyenne. Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa concentrent à elles seules plus de la moitié des bénéfices du secteur, tandis que CIH Bank, Crédit du Maroc, CFG Bank ou encore BMCI affichent des croissances à deux chiffres, voire supérieures à 40% dans certains cas.
La progression des résultats en 2024 ne s’est pas exprimée avec la même intensité d’une banque à l’autre. Elle révèle des trajectoires différenciées, mais que l’on peut relier à une multitude de tendances communes visibles dans les comptes consolidés.
En valeur absolue, Attijariwafa bank conserve sa position de leader, avec un RNPG de 9,5 MMDH, en hausse de 26,6%.
La BCP suit avec 4,15 MMDH (+19,2%), puis Bank of Africa avec 2,34 MMDH (+11%). Ces trois établissements concentrent, à eux seuls, près de 70% du RNPG agrégé des banques cotées (hors Société Générale et Crédit Agricole du Maroc).
D’autres établissements affichent des performances remarquables par leur croissance : CFG Bank (+49%), Crédit du Maroc (+47%) ou encore BMCI, qui a presque doublé son résultat net. CIH Bank poursuit sa montée en puissance, avec un bénéfice de 875 MDH en hausse de +23,3%.

À l’inverse, certaines contre-performances marquent une rupture. Société Générale Maroc, en recul de plus de 40%, illustre les effets d’un recentrage stratégique et d’un environnement opérationnel plus contraint.
Enfin, Crédit Agricole du Maroc, bien que hors du périmètre des banques cotées, enregistre un rebond spectaculaire après une année 2023 particulièrement faible.
Une croissance nourrie par la reprise de l’activité bancaire
L’un des premiers moteurs de la performance bancaire en 2024 a été la croissance des crédits et des dépôts, qui reflète le redémarrage de la demande dans un contexte d’assouplissement progressif de la politique monétaire.
CIH Bank a vu ses crédits croître de 11,5% à 101,2 MMDH, et ses dépôts augmenter de 13,9% à 84,5 MMDH, dont 84% sont constitués de dépôts à vue.
CFG Bank, en forte expansion, a affiché une croissance de 28% des encours de crédits et de 36% des dépôts, atteignant 18,3 MMDH.
Attijariwafa bank a, pour sa part, collecté 40 MMDH de dépôts supplémentaires, avec une croissance de 14% de l’épargne, ce qui lui a permis de consolider sa part de marché sur les ressources non rémunérées à 28%.
Ces ressources bon marché ont permis de préserver des marges confortables dans un contexte encore tendu sur les taux de refinancement. Crédit Agricole du Maroc, par exemple, a bénéficié d’une hausse de 18% de sa collecte en dépôts à vue, contre une baisse de 11% des dépôts à terme, ce qui a amélioré sa structure de financement.
Une croissance robuste du PNB sur l’ensemble du secteur
Le produit net bancaire a progressé dans quasiment toutes les banques, porté par la hausse des marges d’intérêts, des commissions et, dans plusieurs cas, des revenus de marché.
Attijariwafa bank affiche un PNB consolidé record de 34,5 MMDH, en hausse de 15,2%, alimenté par une forte progression des revenus de marché (+39,4%).
CFG Bank a vu son PNB grimper à 941 MDH, en hausse de 43 %, grâce à une hausse de 36% de la marge d’intérêt et 41 % des commissions. Crédit du Maroc a enregistré une croissance de 12,9% de son PNB à 3,3 MMDH, avec des hausses sur toutes ses lignes métiers, notamment un bond de 41,7% des résultats de marché.
BMCI, de son côté, a affiché un PNB en hausse de 10,2% à 3,79 MMDH. Chez CIH Bank, le PNB a progressé de 6,1% à 4,74 MMDH, tiré par la marge nette d’intérêt (+6,8%) et les commissions (+17,9%).
Même Bank of Africa, dans un contexte international complexe, a enregistré une progression de 7% de son PNB à 15,8 MMDH.
Une discipline sur les charges qui renforce l’effet de levier
Cette progression des revenus s’est accompagnée, dans la majorité des banques, d’une bonne maîtrise des charges d’exploitation, voire d’une amélioration de la productivité.
Attijariwafa bank a ainsi dégagé un résultat brut d’exploitation en hausse de 24,2%, à 22 MMDH, avec un coefficient d’exploitation de 36,1%, amélioré de 5 points.
CFG Bank a vu son RBE bondir de 74% à 388 MDH, malgré un programme d’investissement soutenu. Crédit du Maroc a stabilisé ses charges (+0,4%), ce qui a permis une hausse de 27,9% de son RBE à 1,7 MMDH et une nette amélioration de son coefficient d’exploitation à 48,6%.
BMCI a également amélioré sa rentabilité opérationnelle, avec un RBE en hausse de 24,1% à 1,55 MMDH, grâce à la maîtrise des frais de gestion (2,24 MMDH) et à une baisse du coefficient d’exploitation à 59,1%. CIH Bank a maintenu une bonne efficacité, soutenue par sa digitalisation et la montée en charge de ses services à valeur ajoutée.
Un coût du risque maîtrisé dans la majorité des cas
Le coût du risque a été contenu, voire réduit, dans plusieurs établissements, ce qui a amplifié l’effet de levier sur les résultats.
CIH Bank a réduit son coût du risque de 16,3%, à 1,07 MMDH, avec un taux de coût du risque en baisse de 1,15% à 0,85%. Crédit du Maroc a également allégé ses dotations à 398 MDH (–10,5%), avec une amélioration des créances douteuses et une couverture portée à 88,8%.
Crédit Agricole du Maroc a réduit son coût du risque à 1,26 MMDH, contre plus de 2 MMDH en 2023, contribuant au redressement de ses résultats.
CFG Bank a maintenu un coût du risque bas, à 41 MDH seulement (0,3% des encours), grâce à la qualité de son portefeuille. En revanche, BMCI a vu son coût du risque augmenter de 27,9%, à 810 MDH, dans une logique de renforcement prudentiel. BCP a, pour sa part, maintenu un niveau élevé à 6,2 MMDH, en lien avec une couverture large des expositions sensibles.
La diversification géographique comme relais de croissance
Chez les groupes à dimension panafricaine, la contribution des filiales internationales reste un facteur différenciant. Bank of Africa a dégagé un RNPG en hausse de 10%, à 2,2 MMDH, et un résultat net consolidé de 3,3 MMDH (+15%), grâce à ses implantations en Afrique de l’Ouest et à sa politique d’innovation.
Attijariwafa bank tire également près de 30% de son PNB de ses filiales africaines, consolidant ainsi la résilience de son modèle face aux cycles domestiques.
Des contre-performances isolées, aux causes spécifiques
Dans un environnement aussi largement positif, certaines contre-performances s’expliquent par des facteurs spécifiques, souvent non récurrents. C’est le cas de Société Générale Maroc, dont le résultat net a reculé de plus de 40% en 2024. Pourtant, les revenus étaient en hausse et les indicateurs opérationnels bien orientés. La baisse s’explique par deux éléments exceptionnels : une importante provision liée à un programme de départs volontaires, et un redressement fiscal significatif.
Sans ces charges ponctuelles, la rentabilité de la banque aurait été bien plus proche de celle observée les années précédentes.
Quant à Crédit Agricole du Maroc, la spectaculaire hausse de ses résultats (+438%) repose surtout sur un effet de base, après une année 2023 marquée par une rentabilité très dégradée. En 2024, l’amélioration est néanmoins réelle, avec un PNB en forte progression (+28%) et une collecte dynamique, traduisant un retour graduel à l’équilibre.
Un contexte économique et monétaire porteur
Au-delà des dynamiques propres à chaque banque, les résultats 2024 ont été soutenus par un environnement économique et monétaire globalement favorable.
Une reprise économique modérée a permis de stabiliser la demande de financement, avec une croissance du PIB réel de 2,9%, selon la Banque mondiale. Bien que l’agriculture ait pesé sur l’activité globale, le PIB non agricole est resté dynamique, soutenant les secteurs clients des banques.
L’inflation a fortement ralenti, passant de 6,1% en 2023 à près de 1% en 2024, ce qui a desserré l’étau sur le pouvoir d’achat des ménages et réduit la pression sur les coûts d’exploitation des banques.
Bank Al-Maghrib a assoupli sa politique monétaire en fin d’année, en réduisant son taux directeur à 2,5%, amorçant ainsi une nouvelle phase de soutien à l’activité. Cette baisse, bien qu’intervenue tardivement, a commencé à se transmettre aux conditions de crédit.
Enfin, le secteur a profité de l’effet d’une amnistie fiscale exceptionnelle, qui a permis de rapatrier et de régulariser plus de 127 milliards de dirhams d’avoirs. Cette opération a dopé la collecte de dépôts, renforçant les ressources disponibles pour financer l’économie.