Les consommateurs marocains font face, depuis environ deux semaines, à une nouvelle flambée des prix de l’oignon sec. Depuis le début du mois de mars, son prix au marché de gros de Casablanca est passé de 3,5-6,5 DH/kg à 6-9 DH/kg ce 2 avril, comme le montre le graphique ci-dessous. Chez les détaillants, le prix du kilogramme est d’au moins 10 DH.
Cette hausse s’explique principalement par une faiblesse structurelle : le manque d’infrastructures de stockage, entraînant la perte de près de 40% de la production nationale.
Une production abondante, mais mal conservée
Contacté par Médias24, Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER), nous explique que l’offre d’oignon cette année est élevée. Cependant, l’absence d’équipements de stockage a conduit à une baisse rapide de la disponibilité du produit sur le marché, amplifiée par des pratiques spéculatives : « malheureusement, les gens en profitent pour augmenter les prix », déplore-t-il.
Néanmoins, il se veut rassurant sur l’évolution du marché. « Les prix vont certainement baisser après le mois de Ramadan », nous explique-t-il, « avec l’entrée en production de la nouvelle campagne qui démarre progressivement à partir de ce mois d’avril. »
La principale région productrice d’oignons est Fès-Meknès, note par ailleurs notre interlocuteur, avec des zones clés comme El Hajeb, Boulemane et Ifrane. Toutefois, les agriculteurs de ces régions souffrent du manque de capacités de stockage, ce qui fragilise la filière.
Près de 40% de la production nationale perdue chaque année
Un constat confirmé par Abdennabi Zirari, responsable de l’Association des producteurs d’oignons d’El Hajeb et de Boufekrane, à l’origine de plus de 50% de la production nationale (environ 900.000 tonnes par an).
« Nous perdons environ 40% de la production à cause du manque de capacités de stockage », regrette-t-il, soulignant que « le prix de l’oignon sec coûte actuellement entre 6,5 et 7 DH/kg dans les zones d’El Hajeb et de Bouferkane, contrairement à l’oignon frais, utilisé en cuisine au quotidien, qui, lui, reste disponible à un prix abordable ».
Sur le terrain, la campagne actuelle a déjà démarré dans certaines régions comme Sidi Kacem, Chiadma et El Gara, souligne notre source. La visibilité reste toutefois faible quant à la production future.
« Certains agriculteurs ont déjà semé, d’autres s’apprêtent à le faire. La campagne pourrait être bonne, mais il faut soutenir le secteur en mettant en place des infrastructures de stockage adaptées », insiste M. Zirari.
Un projet pilote de stockage, mais qui reste insuffisant
Face à cette problématique, un projet pilote de stockage a été lancé dans la région de Fès-Meknès. Situé à Meknès, ce centre d’une capacité d’environ 4.000 tonnes, est prévu pour être mis en service en mai prochain, d’après Abdennabi Zirari.
Il s’agit d’un premier pas vers une meilleure conservation des récoltes et une réduction des pertes, mais les producteurs estiment que cette capacité reste insuffisante. « Nous avons besoin de plus d’infrastructures et de soutien financier pour sécuriser notre production », souligne M. Zirari.
« Certains entrepôts frigorifiques existants, utilisés pour d’autres légumes comme la pomme de terre, accueillent déjà une partie de la récolte d’oignons », mais cela ne suffit pas à compenser les pertes massives.
La filière oignon au Maroc
Avec 11.600 hectares cultivés, la région de Fès-Meknès représente plus de 50% de la production nationale d’oignons. La filière occupe une place stratégique dans l’agriculture marocaine, se classant en deuxième position après la pomme de terre parmi les cultures maraîchères.
L’oignon est cultivé principalement dans les régions de Fès-Meknès, de Casablanca-Settat, de Béni Mellal-Khénifra, de Marrakech-Safi, de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et de l’Oriental. À l’international, la demande est en pleine croissance, avec une consommation mondiale estimée à 110 millions de tonnes par an.