En l’espace de trois mois, la Bourse de Casablanca s’est offert un retour en force, portée par un optimisme des investisseurs et une détente monétaire longtemps attendue. Le marché actions a connu un démarrage d’année tonitruant : +20,2% pour le MASI et +21,2% pour le MASI 20. Un trimestre qui redonne au mot « rebond » toute sa signification.
Si la baisse du taux directeur intervenue à la mi-mars a agi comme déclencheur immédiat, le mouvement haussier s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus profonde.
Les investisseurs anticipent une amélioration sensible du contexte économique, nourrie par plusieurs catalyseurs : des résultats d’entreprises solides, notamment dans la banque, l’énergie et les matières premières ; des valorisations encore attractives après plusieurs années de stagnation ; mais aussi un regain d’optimisme à l’égard du Maroc en tant que destination d’investissement.
Cet optimisme est nourri par des perspectives à moyen terme structurantes. Le Royaume s’apprête à accueillir des événements internationaux majeurs, comme la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030, qui vont stimuler l’investissement public et privé. En parallèle, les grands chantiers d’infrastructure (nouvelles lignes LGV, extension des ports, développement des énergies renouvelables) renforcent la lisibilité du modèle marocain auprès des investisseurs.
Plus de 33 MMDH échangés sur le trimestre, un regain d’intérêt marqué pour les grandes capitalisations comme pour les small caps, et une hausse généralisée sur presque tous les indices sectoriels. Même les valeurs longtemps délaissées par les investisseurs retrouvent une seconde jeunesse.
Avec une capitalisation qui atteint 925,3 MMDH à fin mars 2025, la Bourse de Casablanca se rapproche désormais du seuil symbolique des 1.000 MMDH.
Cette progression traduit non seulement l’effet mécanique de la hausse des cours au premier trimestre, mais aussi le réajustement en cours des valorisations après plusieurs années de sous-performance relative. Ce niveau marque un retour sur les sommets historiques de la place.
Sur le podium des plus fortes hausses trimestrielles, on retrouve des titres longtemps restés dans l’ombre et dont le réveil a surpris par son ampleur. Le top 5 des meilleures performances du trimestre donne le ton :
- Stokvis Nord Afrique : +213%
- Fenie Brossette : +162%
- Sonasid : +93%
- Maghreb Oxygène : +85%
- Managem : +74%
Lecture sectorielle : énergie, mines, télécoms… les grands gagnants
L’énergie en tête du classement. Avec une hausse de +72,4%, l’indice sectoriel « Électricité » a enregistré la meilleure performance trimestrielle. Cette envolée repose quasi exclusivement sur TAQA Morocco, dont le titre a été porté par des résultats solides, une politique de distribution constante et une revalorisation des actifs liés à la production d’électricité dans un contexte régional tendu.
Autre secteur en très forte progression : les mines, qui affichent une hausse de +59,8%. La dynamique s’est concentrée autour de valeurs comme Managem et Sonasid, dopées par la bonne tenue des cours des métaux et la reprise des projets d’investissement minier. Le secteur bénéficie en outre d’un regain d’attention stratégique lié à la transition énergétique et à la sécurisation des matières premières.
Le secteur des télécommunications a également signé un trimestre remarquable, avec une performance de +49,4%. Ce rebond est attribuable presque intégralement au retour en bourse d’Itissalat Al-Maghrib (IAM), dont la cotation a repris en mars après plusieurs mois de suspension. L’action a fortement progressé dans les jours qui ont suivi, bénéficiant d’un effet de rattrapage technique, mais aussi d’un regain de confiance dans les perspectives du groupe.
Parmi les autres gagnants, on retrouve les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie (+33,9%) et de la logistique/transport (+39,9%), dopés par les annonces liées aux événements sportifs à venir et les projets d’infrastructure qui se multiplient à l’horizon 2030. Des titres comme Marsa Maroc ou Risma en ont directement bénéficié.
Les compartiments en retrait mais limités
Alors que la quasi-totalité des indices sectoriels a affiché une progression significative au premier trimestre 2025, quelques valeurs ont évolué à contre-courant, enregistrant des performances négatives sur la période. Ces baisses restent limitées en nombre, mais concernent des secteurs traditionnellement défensifs ou en attente de nouveaux catalyseurs.
Le secteur des boissons a été le plus pénalisé, avec un recul sectoriel de -8,35%, tiré par la baisse de la Société des Boissons du Maroc (-11,02%) et de Lesieur Cristal (-3,33%).
Dans le secteur des services financiers hors banques, Eqdom a enregistré une baisse de -8,94%, tandis que Sanlam Maroc a reculé de -1,59%.
Dans les matériaux de construction, LafargeHolcim Maroc a terminé le trimestre en baisse de -1,65%.
Enfin, au sein du secteur bancaire, Bank of Africa a affiché une baisse de -4,44%, contre une évolution globalement positive, bien que modérée, des autres établissements.
Au total, seules neuf valeurs du marché central ont clôturé le premier trimestre 2025 en territoire négatif.
Comment le marché pourrait-il évoluer au deuxième trimestre ?
La Bourse de Casablanca aborde le deuxième trimestre 2025 dans un climat d’attentisme après un début d’année euphorique.
Depuis début avril, une phase de consolidation technique s’amorce. Plusieurs éléments alimentent ce mouvement. D’abord, les prises de bénéfices sont logiques après une telle envolée, notamment sur les valeurs cycliques qui ont le plus flambé.
Ensuite, la saison des dividendes pèse mécaniquement sur les indices : les détachements de coupons attendus entre avril et mai sur des poids lourds comme Maroc Telecom, les banques ou les industrielles entraînent des baisses automatiques des cours, sans impact fondamental.
Cette consolidation reste saine et maîtrisée. Elle permet au marché de digérer ses gains récents et d’ajuster les valorisations, désormais autour de 19 fois les bénéfices 2025. Les analystes estiment qu’il n’y a pas de situation de surchauffe, mais plutôt une respiration nécessaire.
Dans les prochaines semaines, plusieurs facteurs laissent entrevoir une reprise progressive. La baisse du taux directeur à 2,25%, décidée en mars par Bank Al-Maghrib, renforce l’attrait relatif des actions face aux obligations. Les flux vers les OPCVM actions restent soutenus, tandis que les premiers signaux d’accélération du crédit commencent à émerger. L’environnement monétaire reste donc favorable aux actifs risqués.
Le marché pourrait repartir de l’avant dès le mois de mai. Le MASI resterait alors dans une trajectoire ascendante, avec pour prochain seuil technique les 18.000 points.
Le scénario en place pour ce T2 repose donc sur une phase de consolidation en avril, puis une reprise graduelle en mai-juin, soutenue par les fondamentaux économiques, la détente des taux et le retour des investisseurs en quête de rendement.