La Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) exprime ses préoccupations concernant deux réformes majeures touchant le secteur officinal au Maroc : la convention de tiers payant applicable (TPA) et la dématérialisation des feuilles de soins. Dans un communiqué, la fédération souligne les nombreuses lacunes et répercussions négatives de ces mesures et appelle à une discussion approfondie avant leur mise en œuvre.

Une convention TPA inefficace et inégalitaire

La FNSPM dénonce les dysfonctionnements de l’actuelle convention TPA avec ticket modérateur, en insistant sur le non-respect de plusieurs clauses fondamentales. Parmi les problèmes relevés :

  • Absence de formation continue : alors que l’article 11 impose des journées de formation, seules trois sessions ont eu lieu depuis l’entrée en vigueur de la convention, entraînant un manque de sensibilisation et de compréhension du système TPA par les pharmaciens.
  • Inexistence de la commission de suivi : l’article 12 prévoit une commission pour assurer le respect des termes de la convention et gérer les plaintes des professionnels. Or, cette commission n’a jamais vu le jour, favorisant ainsi des pratiques frauduleuses et un sentiment d’injustice parmi les pharmaciens.
  • Manque de régulation dans l’orientation des malades : Malgré les dispositions de l’article 13 visant à sanctionner les pratiques abusives (dirigisme, favoritisme), aucune action concrète n’a été entreprise.

Selon la FNSPM, la convention TPA a généré un climat d’iniquité où certaines pharmacies bénéficient de privilèges injustifiés, notamment via la création sélective de comptes clients et l’orientation des patients vers des points de vente précis. La fédération annonce ainsi son refus catégorique de la généralisation de cette convention et envisage de soumettre au prochain conseil fédéral la procédure nécessaire à sa résiliation.

La dématérialisation des feuilles de soins : une réforme mal préparée

Concernant la dématérialisation des feuilles de soins, la FNSPM regrette le manque total de concertation avec les syndicats de pharmaciens. Si cette digitalisation présente des avantages, la fédération insiste sur plusieurs conditions préalables essentielles :

  • L’informatisation des pharmacies : toutes les officines doivent être équipées d’un matériel informatique performant et connectées à Internet.
  • Un cadre réglementaire adapté : le Dahir de 1922 relatif aux substances vénéneuses doit être révisé pour encadrer la e-prescription.
  • Mise en place d’une traçabilité rigoureuse : l’instauration d’un système de sérialisation des médicaments par codes-barres est nécessaire pour assurer un suivi sécurisé.

La FNSPM alerte sur les répercussions économiques et pratiques de cette réforme pour les pharmaciens :

  • Un coût supplémentaire : l’achat et l’entretien du matériel informatique, ainsi que les abonnements aux logiciels de gestion et à Internet, constituent des charges financières importantes.
  • Des risques techniques et sociaux : une panne d’Internet ou d’électricité pourrait empêcher la dispensation des ordonnances numériques, tandis que les capacités financières limitées de certains patients posent la question de la délivrance différée ou fractionnée des médicaments.
  • Un besoin accru de communication : les pharmaciens devront expliquer aux patients les modalités de cette transition numérique, ce qui représente une responsabilité supplémentaire.

Face à ces défis, la FNSPM considère que la digitalisation des feuilles de soins est prématurée et demande que cette question soit débattue lors du prochain conseil fédéral.

La FNSPM appelle à une réflexion approfondie et à une concertation réelle avec les instances professionnelles avant toute mise en œuvre de ces réformes. La fédération souligne l’importance de garantir un cadre éthique, équitable et pragmatique pour l’avenir de la pharmacie au Maroc.