Cette décision marque non seulement le retour assumé d’un protectionnisme frontal, mais, surtout, elle a déclenché une onde de choc immédiate sur les marchés financiers, les matières premières et les grandes devises.
Réaction immédiate des marchés financiers
À Casablanca, cette secousse n’est pas passée inaperçue. L’indice MASI 20, principal baromètre de la Bourse marocaine, a reculé de 17.756 points à la clôture du 28 mars à 17.258 au 4 avril, soit une baisse de 2,8%. Dans un marché peu exposé à la volatilité internationale, cette contraction traduit malgré tout une inquiétude réelle, alimentée par la crainte d’une détérioration de la demande globale, d’un ralentissement des flux commerciaux et d’une reconfiguration incertaine des chaînes de valeur.
Aux États-Unis, l’effet a été bien plus brutal. En l’espace de deux séances, le Dow Jones a plongé de 42.225 à 39.484 points, accusant une baisse de 6,5% et effaçant près de 900 milliards de dollars de valorisation boursière. Le S&P 500 a cédé 7,7%, passant de 5.670 à 5.233 points, tandis que le Nasdaq, plus sensible aux perspectives de croissance mondiale, s’est contracté de 8,6%, glissant de 19.581 à 17.887 points.
En Europe, les grandes places financières ont accusé le coup dans une synchronisation quasi parfaite. Le DAX allemand, particulièrement vulnérable en raison du poids des exportations industrielles, a chuté de 7,8%, tandis que le CAC 40 français a reculé de 7,6%. À Madrid, l’IBEX 35 a cédé 7,5%, et même le FTSE 100 britannique, pourtant davantage tourné vers les matières premières et la finance, a lâché 5,8 %.
En Asie, les places financières n’ont pas échappé à la vague de turbulences déclenchée par l’annonce des tarifs. L’indice Nikkei 225 à Tokyo a enregistré une chute brutale de 5,8%, effaçant en deux séances l’ensemble de ses gains du mois de mars. À Hong Kong, le Hang Seng a reculé de 1,7%, dans un climat de forte aversion au risque.Le dollar perd de sa superbe après l’annonce des tarifs TrumpL’indice du dollar américain, connu sous le nom de Dollar Index (DXY), mesure la valeur du billet vert face à un panier pondéré de six devises majeures. Ce sont l’euro (qui en représente près de 58%), le yen, la livre sterling, le dollar canadien, la couronne suédoise et le franc suisse.
Lorsqu’il progresse, cela signifie que le dollar se renforce par rapport à ce panier, traduisant souvent une préférence des investisseurs pour les actifs libellés en dollars ; lorsqu’il recule, cela signale au contraire un repli de la confiance dans la devise américaine.
Entre le 2 et le 4 avril, le DXY est passé de 104 à 102, soit une baisse de 2 points en deux séances, un repli rapide qui traduit un désengagement massif des opérateurs. Ce niveau de 102 constitue par ailleurs un plancher inédit depuis novembre 2024, confirmant que la devise américaine traverse un épisode de défiance inhabituel, en grande partie alimenté par les craintes sur l’impact économique des nouvelles barrières commerciales imposées par Washington.
Marchés des « commodities » : des réactions contrastées
Les marchés de matières premières ont également été secoués, mais selon des dynamiques contrastées. Le pétrole Brent a reflué entre le 2 et le 4 avril de 74,95 à 66,14 dollars le baril, soit une baisse de 11,8%, reflétant les craintes d’un tassement de la demande mondiale.
Cependant, à rebours de la logique classique qui veut que l’or s’apprécie en période de turbulences, le métal jaune a enregistré une correction marquée de 3,3% entre le 2 et le 4 avril, cédant plus de 100 dollars par once, depuis un sommet de 3.133 $ jusqu’à un creux de 3.029 $. Cette baisse ne reflète pas une remise en question du statut de valeur refuge de l’or, mais s’apparente plutôt à une respiration technique après une envolée spectaculaire.
À cette logique s’ajoute une dynamique de liquidation contrainte : dans un contexte de stress boursier aigu, les appels de marge ont forcé nombre d’investisseurs à vendre des positions profitables, dont l’or, pour compenser leurs pertes sur d’autres actifs en chute libre. Ainsi, fidèle à un paradoxe bien connu des crises financières, l’or devient momentanément la victime de son propre statut défensif : on liquide ce qui monte, pour couvrir ce qui s’effondre.
Mais cette contraction ponctuelle ne saurait masquer les tensions de fond qui continuent de nourrir l’attrait pour le métal précieux. La perspective d’un ralentissement marqué de l’économie américaine alimente les spéculations sur un cycle baissier des taux de la Réserve fédérale, avec jusqu’à trois assouplissements monétaires envisagés d’ici décembre. Ainsi, loin d’être affaibli, l’or reste sous tension haussière, tendu entre des secousses de court terme et une force d’attraction géopolitique et monétaire de long terme.
Réactions et mesures de rétorsion internationales
La Chine a rapidement réagi en annonçant des tarifs de représailles de 34% sur toutes les importations en provenance des États-Unis, effectifs à partir du 10 avril. Pékin a également imposé des contrôles à l’exportation sur certains éléments de terres rares, essentiels pour les industries technologiques et de défense américaines. De plus, la Chine a suspendu les importations de volaille de deux fournisseurs américains en raison de violations présumées des normes sanitaires.
L’Union européenne a exprimé son intention de répondre aux tarifs américains par des mesures de rétorsion ciblées, notamment sur des produits emblématiques américains. Le Canada et le Mexique ont également signalé qu’ils envisageaient des représailles, soulignant la détérioration rapide des relations commerciales internationales.