De l’avis des spécialistes, jouer contre une défense en bloc bas est l’un des défis les plus complexes et persistants du football moderne. L’équipe nationale ne fait pas exception. Malgré une pléthore de talents, certaines prestations offensives des Lions de l’Atlas laissent à désirer. En particulier lorsqu’il faut affronter des équipes qui privilégient d’abord la défense avant l’attaque.
En témoignent les deux récentes victoires des hommes de Walid Regragui contre le Niger (2-1) et la Tanzanie (2-0) lors des éliminatoires du Mondial 2026. Des succès qui rapprochent l’EN du continent américain, mais qui ont été acquis après des productions offensives peu convaincantes. Cela dit, la quête du résultat est rarement compatible avec l’esthétisme, surtout dans le football de sélection.
À l’image des Pays-Bas de Johan Cruyff (1974) ou encore plus récemment de la génération dorée belge (2018), l’histoire du football regorge de ces beaux perdants qui ont fait briller les yeux de leurs supporters sans pour autant parvenir à inscrire leur nom dans la colonne des vainqueurs.
À contrario, la France et l’Italie n’ont pas eu besoin de produire un jeu flamboyant pour être sacrées respectivement à la Coupe du monde 2018 et à l’Euro 2020. Seule l’Espagne, au tournant des années 2010, a réussi à allier résultats et beau jeu, à la faveur d’un onze de départ composé essentiellement de joueurs du FC Barcelone.
Une particularité qui favorise les automatismes et une certaine cohésion tactique et technique. Des aspects difficiles à développer dans le football de sélection, où le temps de travail est limité par rapport à celui d’un club. Toutefois, les critiques à l’égard des difficultés éprouvées par l’équipe nationale face aux défenses recroquevillées devant leur but ne sont pas totalement infondées.
Bien que les statistiques n’offrent qu’une vision partielle, elles restent un bon indicateur. Nous allons donc examiner l’affirmation selon laquelle le Maroc peine face au bloc bas, à travers cinq indicateurs de performance (ICP) :
– Possession du ballon ;
– Buts ;
– Expected Goals (xG) ;
– Tirs et tirs cadrés ;
– Nombre de ballons touchés dans la surface de réparation.
Ces indicateurs nous permettront par la suite de comparer l’animation offensive de l’équipe nationale par rapport à celle des tenants des titres continentaux :
– La Côte d’Ivoire, championne d’Afrique ;
– L’Espagne, championne d’Europe ;
– Le Qatar, champion d’Asie ;
– L’Argentine, championne du monde et d’Amérique du Sud.
C’est quoi un bloc bas déjà ?
Mais avant d’en arriver là, que désigne-t-on exactement par « bloc bas » ? Selon la plateforme Training FIFA, il s’agit d’une stratégie défensive consistant à faire déjouer une équipe forte offensivement. L’idée est de se positionner en bloc bas afin de réduire au maximum les espaces derrière les défenseurs ainsi que les espaces entre les lignes.
Une organisation défensive qui nécessite de la patience, de la discipline et une bonne communication entre les joueurs, car ils doivent être capables d’ajuster constamment leur positionnement en fonction de plusieurs paramètres, dont le ballon, l’adversaire, l’espace et leurs coéquipiers.

L’objectif est de maintenir un bloc compact au sein duquel l’adversaire rencontrera des difficultés à trouver des espaces pour progresser vers le but. Cela dit, cette tactique n’est pas forcément un signe de faiblesse. Les entraîneurs l’adoptent aussi pour s’adapter aux qualités de leurs joueurs, surtout s’ils sont rapides et capables de prendre la profondeur.
Parce que l’agressivité des joueurs dans cette configuration permet de récupérer le ballon et d’exploiter la position haute de l’adversaire sur le terrain, en attaquant les espaces dans son dos. Par exemple, l’équipe de France, championne du monde en 2018, a misé sur un bloc médian à bas pour attirer l’adversaire et permettre à Kylian Mbappé de se retrouver dans les meilleures conditions pour exploiter sa vitesse fulgurante.
Néanmoins, les équipes perdent en maîtrise ce qu’elles gagnent en solidité défensive. D’ailleurs, la possession du ballon est l’un des cinq indicateurs de performance clés que nous avons sélectionnés pour vérifier si le Maroc peine vraiment face à des blocs bas.
Des difficultés face au bloc bas ?
L’analyse prend en compte les dix derniers matchs du onze national, avec un seuil de possession fixé à 65 %. Sur cette période, l’équipe nationale a atteint ce seuil de possession à six reprises. Soit autant de fois que l’opposant décide volontairement de laisser le ballon aux Marocains et défendre en bloc bas.
La comparaison des données montre que les statistiques offensives des Marocains reculent en effet dès qu’ils rencontrent des équipes qui optent pour cette stratégie. Cela dit, la différence n’est pas flagrante. Elle ne l’est pas non plus lorsqu’on compare les performances offensives chiffrées de l’EN avec celles des tenants de titres continentaux. Encore une fois, notre comparatif a pris en compte les dix derniers matchs de ces équipes, parmi lesquels seule l’Espagne possède un style de jeu affirmé et rodé depuis des décennies.
Pour les autres, on observe plutôt un jeu qui combine possession du ballon et transitions rapides vers l’avant. Le résultat est que le Maroc fait partie du haut du panier. Cependant, cette conclusion doit être nuancée, car les dix derniers adversaires de l’Espagne ou encore de l’Argentine sont, pour la plupart, nettement supérieurs à ceux rencontrés par les Marocains.
En somme, l’équipe nationale doit encore améliorer et varier ses travaux d’approches offensives face aux défenses en bloc bas. Et selon les chiffres, Brahim Diaz et ses coéquipiers sont sur le bon chemin.