La séance du 7 avril 2025 restera dans les annales de la place casablancaise. En réaction à l’annonce de Donald Trump d’imposer 10% de droits de douane aux exportations marocaines vers les États-Unis (et de fortes augmentations concernant l’UE et la Chine notamment), le MASI a connu une dégringolade spectaculaire, avec une baisse de -5,6% en une seule journée. Une correction d’une ampleur rare, survenue dans un contexte pourtant favorable aux actifs marocains.
Que révèle cet épisode sur la vulnérabilité – ou la maturité – de notre marché ? Quels flux l’ont alimentée ? Et faut-il aujourd’hui parler d’opportunité ou d’un début de retournement durable ? Décryptage.
Source: medias24.com
Un choc brutal, mais rationnel ?
La décision de Trump n’a pas surpris par son principe, mais par sa mise en œuvre soudaine et son intensité. Depuis l’automne 2024, la rhétorique protectionniste faisait partie de ses discours de campagne, mais peu d’acteurs s’attendaient à une concrétisation aussi rapide et directe, ciblant même des partenaires comme le Maroc.
La réaction du marché national peut sembler excessive au regard du poids réel des exportations marocaines vers les États-Unis.
Mais plusieurs facteurs ont amplifié le choc : « Une place boursière ayant accumulé près de +20% de performance depuis janvier, une valorisation élevée de nombreux titres et une forte sensibilité psychologique dans un environnement mondial redevenu incertain. À ce cocktail s’ajoute une lecture ‘réflexe’ des marchés : toute tension commerciale internationale ravive le spectre d’une récession mondiale », nous explique un analyste de la place financière.
« Franchement, au regard de la structure de notre marché, il est difficile d’imaginer des mouvements aussi extrêmes que sur les grandes places internationales. La baisse du MASI a été marquante, certes, mais les fondamentaux n’ont pas changé. Les droits de douane restent mesurés, les conditions climatiques s’améliorent, et la politique monétaire demeure claire et bien orientée. Dans ce contexte, la prudence reste de mise, mais sans précipitation », ajoute-t-il.
Qui a vendu ? Radiographie d’un marché sous tension
Derrière l’intensité du repli, les professionnels évoquent une réalité plus nuancée. Aucun signal fort ne laisse penser à un désengagement massif des institutionnels ou des investisseurs étrangers. En revanche, plusieurs gestionnaires auraient augmenté temporairement leur part de liquidité, dans une logique de protection et de repositionnement.
« La violence de la baisse s’expliquerait donc davantage par un effet domino, activé par une succession d’ordres de vente techniques ou émotionnels, que par un mouvement fondamental. Dans un marché encore peu profond, la conjugaison d’un choc externe et d’une structure d’investissement concentrée peut suffire à provoquer une onde de choc disproportionnée ».
« Même vendredi, à la veille de la forte correction, on n’a observé aucun mouvement de rachats massifs. Les institutionnels ont globalement maintenu leurs positions, preuve d’un certain calme face au choc ».
Quelques jours plus tôt, au 21 mars, les données de l’AMMC faisaient état de flux nets positifs sur les OPCVM Actions, avec plus de 924 millions de dirhams de collecte nette. Les fonds diversifiés et obligataires affichaient eux aussi des souscriptions solides, notamment plus de 10 MMDH sur les obligations moyen-long terme. Tous ces éléments montrent que les investisseurs professionnels ont accompagné le marché avec discipline, en s’appuyant sur les fondamentaux, et non dans une logique de fuite.
Repli temporaire ou changement de cycle ?
Les fondamentaux de l’économie marocaine demeurent solides. Inflation maîtrisée, perspectives de croissance renforcées par la Coupe du monde 2030, politique monétaire toujours accommodante… Certains effets de la crise internationale pourraient même jouer en faveur du Maroc : baisse des matières premières, repli du dollar, détente des taux.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs appellent à faire preuve de discernement. « Pour eux, cette correction constitue avant tout un moment de réalignement – salutaire – après une phase d’euphorie. Le mot d’ordre revient : rigueur sur les valorisations, discipline dans la gestion et sélection exigeante des titres ».
Le marché marocain pourrait bien sortir renforcé de cette parenthèse, à condition de ne pas confondre volatilité passagère et retournement de tendance.
Analyse technique
« En novembre 2024, nous avions fixé un objectif pour le MASI à 18.000 points », rappellent Jérôme Boumengel et Tarek Amiar, fondateurs de African Financial Investment.
Le 25 mars 2025, malgré des tensions géopolitiques déjà palpables à l’international, le MASI avait atteint un plus haut niveau de 17.964.66 points, correspondant à une performance YTD de 21.6%, poussé par la décision surprise de Bank Al-Maghrib de baisser le taux d’intérêt directeur de 25 bps.
« Comme les principales bourses mondiales, la Bourse de Casablanca a été impactée par les annonces du président américain, notamment par l’incertitude et le manque de visibilité qu’elles ont provoqués ».
Le MASI avait déjà perdu -2.36% le 3 avril 2025 et a perdu -5.64% d’hier [7 avril 2025].
« Sur le graphe hebdomadaire, on peut voir que le MASI est sorti de la zone de surachat de l’indicateur RSI et est en train de tester actuellement le support des 16.400 points. Il demeure tout de même bien orienté étant donné qu’il se situe au-dessus de ses moyennes mobiles de 26, 52 et 100 périodes ».
« Si les tensions autour des négociations tarifaires américaines s’atténuent comme l’espère le sentiment des bourses aujourd’hui, ce qui justifie leur rebond, il est possible qu’on assiste à la formation d’une divergence haussière cachée et qu’on revoie le MASI se diriger de nouveau vers les 18.000 points ».
« En revanche, si on assiste à un retour en force des vendeurs, justifié par un retour des tensions géopolitiques, il est possible de voir l’indice phare de la Bourse de Casablanca casser le support qu’il teste actuellement et aller vers les 16.000 points », concluent-ils.
