« À l’image des recettes touristiques qui avaient baissé entre juillet 2023 et mars 2024, les mois de février et mars de l’année en cours ont connu une tendance baissière malgré une hausse du nombre des arrivées », estime le spécialiste des marchés émetteurs étrangers, Zoubir Bouhoute, avant de nous expliquer les raisons de ce scénario qui se reproduit en 2025.

 « La hausse de 22% des arrivées en janvier tranche avec la baisse de 5% des recettes »

Après avoir rappelé que le mois de janvier avait réalisé une croissance de 10,1% des recettes, avec un gain de 808 MDH par rapport à la même période de 2024, l’expert estime que la baisse de 380 MDH générés en février signent le début d’un cycle baissier des recettes par rapport à l’année précédente.

Si le cumul des recettes des deux premiers mois de 2025 montre une légère hausse de 2,8%, soit 428 MDH de plus par rapport à ceux de janvier-février 2024, notre source avance que cette variation négative par rapport au mois de janvier, qui avait réalisé une croissance de 10,1%, s’est probablement poursuivie durant le mois de mars écoulé.

En effet, cette hypothèse est renforcée par le fait que la hausse du nombre d’arrivées en février dernier a, contre toute logique, abouti à une baisse de 5% des recettes.

Des résultats surprenants, quand on sait que, contrairement au mois de février qui inaugure la reprise d’activité, janvier est plus calme en termes de fréquentations après le pic des fêtes de fin d’année.

« Le modèle aérien low cost génère un chiffre d’affaires limité »

S’il reconnaît qu’il est difficile de se prononcer faute de publication des chiffres officiels des nuitées et de la ventilation des marchés émetteurs, Zoubir Bouhoute affirme que cette baisse des recettes, malgré une hausse des arrivées, s’explique par le profil de la clientèle.

« Que les nuitées aient augmenté ou baissé en février, il apparaît au final que les visiteurs n’ont pas été dépensiers malgré la hausse de leur nombre ». Selon l’expert, le réseau aérien low cost, qui ne cesse de se développer au Maroc, génère certes plus d’arrivées, mais beaucoup moins de recettes du fait d’une clientèle désargentée qui ne dépasse pas un certain budget lors de son séjour.

En d’autres termes, le modèle actuel qui privilégie de multiplier les arrivées a des limites qu’il convient d’améliorer en se concentrant sur une clientèle plus lucrative.

« Le recul des recettes s’est probablement poursuivi durant le mois de mars pour des raisons conjoncturelles »

En outre, la période du Ramadan en mars dernier est synonyme d’une certaine désaffection des étrangers et des MRE qui séjournent chez leur famille. Couplée à une météo décourageante pour de nombreux touristes en quête de soleil, elle confirmera certainement la baisse des recettes voyages.

Se référant à la publication des derniers chiffres des arrivées touristiques en mars, qui ont réalisé une croissance de 17% par rapport à la même période en 2024, Zoubir Bouhoute prédit un recul des recettes aussi important, voire plus élevé qu’en février à cause de l’effet négatif de la période du mois sacré et de la pluviosité qui a touché l’ensemble des destinations marocaines.

Et d’ajouter que si la dégradation des recettes s’est arrêtée avec le début de la haute saison qui a démarré le 7 avril, il faut cependant s’attendre à une baisse sensible du solde de la balance des voyages en mars à cause de l’explosion des dépenses occasionnées par le pèlerinage de la Omra.

 « Rebondir en développant la connectivité aérienne vers les marchés dépensiers »

Saluant les efforts consentis par le ministère et l’ONMT pour attirer des marchés lucratifs comme ceux issus des États-Unis ou de la Chine dont la clientèle est parmi les plus dépensières, notre interlocuteur estime que ce modèle doit être amélioré avec plus de connectivité aérienne pour faire pièce à la fin du « travel revenge » qui avait assuré jusqu’ici une hausse continue des arrivées.

Conscient du fait qu’il faudra du temps pour y arriver, l’expert conclut sur la nécessité de diversifier les marchés émergents en développant plus de lignes long-courriers vers ces pays, mais également vers des marchés traditionnels plus proches comme l’Allemagne encore mal desservie.

Cela ne signifie pas que la stratégie actuelle n’est pas adaptée ou qu’elle ne donne pas de bons résultats, mais simplement qu’il y a des conjonctures et également des améliorations qui seront probablement apportées.