À eux trois, le sélectionneur national Walid Regragui, Frédéric Kanouté et Geremi Njitap totalisent le plus de matchs au plus haut niveau. À l’image du sélectionneur national, le monde du ballon rond n’a plus de secrets pour le Malien Frédéric Kanouté, consultant, et le Camerounais Geremi Njitap, président de la FIFPRO Division Afrique.

À l’occasion du World Football Summit, qui se tient les mercredi 9 et jeudi 10 avril sur le campus de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Salé, ces trois anciens internationaux qui ont fait honneur au continent africain sur la scène européenne ont partagé leur expérience, ainsi qu’une analyse pertinente de l’évolution du football africain, mais aussi des défis à surmonter pour son développement.

À ce titre, Walid Regragui considère que le parcours historique réalisé par les Lions de l’Atlas lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar était un signal fort envoyé au continent africain sur la capacité du football continental à se sublimer et à prétendre à une place de choix sur l’échiquier mondial. « La Coupe du monde était la cerise sur le gâteau. Car c’est le résultat d’une restructuration du football national dans la lignée des plus grandes nations ».

Parce que rivaliser avec les plus fortes nations n’est pas impossible, à condition de faire les choses par étapes. « Grâce au travail de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), nous avons d’abord structuré le pays en termes de formation. D’ailleurs, dans le groupe qui a disputé le Mondial 2022, quatre joueurs étaient formés à l’Académie Mohammed VI », a souligné Walid Regragui.

 

« Nous sommes heureux en tant que Marocains d’avoir été un exemple à suivre », ajoute-t-il. « Il faut continuer à être régulier, gagner des matchs et des titres pour faire partie des plus grandes nations mondiales sur le long terme ».

S’il convient qu’une dynamique s’est installée en Afrique, le technicien marocain nuance ses propos en indiquant qu’il y a « encore beaucoup de travail, en termes de droit des joueurs, d’académies et de mentalités ».

Frédéric Kanouté ne dit pas autre chose. « Nous devons repenser le football en Afrique à différents niveaux. Nous avons du talent plus que dans n’importe quel autre continent, mais malheureusement, ce talent doit être exploité et accompagné par l’ensemble des parties prenantes ».

Les premiers concernés sont bien évidemment les joueurs. « En tant qu’anciens joueurs, nous essayons de transmettre des valeurs d’exigence et de professionnalisme aux nouvelles générations. C’est la meilleure manière d’aider nos jeunes à devenir de grands joueurs en étant prêts à faire des efforts, à être sérieux et à avoir un mental à toutes épreuves »,

Mais encore faut-il que tous les moyens soient mis à leur disposition pour leur permettre d’exploiter pleinement leurs talents. « En Afrique, on parle des académies, mais la plupart n’ont pas d’infrastructure, ils n’ont même pas de ballons. Alors que, pour réussir, les joueurs doivent être mis dans les meilleures conditions », corrobore Geremi Njitap.

« Les fédérations doivent prendre leur responsabilité, en mettant en place notamment un système de formation en sport-étude », insiste-t-il. « Il ne faut pas rater le nouveau Lionel Messi, car le continent africain est capable de nous donner un joueur d’une telle trempe », complète Walid Regragui.

« Nous avons besoin d’honnêteté et de compétence pour parvenir à développer un écosystème vertueux en formant des joueurs qui auront une grande valorisation sur le marché des transferts et qui apporteront des revenus qui seront investis dans les centres de formation », explique l’ex-international malien.

Si cette projection teintée d’optimisme se réalise, les différents championnats et clubs africains ont à charge de respecter leurs obligations. D’autant que, jusqu’à présent, l’un des plus gros défis en Afrique est la reconnaissance du statut de footballeur professionnel.

« Le football est un métier, les joueurs ont des droits et des engagements. Mais les clubs ne respectent pas les engagements, en ne payant pas toujours les salaires des joueurs, les bonus… Il faut améliorer l’organisation dans l’application des textes et la gouvernance », recommande le président de la FIFPRO Division Afrique.

« Il y a quelques années, la FIFA a fait des recommandations en ce sens à ses associations membres en Afrique. Mais nous sommes confrontés au non-respect des contrats en Afrique », regrette l’ancien latéral camerounais.

Au-delà du respect des clauses contractuelles, le développement du football en Afrique passera également par une meilleure estime de soi. « Il faut qu’on se respecte nous-mêmes, car on a encore beaucoup de complexes par rapport à notre potentiel », précise justement Walid Regragui.

Pour cela, il ne faut pas avoir peur de placer la barre très haut. « J’espère que, comme les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants africains pourront occuper des postes dans d’autres continents du monde », ambitionne le sélectionneur national.

« Dans dix ans, mon rêve est que le Maroc soit le premier pays africain à soulever la Coupe du monde. Et si ce n’est pas le Maroc, que ce soit un pays africain pour qu’on puisse être respectés. Mais pour cela, il va falloir qu’on s’organise et qu’on ait une régularité pour qu’on devienne un interlocuteur sérieux », conclut-il.

Des aspirations légitimes et à la hauteur des carrières réalisées par ces trois figures fortes du football africain.