Porté par un climat d’investissement exceptionnel, le secteur du BTP et des matériaux de construction a poursuivi sa montée en puissance en 2024. Après un redressement amorcé en 2023, l’année écoulée a confirmé la dynamique, avec une accélération nette de la rentabilité dans tous les maillons de la chaîne.
Le résultat net cumulé de huit groupes cotés à la Bourse de Casablanca à savoir LafargeHolcim Maroc, Ciments du Maroc, TGCC, Jet Contractors, Sonasid, Aluminium du Maroc, Colorado et Afric Industries, a atteint 3,64 MMDH, contre 3,07 milliards en 2023. Soit une hausse globale de +18,4%.
À eux seuls, LafargeHolcim Maroc et Ciments du Maroc génèrent 2,76 MMDH, soit 76% du résultat sectoriel total.
Le pôle BTP d’exécution, représenté par TGCC et Jet Contractors, a dégagé un bénéfice cumulé de 655 MDH en 2024, soit 18% du total sectoriel. Ce montant était de 436 MDH en 2023, ce qui correspond à une progression de 50%.
Le reste, près de 225 MDH provient des industriels spécialisés (acier, aluminium, peintures, profilés), dont plusieurs ont connu des progressions spectaculaires. En effet, la quasi-totalité des acteurs ont vu leurs marges progresser et leurs comptes s’améliorer. Certains ont doublé leurs bénéfices, d’autres les ont multipliés par cinq.
Quelles sont alors les conditions économiques et sectorielles qui ont permis cette progression généralisée des bénéfices en 2024 ?
Une conjoncture exceptionnellement porteuse pour les chantiers
Ce sont plusieurs facteurs qui ont concouru à stimuler la demande sur l’ensemble de la chaîne. Le premier levier tient au calendrier sportif international, avec la préparation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du monde 2030.
Ces deux échéances ont déclenché une vague d’investissements dans les infrastructures, notamment la construction et la rénovation de stades, équipements publics et réseaux de transport. Les appels d’offres se sont multipliés, ce qui a créé un flux régulier d’opportunités pour les entreprises du secteur.
Parallèlement, l’État a poursuivi ses efforts dans des domaines structurants, à travers la construction d’écoles, d’hôpitaux et le déploiement de programmes de logement social. Ce mouvement s’est traduit par un renforcement de la commande publique et semi-publique, qui représente une part significative de l’activité pour plusieurs groupes cotés.
Cette dynamique s’est accompagnée d’une visibilité renforcée sur les carnets de commandes. Certains groupes, comme TGCC, annoncent des niveaux historiquement élevés, soutenus par plus de cent projets actifs au Maroc et à l’international.
Parmi les marchés récents figurent notamment la construction d’un parking souterrain à Hay Riad (quartier Oulad Dlim) à Rabat, attribué à TGCC pour un montant de 206,3 MDH, ainsi que le quatrième lot des travaux de génie civil de la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, confié par l’ONCF au même groupe pour un montant de 2,8 MMDH.
Jet Contractors, de son côté, a remporté en décembre 2024 le marché de construction du nouvel hippodrome de Rabat pour un montant de 40,9 MDH.
En avril 2025, le groupe a également été déclaré attributaire de la première tranche de la plateforme régionale de réserves de première nécessité pour la région de Rabat-Salé-Kénitra, pour un montant de 146,8 MDH.
Une amélioration généralisée de la performance opérationnelle
La gestion opérationnelle à travers une meilleure maîtrise des coûts et une organisation plus efficace a joué également un rôle positif.
Pour les grands acteurs du BTP, les marges se sont sensiblement améliorées. TGCC a vu son résultat d’exploitation augmenter à 913 MDH, en hausse de 57%, tandis que sa marge EBITDA s’est établie à 14,6%.
Jet Contractors affiche également une progression marquée, en lien avec un meilleur pilotage des projets et une montée en charge plus structurée.
Dans l’industrie des matériaux, la tendance est similaire. LafargeHolcim Maroc a consolidé ses marges grâce à une discipline renforcée sur les coûts de production. Sonasid, pour sa part, a doublé son résultat net et amélioré significativement son résultat d’exploitation, porté par la hausse des volumes et une meilleure productivité.
Colorado et Aluminium du Maroc ont aussi renforcé leur rentabilité, avec des marges opérationnelles en hausse malgré une croissance modérée de leurs chiffres d’affaires.
Cette dynamique s’est accompagnée d’une contribution plus affirmée des filiales techniques. Chez TGCC, l’intégration de nouvelles entités spécialisées comme TG Steel ou TG Stone permet de sécuriser les approvisionnements et de renforcer la maîtrise des chantiers. Jet Contractors, de son côté, continue de capitaliser sur son savoir-faire intégré dans les enveloppes spéciales.
Quelques effets financiers ponctuels favorables
Afric Industries a bénéficié d’une reprise de provision de 5,17 MDH, liée à une dépréciation passée sur sa participation dans La Roseraie de l’Atlas. Cette écriture comptable a directement contribué à plus que doubler le bénéfice net annuel.
Aluminium du Maroc a également profité d’une reprise de provision sur les titres de participation de sa filiale Belpromo, ce qui a renforcé sa capacité bénéficiaire.
D’autres groupes ont vu leurs résultats s’améliorer en partie grâce à la baisse de leurs charges financières. C’est notamment le cas de Colorado, dont le résultat financier s’est amélioré en raison d’un allègement de l’endettement. Sonasid affiche également un solde financier positif, soutenu par des gains liés à la gestion du risque de change et aux dividendes perçus de sa filiale Longometal Armatures.
À l’inverse, certaines charges non récurrentes ont pesé sur les comptes. Ciments du Maroc a dû enregistrer une charge exceptionnelle liée à un redressement fiscal, ce qui explique la légère baisse de son bénéfice net malgré de solides performances opérationnelles.
Matériaux de construction : un redressement confirmé, des marges solides
Les industriels spécialisés dans les matériaux de construction ont connu en 2024 une amélioration globale de leur rentabilité, portée par une demande soutenue, une meilleure maîtrise des charges et, dans certains cas, un effet prix favorable.
Dans le ciment, le marché national a progressé de 9,4%, selon les chiffres cités par LafargeHolcim Maroc. Ce rythme a permis aux deux principaux producteurs cotés (LafargeHolcim et Ciments du Maroc) de consolider leurs positions.
Le chiffre d’affaires est resté globalement stable, mais les marges ont gagné en robustesse, grâce à des gains de productivité et à une réduction des coûts variables.
LafargeHolcim affiche un bénéfice net en hausse de 18 %, malgré une légère baisse du chiffre d’affaires. Chez Ciments du Maroc, le résultat net recule légèrement, mais uniquement en raison d’une charge exceptionnelle non liée à l’activité opérationnelle.
Le segment de l’acier a également connu une année favorable. Sonasid a profité d’un rebond des volumes de vente et de la bonne dynamique des métaux, d’un positionnement sur des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment le fil précontraint, et d’un contrôle accru des coûts.
Du côté des matériaux de finition, la tendance est similaire. Colorado a amélioré ses marges malgré un contexte concurrentiel, grâce à une gestion plus fine de ses charges commerciales. Aluminium du Maroc, quant à lui, a vu son bénéfice net multiplié par cinq, soutenu par une hausse des volumes et des prix de vente, ainsi que par une gestion financière prudente.
Une dynamique qui s’est prolongée en Bourse
L’évolution des résultats 2024 s’est reflétée en Bourse, où les valeurs du secteur ont globalement bien performé. À partir de la mi-novembre, l’indice sectoriel « Bâtiment et Matériaux de Construction » a clairement pris le dessus sur le MASI, signant une surperformance visible et durable jusqu’à début avril 2025.
Sur l’ensemble de l’année 2024, l’indice sectoriel a progressé de 24,08%, contre +22,16% pour le MASI. Cette performance reflète la confiance retrouvée des investisseurs dans les fondamentaux du secteur et l’anticipation d’une poursuite de la dynamique en 2025.
Certaines valeurs ont enregistré des hausses particulièrement marquantes. TGCC affiche une progression de +155,91% sur l’année, portée par l’explosion de son carnet de commandes et l’amélioration de ses marges. Jet Contractors signe une des meilleures performances de la place avec +641,18%, à la faveur d’un repositionnement stratégique réussi. Sonasid s’adjuge +49,08%, tandis que Colorado progresse de +20,43%. Ciments du Maroc termine l’année avec +11,9%, et Aluminium du Maroc avec +5,33%. Seule Afric Industries affiche une variation annuelle négative, avec -9,26%.