À fin décembre 2024, la dette extérieure publique du Maroc s’élève à 466 MMDH, selon la notice officielle accompagnant la dernière émission obligataire du Royaume consultée par Médias24. Ce montant, en hausse de près de 30% par rapport à 2020, représente désormais 30,2% du PIB, contre 32,8% quatre ans plus tôt.

Ce chiffre recouvre un périmètre élargi, il inclut la dette extérieure du Trésor ainsi que celle contractée par les entreprises publiques et les collectivités territoriales, dès lors qu’elle est garantie par l’État.

Une dette extérieure qui pèse un tiers de l’endettement public global

La dette centrale du Trésor s’établit à 1.081,6 MMDH à fin 2024, dont 811,8 MMDH en dette domestique. Cette dernière représente 75,1% du total, contre 24,9% pour la composante extérieure (269,8 MMDH).

Le ratio de dette centrale totale rapportée au PIB s’établit à 69,1%, en repli progressif depuis le pic de 72,2% enregistré en 2021 après le Covi. Cette trajectoire descendante s’accompagne d’un allongement de la maturité moyenne de la dette centrale, qui atteint 8,2 années fin 2024, contre 7,3 années un an plus tôt.

Cette amélioration tient essentiellement à de meilleures conditions de financement sur le marché intérieur, où les levées à moyen et long terme ont été facilitées par la détente des pressions inflationnistes.

La ventilation par type de créanciers montre une structure dominée par les bailleurs multilatéraux, qui détiennent 52,5% de l’encours total. Viennent ensuite les créanciers privés (27,5%) et les bailleurs bilatéraux (20%).

Des institutions multilatérales en première ligne

La Banque mondiale demeure le principal bailleur multilatéral du Maroc, avec un encours de 10,4 milliards de dollars à fin 2024. Sa présence financière importante reflète un accompagnement de long terme autour des grands projets de réformes structurantes : amélioration de l’éducation, renforcement de la protection sociale, et soutien aux politiques climatiques et énergétiques.

Quant au Fonds monétaire international (FMI), il affiche une exposition financière d’environ 1,2 milliard de dollars à travers sa nouvelle facilité pour la résilience et la durabilité (RSF). Ce programme récent, lancé en 2023, cible précisément des réformes liées à la transition écologique et énergétique, et à la gestion des ressources hydriques, axes essentiels de la stratégie nationale de développement.

Parmi les grandes banques régionales, la Banque africaine de développement (BAD) joue un rôle important avec un encours à fin 2024 atteignant 5,1 milliards de dollars. Ses financements récents se concentrent sur l’emploi, l’agriculture durable, les infrastructures et l’inclusion économique.

À côté de la BAD, la Banque européenne d’investissement (BEI) maintient également un engagement significatif au Maroc, avec 2,8 milliards d’euros en encours, intervenant particulièrement dans les projets d’infrastructures stratégiques, d’innovation et de transition écologique.

D’autres institutions multilatérales affichent des encours plus réduits, mais demeurent importantes par leurs interventions ciblées. C’est le cas notamment du Fonds monétaire arabe (AMF) avec un encours de 600 millions de dollars. Il en va de même pour la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) qui affiche 396 millions d’euros à fin 2024 et, enfin, pour la Banque islamique de développement (IsDB), avec 62,3 millions de dollars en encours.

Des bailleurs bilatéraux, acteurs clés de grands projets structurants

Parallèlement aux institutions multilatérales, les bailleurs bilatéraux jouent un rôle stratégique sur des projets précis. La France, à travers l’Agence française de développement (AFD), a mobilisé près de 200 millions d’euros pour l’année 2024, destinés à divers projets publics. En complément, le Trésor français a octroyé en mars 2025 un financement de 781 millions d’euros au profit de l’ONCF, pour l’acquisition de 18 nouvelles rames TGV destinées à étendre la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech.

L’Allemagne reste également un partenaire historique avec sa banque publique KfW, qui affiche environ 600 millions d’euros de financements déjà décaissés à fin 2024. Ses projets concernent principalement l’énergie verte, les infrastructures durables et les secteurs sociaux.

Enfin, le Japon est intervenu à travers son agence de coopération internationale, JICA, participant notamment au financement du projet éolien de Taza à hauteur de 140 millions d’euros, symbole de la diversification énergétique du Royaume.

Un recours stable et modéré aux créanciers privés internationaux

En marge des grands bailleurs institutionnels, les créanciers privés, principalement des investisseurs internationaux, détiennent une part notable de la dette extérieure marocaine, environ 12,7 milliards de dollars à fin 2024, soit 27,5 % du total. Ces fonds proviennent essentiellement des émissions obligataires du Maroc à l’international (eurobonds), montrant une politique prudente d’ouverture maîtrisée vers les marchés financiers mondiaux.