Dans le cadre de son émission spéciale, Médias24 s’est penché sur le virage technologique au Maroc et les enjeux liés à la mise en œuvre de Maroc Digital 2030, la nouvelle stratégie nationale du digital.

Comment ses objectifs seront-ils concrètement atteints, et cette stratégie suffira-t-elle pour rattraper le retard du Maroc dans un secteur en mutation permanente ?

Maroc Digital 2030 : une vision sans plan d’action ?

« C’est une stratégie qui a pris du temps à sortir, mais elle a été globalement bien accueillie au début par l’écosystème. C’est un bon lancement. Maintenant, nous avons beaucoup d’attentes. Comment cette stratégie sera-t-elle déployée sur le terrain ? Est-ce qu’on garantira une continuité, même après un changement de ministre ? Comment cela va-t-il s’appliquer ? », nous répond Hassan Belkhayat, président de la Commission Écosystème Tech à la CGEM.

En l’absence de mécanismes clairs d’intervention, on est en train de rater le coche

« Il y a aussi quelques réserves parce qu’il y a des mécanismes qui ne sont pas clairs. Comment les marchés publics vont-ils être impactés afin de favoriser l’écosystème tech quand on parle de e-gov  ? Comment l’État sera-t-il concrètement impliqué financièrement parlant ? Et comment ces programmes vont-ils être lancés ? Aujourd’hui, ces mécanismes-là ne sont pas encore établis, en tout cas, à notre connaissance, et la frustration vient plutôt du retard que cela prend par rapport à la stratégie qui a été dévoilée », précise-t-il.

« Le plan d’action lui-même n’a pas été défini, mais en tout cas, il y a des annonces qui ont été faites sur la 5G, sur la partie infrastructures de façon générale. Les ambitions sont là. C’est clair… Mais ce qui est important à comprendre, c’est qu’aujourd’hui, le monde évolue très vite et qu’en revanche, en l’absence de mécanismes clairs d’intervention, on est en train de rater le coche”, fait savoir en outre Hassan Belkhayat.

Quid des start-up ?

Des zones d’ombre de la stratégie Maroc Digital 2030 existent, mais il y a aussi des leviers positifs. L’un des points forts mis en avant, dans la stratégie, c’est le soutien accru aux start-up digitales : un label national, des bourses, un accès facilité à la commande publique et privée.

« C’est une stratégie, aujourd’hui, qui consacre tout un axe sur l’écosystème numérique et l’importance [du rôle] que doivent jouer les start-up sur la mise en place justement de ces nouvelles solutions technologiques basées sur l’IA », affirme de son côté Lamiaa Benmakhlouf, directrice générale de Technopark Maroc.

« Mais, bien évidemment, il faut bien qu’on les accompagne. Donc la stratégie a été très ambitieuse en termes d’objectifs déjà. Atteindre 3.000 start-up en 2030 et révéler une ou deux licornes à l’horizon 2030, c’est beaucoup de travail qui doit être fait par l’ensemble des acteurs », affirme notre invitée.

On l’a toujours dit, même avant cette stratégie. On ne peut pas juste financer sans accompagner

« En commençant par l’accès au financement avec des dispositifs de financement qui sont adaptés à toutes les phases de développement de la start-up, de la bourse de vie pour les salariés qui veulent se convertir en start-up jusqu’aux subventions, prêts d’honneur et financements. Le financement doit être absolument jumelé à l’accompagnement. On l’a toujours dit, même avant cette stratégie. On ne peut pas juste financer sans accompagner. C’était l’une des erreurs qui avait été faite au préalable. On donnait de l’argent, on prêtait, on subventionnait, mais c’était des fois de l’argent perdu ».

« Cet accompagnement aussi n’est pas complet quand il n’y a pas la facilitation à l’accès au marché. Il faut que ces start-up aient une vocation internationale, mais d’abord elles doivent avoir des références au niveau local. Donc le marché marocain doit au moins se porter comme un marché test, comme un marché de premier déploiement de ses solutions avant de rêver de les internationaliser. Et cette stratégie Maroc 2030 envisage des mécanismes justement pour que ces entreprises soient des entreprises globales et pas seulement locales ».

« Si on veut vraiment atteindre ces objectifs, il faut qu’il y ait une réglementation spécifique à la start-up, qu’on puisse avoir ce label qui va pouvoir lui permettre de bénéficier d’un certain nombre de mesures et d’accompagnement. Il faut qu’on lui ouvre le marché. Cela dit, la préférence nationale doit être effective. On en a parlé depuis longtemps, mais on ne l’observe pas réellement », souligne en outre Lamiaa Benmakhlouf.