Alors que le Maroc s’est fixé pour objectif de former 100.000 talents numériques par an d’ici 2030 dans le cadre de sa stratégie Maroc Digital, les universités sont appelées à jouer un rôle central dans cette transformation.
Pour Amine Bensaïd, président de l’Université Al Akhawayn, cette ambition ne peut être atteinte sans une mobilisation collective de l’ensemble du système éducatif, qu’il soit universitaire ou professionnel.
« C’est un défi national. Tous les types de formation sont concernés. Il ne s’agit pas uniquement d’augmenter le nombre d’ingénieurs ou de diplômés en informatique dans les universités, mais aussi de proposer des formations courtes, flexibles, qui répondent à des besoins ponctuels et évolutifs du marché », souligne-t-il.
À l’échelle de son établissement, cette dynamique est déjà bien engagée. L’Université Al Akhawayn a revu à la hausse ses capacités d’accueil dans les filières numériques, lancé de nouvelles spécialités, et renforcé ses partenariats avec le secteur privé pour mieux coller aux exigences du terrain.
Dans cette course aux talents, le Maroc mise également sur l’ouverture. La stratégie prévoit la mise en place d’un visa « tech » destiné à attirer les compétences étrangères. Une initiative que le président d’Al Akhawayn accueille positivement : « Il ne faut pas voir cela comme une concurrence aux talents locaux, mais comme une opportunité de créer une émulation, d’élever le niveau global. L’essentiel est de garantir que nos jeunes soient suffisamment bien formés pour rester compétitifs, même dans un environnement plus ouvert».
C’est dans cet esprit que l’université a multiplié les initiatives ces dernières années. Plusieurs programmes ont été lancés autour de l’intelligence artificielle, des data sciences, de la fintech ou encore de la cybersécurité.
Ce dernier domaine fait d’ailleurs l’objet d’un partenariat stratégique avec le cabinet Deloitte pour la création d’un master spécialisé. Une formation conçue en réponse à un besoin criant du marché, illustré récemment par les attaques informatiques ayant visé des institutions marocaines. « Ce master a été co-développé avec des professionnels du secteur. Les étudiants y travaillent sur des cas réels, utilisent les mêmes outils que ceux utilisés en entreprise. C’est une façon de réduire le fossé entre la formation académique et les attentes du marché du travail », explique Amine Bensaïd.
Pour le président d’Al Akhawayn, l’enjeu va bien au-delà de la simple actualisation des programmes. Il s’agit d’anticiper les métiers de demain, dans un contexte technologique en mutation constante. Cela implique de mettre en place une veille stratégique active, mais aussi de cultiver chez les étudiants des capacités d’adaptation, de pensée critique, et une culture de l’apprentissage permanent. «Le rôle de l’université n’est plus seulement de transmettre un savoir figé, mais de préparer les jeunes à apprendre tout au long de leur vie».
Dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle, cette capacité d’adaptation devient essentielle. Certains métiers sont appelés à disparaître, d’autres à émerger. « Il faut accompagner les jeunes, mais aussi les professionnels en poste, à travers des programmes de formation continue certifiants, accessibles, et adaptés à leurs contraintes. »
Alors que le pays s’engage résolument dans la transition numérique, Amine Bensaïd identifie plusieurs leviers essentiels à activer pour en assurer la réussite. D’abord, l’investissement dans les infrastructures éducatives, aussi bien physiques que numériques. Ensuite, une réforme pédagogique de fond, qui privilégie les approches collaboratives, la modularité des formations et l’ancrage dans la réalité professionnelle. Enfin, une revalorisation de l’image des métiers du digital, afin que les jeunes y voient un champ d’opportunités et non une voie technique subie.
À travers l’expérience de son université, le président d’Al Akhawayn incarne cette vision proactive et partenariale de l’enseignement supérieur, au service d’un Maroc numérique, compétent et inclusif.