« Notre mission propre doit aller plus loin. Nous devons regarder au-delà de l’ère numérique, vers la prochaine ère qui est déjà en train de se former. Elle façonne nos économies, nos institutions et nos sociétés : cette ère est celle de l’intelligence artificielle », déclare la ministre.

« Ce n’est pas un avenir lointain ni abstrait : elle est déjà là, et elle progresse rapidement. Aujourd’hui, près de 40% des startups intègrent l’IA au cœur de leurs produits et de leurs services. Ce n’est pas une tendance isolée, mais le reflet d’un changement profond, d’une transformation de l’architecture même de l’innovation.

« Pour comprendre pleinement ce qui nous attend, il faut regarder brièvement d’où nous venons. Nous avons commencé avec le siècle cognitif : des machines d’IA conçues pour inférer, reposant sur la logique symbolique et des systèmes basés sur des règles. Ces systèmes imitaient le raisonnement humain, mais restaient limités par leur rigidité.

« Puis est venue l’IA centrée sur les données, première génération où les machines ont acquis la capacité d’analyser des données à travers des modèles statistiques, du data mining et de l’apprentissage supervisé. L’IA pouvait détecter des motifs et en tirer des insights à grande échelle.

« Aujourd’hui, nous sommes dans l’ère de l’IA générative et multimodale : des machines qui génèrent des images, du son, du texte, des dialogues humains, voire de l’imagination simulée. Et pourtant, ce n’est pas une fin en soi.

« Nous sommes désormais à l’aube d’une nouvelle frontière : l’IA agentique. Une nouvelle génération de systèmes capables d’agir de manière autonome, d’apprendre en continu, de raisonner, planifier et décider dans des domaines multiples. Le passage de l’outil à l’agent est une transformation radicale.

« Nous observons déjà des signes concrets de cette bascule stratégique :

  • Un marché mondial qui devrait dépasser 320 milliards de dollars d’ici 2030 ;

  • Une adoption rapide : 70% des grandes entreprises prévoient d’intégrer des agents IA dans les deux prochaines années ;

  • Au niveau de l’architecture même : des géants comme OpenAI, DeepMind, Meta ou Microsoft passent des modèles aux agents unifiés.

« Nous sommes clairement entrés dans l’âge de l’intelligence. Mais la question n’est pas seulement quand nous y entrons, mais comment :

  • Comment entrer dans cette ère avec une technologie qui nous renforce ?

  • Comment faire en sorte que l’Afrique contribue à façonner et définir cette intelligence ?

« Et la vérité, c’est que l’Afrique dispose d’atouts stratégiques uniques pour jouer un rôle de leadership mondial :

  • Un avantage démographique, avec une jeunesse connectée et à l’aise dans le numérique ;

  • Plus de 30% des réserves mondiales en minerais critiques, essentiels pour les infrastructures IA ;

  • Une dynamique d’investissement croissante : plus d’1 milliard de dollars d’investissements publics et privés en IA en Égypte, au Kenya et au Maroc ;

  • Un écosystème d’innovation florissant avec plus de 2400 startups IA et deeptech sur le continent.

« Mais nous devons aussi affronter des fractures réelles :

  • Un fossé dans les capacités de calcul : moins de 1% des capacités mondiales de data centers se trouvent en Afrique ;

  • Un déficit de talents : l’Afrique ne représente que 0,5% des publications en recherche IA, alors que le besoin est estimé à plus de 10 millions de professionnels IA ;

  • Un fossé dans les données et les modèles : 95% des données d’entraînement IA ignorent les langues et les contextes africains.
    Ces écarts ne sont pas que techniques, ils sont géopolitiques, et appellent une action collective, stratégique et urgente.

« Dans ce contexte, le Maroc a fait un choix clair : Ne pas être seulement preneur de technologie, mais en devenir acteur et architecte.

« Sous la haute impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, la stratégie nationale « Maroc Digital 2030 » est claire et structurée autour de trois piliers stratégiques :

  • La digitalisation des services publics pour rapprocher l’administration des citoyens et des entreprises, avec des services plus efficaces, transparents et accessibles
  • La dynamisation de l’économie numérique, en soutenant l’innovation et la création d’emplois à forte valeur ajoutée.

« Mais cette transformation ne repose pas que sur une vision.
Elle est accélérée par des actions concrètes, lancées dès septembre 2024, notamment :

  • Le T4-Hub, pour coordonner le développement du numérique et de l’IA à l’échelle régionale ;

  • Le JERI Institute, un pont entre la recherche, l’innovation et les écosystèmes locaux ;

  • Des investissements massifs dans les infrastructures numériques souveraines ;

  • Et un pipeline complet de formation, de l’université jusqu’à l’école primaire.

« Notre ambition dépasse nos frontières. Le Maroc a été choisi pour accueillir un Centre régional du numérique pour le développement durable.

« C’est une reconnaissance de notre positionnement stratégique, mais aussi une démonstration de notre leadership numérique africain.

« Situé à l’intersection de l’Europe, de l’Afrique et du monde arabe, le Maroc s’est fixé, à travers Digital 2030, l’objectif de devenir une puissance numérique régionale, avec des plans ambitieux pour l’innovation, la création d’emplois, la croissance des startups, et l’amélioration de la gouvernance.

« Mais la transformation numérique dans la région est encore freinée par un accès inégal à l’IA, des politiques fragmentées, une infrastructure numérique insuffisante, des écarts entre éducation et industrie, un accès limité au capital, et l’absence de stratégies sectorielles intégrées.

« L’initiative Digital for Sustainable Development du PNUD vise à surmonter ces obstacles et à libérer le potentiel régional, en plaçant le Maroc au cœur de ses opérations. Le Hub qui sera implanté au Maroc a pour missions d’harmoniser les stratégies, de renforcer les infrastructures, de développer le capital humain, de stimuler l’adoption de l’IA.

« Et ainsi repositionner le Maroc comme centre d’excellence de la transformation numérique à l’échelle de l’Afrique et du monde arabe.

« Nous savons que ce chemin ne peut pas être parcouru seuls. C’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui : non pas uniquement pour présenter des innovations, mais pour lancer une invitation.

« Construisons ensemble des jeux de données inclusifs, multilingues et ouverts, centrés sur l’Afrique. Investissons dans une infrastructure verte et souveraine. Formons les 10 millions de professionnels IA dont l’Afrique a besoin. Et surtout, faisons de l’IA une intelligence éthique, sociale et bénéfique pour tous.

« L’âge de l’intelligence n’est pas une course pour quelques-uns, c’est une mission pour le plus grand nombre. Alors, je vous laisse sur cette sagesse africaine : « Seul, on va vite. Ensemble, on va loin. »