Il aura suffi d’une déclaration de Donald Trump pour raviver la nervosité sur les marchés. Dans un climat déjà chargé, les réactions ne se sont pas fait attendre : replis soudains, volumes agités, et retour des questions que tout investisseur se pose dans ces moments-là. Faut-il revoir ses positions ? Réduire l’exposition au risque ? Attendre ?
Ce regain d’incertitude, provoqué par un contexte international mouvant, a mis à l’épreuve les portefeuilles des investisseurs marocains. Car au-delà des chiffres et des indices, ce sont bien des choix concrets qui se posent : que garder, que vendre, et à quel moment.
Face à ces mouvements de marché, les investisseurs et les sociétés de gestion d’actifs sont en première ligne. Comment réagissent-ils ? Et quels arbitrages opèrent-ils ?
Quand la panique s’installe, les portefeuilles s’ajustent dans la précipitation
Dès l’annonce de Donald Trump sur l’augmentation des droits de douane, le marché casablancais a subi une chute brutale, perdant près de 10% en quelques séances. À l’origine de ce recul, un mouvement vendeur d’ampleur, principalement porté par les investisseurs particuliers.
« Ce qui s’est passé, c’est une réaction de panique. Beaucoup de personnes physiques ont choisi de solder leurs positions. La prise de bénéfices s’est transformée en un désengagement massif, alimenté par la peur », explique un analyste de la place.
Le comportement des investisseurs était irrationnel
Ce réflexe intervient dans un contexte où la Bourse de Casablanca venait d’enchaîner trois années de hausse, avec une performance cumulée supérieure à 50%. L’annonce politique a agi comme un déclencheur. Les gains enregistrés ont été sécurisés dans l’urgence, parfois sans discernement. « La nervosité qui a gagné les marchés internationaux a rejailli sur le marché marocain ».
Cette dynamique a également influencé les arbitrages entre classes d’actifs. Sur le segment des OPCVM, les investisseurs ont fortement réduit leur exposition aux fonds actions, au profit des produits monétaires jugés plus sûrs.
« Le flux s’est orienté vers les OPCVM monétaires. Ce n’est pas un mouvement marginal, on parle d’un vrai transfert de position. La priorité, pour beaucoup, était de protéger le capital ».
« Dans ce contexte, certaines catégories de valeurs ont davantage souffert. Les titres dominés par les personnes physiques, notamment dans les secteurs de l’immobilier ou du BTP, ont été plus exposés à la vente. À l’inverse, les valeurs dites défensives ont mieux résisté, bien qu’elles n’aient pas échappé à la tendance générale ».
« On a observé un recul sur l’ensemble des valeurs, mais plus marqué sur les valeurs à forte présence individuelle ».
Les investisseurs institutionnels ont été globalement plus stables, certains ayant même profité des niveaux de valorisation pour se repositionner
« Malgré l’ampleur de la correction, le professionnel se veut nuancé. Cette phase reste conjoncturelle, même si elle met en lumière la sensibilité structurelle du marché marocain aux signaux externes ».
Mais comment réagir en cette période de volatilité et d’incertitude ?
Un investisseur reste un être humain. Et à ce titre, il peut être influencé par une série de biais cognitifs qui altèrent sa capacité à prendre des décisions lucides.
« Il n’y a pas de réaction parfaite face à une crise, car l’investisseur n’est pas une machine. Il peut être affecté par l’effet de disposition, par le biais d’ancrage ou encore par la panique ».
Cette irrationalité partielle n’est pas exceptionnelle, ni propre au Maroc. Elle s’est déjà manifestée dans des épisodes antérieurs, notamment au début de la crise sanitaire. « Au moment des premières annonces liées au Covid au Maroc, le marché avait plongé de plus de 25% en trois jours. C’était une surréaction des investisseurs. Par la suite, il y a eu un réajustement, car le marché avait identifié une anomalie et l’a corrigée ».
Ce type de phénomène, selon lui, est révélateur d’une certaine forme d’efficience dynamique du marché marocain. Les investisseurs peuvent réagir de manière excessive à court terme, mais le système finit par se stabiliser dès que l’émotion cède la place à la rationalité.
« Les gens rentrent ensuite pour corriger cette surréaction, ce qui est sain, et c’est ce qu’on observe actuellement dans la tendance de notre marché boursier ».
Pour un gestionnaire d’actifs, « la pire réaction serait de céder à la précipitation. C’est dans ces moments-là que les réajustements impulsifs, souvent guidés par la peur ou l’excès de prudence, conduisent à des décisions incohérentes ». « Lorsqu’un investisseur change de cap brutalement à chaque choc de marché, il finit par perdre ses repères », explique-t-il. « L’enjeu n’est pas de deviner le prochain mouvement du MASI, mais de s’assurer que son portefeuille reste aligné avec ses objectifs initiaux ».
La priorité n’est pas d’agir vite, mais d’agir juste
Dans ce type de contexte, l’approche la plus prudente consiste à éviter les réajustements radicaux. Tenter de sortir totalement du marché pour y revenir plus tard expose à un risque majeur, c’est celui de rater les phases de rebond, qui se produisent souvent sans prévenir. L’idée n’est donc pas d’anticiper les retournements, mais de se conformer à une stratégie d’investissement claire.
Enfin, il faut rappeler que la volatilité n’est pas permanente. Les périodes de panique ont tendance à s’estomper une fois l’émotion passée, et le marché retrouve progressivement ses fondamentaux.
Ce que le marché attend dans les prochaines semaines
L’élément le plus difficile à gérer reste l’incertitude liée à des facteurs exogènes, comme les annonces de politique étrangère. À l’heure actuelle, les investisseurs évoluent au rythme des déclarations de Donald Trump.
« Tout dépend des annonces. Si demain on apprend qu’il n’y a pas d’escalade sur les tarifs, c’est positif. Mais s’il annonce une mesure plus dure, cela changera complètement l’équation », conclut notre analyste.
Qu’en est-il des sociétés de gestion ?
Quand la volatilité se prolonge et que les marchés deviennent moins lisibles, les sociétés de gestion marocaines activent des mécanismes internes de suivi et d’adaptation.
« Lorsqu’un événement majeur survient, comme récemment avec les annonces américaines sur les droits de douane, on suit l’évolution des classes d’actifs heure par heure, en fonction des réactions de marché », explique notre gestionnaire d’actifs.
« En interne, les sociétés distinguent généralement deux niveaux d’analyse : l’allocation stratégique globale, qui fixe les grands équilibres entre actions, obligataire, monétaire, et produits alternatifs ; puis l’ajustement tactique, qui affine le positionnement selon l’actualité ».
« Le marché peut très vite déséquilibrer une allocation cible. Par exemple, si les actions chutent brutalement, leur poids relatif diminue. La question devient alors : faut-il revenir à l’équilibre initial ou rester sous-pondéré ? Ce sont des arbitrages que nous réévaluons avec prudence », ajoute-t-il.
« Face à cette complexité, les choix diffèrent selon les sociétés. Certaines privilégient une approche contracyclique, qui renforce les actifs devenus attractifs après la correction. D’autres préfèrent stabiliser les portefeuilles en privilégiant les valeurs défensives ou les supports monétaires, notamment au sein des OPCVM ».
Ce qui reste commun, en revanche, c’est la priorité donnée à la lisibilité des portefeuilles, particulièrement pour les clients les plus exposés.